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29 janvier 2021

NATHALIE VALLERAND – Le Médecin du Québec

Dre Repetto

Préoccupée par les iniquités en santé, la Dre Lucia Perez Repetto a collaboré à un projet de recherche pendant sa résidence pour améliorer les compétences sociales des médecins dans leurs interactions avec les clientèles défavorisées. « La distance sociale et la méconnaissance qu’ont les médecins de l’aide sociale constituent des obstacles à une bonne relation médecin-patient et à la qualité des soins », indique celle qui exerce depuis l’an dernier au GMF du Lac-Saint-Jean Est, en plus d’être profes­seure d’enseignement clinique au GMF-U d’Alma.

Pour réduire la distance sociale causée par les différences socio-économiques, tout est dans l’approche. « Les personnes à faible revenu qui ont participé à la recherche disent être intimidées quand elles vont chez le médecin, rapporte la Dre Marie-Suzanne Mathieu, du GMF-U d’Alma, qui a supervisé les travaux de la Dre Perez Repetto. Et c’est encore pire lorsque le médecin a une attitude paternaliste ou donne l’impression d’être pressé par le temps. »

Cela peut sembler évident, mais bien accueillir ces patients, leur sourire, avoir un contact visuel avec eux, adopter une attitude d’ouverture, être attentif à leurs émotions, utiliser un langage facile à comprendre et porter des vêtements neutres (décontractés, pas trop coûteux) sont autant de façons de les rendre plus à l’aise.

Et que doivent savoir les médecins à propos de l’aide sociale et de la réalité de ceux qui en reçoivent ? « Être bénéficiaire de l’aide sociale, c’est vivre sous le seuil de la pauvreté, même quand on touche un supplément en raison d’une contrainte importante à l’emploi, répond la Dre Perez Repetto. De plus, il faut briser la perception que la majorité des prestataires abusent du système. En fait, la plupart d’entre eux veulent sortir de l’aide sociale. »

L’omnipraticienne souligne par ailleurs l’importance de bien remplir le formulaire attestant qu’un patient a un important problème de santé l’empêchant de travailler. « Si la demande est refusée parce que le terme médical utilisé ne se trouve pas sur la liste du gouvernement, c’est le patient qui en subit les conséquences financières », déplore celle qui a reçu le prix Nadine St-Pierre 2020 du Collège des médecins de famille du Canada et de la Fondation pour l’avancement de la médecine familiale pour la qualité de son travail universitaire.

Adapter les soins

Pour établir leur plan de traitement, les médecins devraient tenir compte des limites financières des patients, affirme la Dre Mathieu. « Le revenu est un important déterminant de santé. Ça change tout. Par exemple, il peut être irréaliste pour une personne qui vit sous le seuil de la pauvreté de manger plus de fruits et de légumes ou de s’entraîner. Elle n’a pas d’argent pour s’acheter de bons aliments ni pour aller au gym ! »

Que faire alors ? D’abord, se demander si le patient a les moyens d’appliquer les recommandations. Dans le doute, ne pas hésiter à s’enquérir de sa situation financière. « Il y a des gens qui minimisent leurs symptômes parce qu’ils ne peuvent se permettre un arrêt de travail », dit la Dre Marie-Suzanne Mathieu. Ensuite, il faut cibler, choisir avec le patient des aspects sur lesquels agir en priorité, le diabète par exemple. Il faut aussi prescrire des médicaments moins chers, proposer la marche au lieu du centre de conditionnement physique, explorer avec la personne diverses solutions en fonction de sa réalité.

La Dre Lucia Perez Repetto veut d’ailleurs aider les résidents à acquérir ces réflexes en intégrant au cursus du GMF-U d’Alma deux demi-journées de formation et de sensibilisation. Au programme : jeu-questionnaire sur les préjugés, jeux de rôles inversés médecin-personne à faible revenu, témoignages, atelier sur les formulaires médicaux pour l’aide sociale, repas-partage, etc. Une initiative qui sera mise en place après la pandémie et qui pourrait éventuellement s’étendre à d’autres milieux. 

Forum des leaders du CQMF, 27 novembre 2020.

Nécessaire réflexion accompagnée par le très apprécié conférencier Fabrice Vil, les participantes et participants à l’événement virtuel d’introspection et d’échange ont abordé notamment les notions de biais inconscients et de privilège. Ensemble, nous avons travaillé à identifier des façons d’entamer la conversation sur le racisme et de se former à être des alliés-ées pour l’équité, la diversité et l’inclusion.

Notre collaboratrice, la facilitatrice graphique Marie-Ève D’Amour, a traduit en quelques traits les grandes lignes de ce moment d’interactions.

30 novembre 2020

NATHALIE VALLERAND – Le Médecin du Québec

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L’automne dernier, la Dre Thérèse Nguyen a adhéré à la nouvelle communauté de pratique des médecins en CHSLD (www.cpmchsld.ca). « Les cliniciens en CHSLD travaillent souvent seuls, constate l’omnipraticienne qui est chef de service des CHSLD du CISSS de Laval. Je suis devenue membre pour prendre contact avec d’autres chefs. Je veux ouvrir la discussion sur des enjeux comme les plans d’intervention médicale d’urgence ou la communication avec les gestionnaires. Je pense qu’on peut apprendre les uns des autres pour améliorer notre pratique et les soins aux patients. »

Tout médecin de famille ou médecin spécialiste qui œuvre en CHSLD ou éprouve un intérêt pour ce type d’établissement peut faire partie de cette communauté. Au début de novembre, elle comptait 345 membres.

Les échanges se font dans des forums en ligne sur la plateforme virtuelle Teams. Une douzaine de canaux de conversation proposent autant de sujets : prévention et contrôle des infections, éclosion de COVID, cogestion, tests et dépistage, deuil, réadaptation, etc. Des webinaires sont aussi présentés sur Teams, comme celui d’octobre dernier sur la thromboprophylaxie et les corticostéroïdes dans la prise en charge de la COVID-19 en CHSLD.

La Dre Nguyen a utilisé la plateforme pour lancer une suggestion qui a suscité un vif intérêt chez ses pairs : effectuer le dépistage hebdomadaire de la COVID-19 auprès du personnel des CHSLD à l’aide d’un test salivaire. « Comme c’est moins effractif qu’un prélèvement nasal avec écouvillon, le taux de participation est plus élevé, explique la clinicienne qui exerce au CHSLD Sainte-Dorothée et au GMF-R de la Polyclinique médicale Fabreville. De plus, cette méthode permet de détecter plus rapidement les personnes infectées, ce qui diminue les risques d’éclosion. » Le CISSS de Laval a été le premier au Québec à utiliser cette technique après la mise au point d’un test par son laboratoire de microbiologie.

« La communauté de pratique est une formule idéale pour partager de bonnes pratiques, trouver des réponses à des problèmes et réseauter », affirme pour sa part la Dre Sophie Zhang, médecin de famille et cochef adjointe de l’hébergement du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle fait partie des instigateurs de l’initiative, avec les médecins de famille Élise BoulangerCatherine RicherAndrée Robillard et Neb Kovacina, ainsi que les gériatres Julia Chabot et Quoc Dinh Nguyen. Les sept praticiens, qui se sont connus lors de la première vague de COVID-19, composent maintenant le comité directeur de la communauté de pratique des médecins en CHSLD.

Une station pour évaluer le patient à distance

Médecin de famille au GMF-U de Lévis et au CHSLD Paul-Gilbert, le Dr Julien Quinty a une passion pour la télésanté. Il a récemment lancé dans la communauté de pratique un canal de conversation sur ce sujet. Et il y a présenté sa nouvelle création : une station mobile de télésanté (photo).

Le Dr Quinty a fabriqué l’appareil à partir de l’équipement de prise des signes vitaux qu’on roule d’une chambre à l’autre. Il y a ajouté un bras articulé acheté sur Internet, une tablette électronique et le filage pour la charger.

La nouvelle station devient les yeux du médecin. « Une image vaut mille mots, explique son concepteur. Il est préférable de voir une plaie que de se la faire décrire. Un autre avantage de la station mobile : l’infirmière a les mains libres. Elle n’a plus à tenir la tablette tout en défaisant le pansement du patient, par exemple. »

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Pour la Dre Thérèse Nguyen, la station mobile présentée par le Dr Quinty tombait pile. Elle cherchait justement un moyen de faire de la téléconsultation avec les résidents des CHSLD. « Quand je suis en zone rouge et qu’un patient en zone verte a besoin d’une évaluation médicale, c’est compliqué, car je dois passer par une « décontamination ». À l’aide d’une station comme celle du Dr Quinty, je pourrais faire ma tournée médicale dans la zone verte, sans sortir de la zone rouge. C’est une façon de se dédoubler ! De plus, cela permettrait d’utiliser moins d’équipement de protection. »

Pour l’omnipraticienne, les bonnes idées en santé sont faites pour être copiées ou adaptées à la réalité régionale de chacun. Elle fait d’ailleurs des démarches pour doter les CHSLD de son CISSS de stations mobiles.

Une communauté est née

C’est la COVID-19 — encore elle — qui est à l’origine de la communauté de pratique des médecins en CHSLD. Si la pandémie a frappé fort dans les CHSLD au printemps dernier, elle a aussi entraîné une vague d’entraide et de collaboration sans précédent. Les barrières tombaient. Des médecins venaient donner un coup de main dans les CHSLD. L’information circulait.

Par exemple, la Dre Sophie Zhang et la Dre Julia Chabot, gériatre au Centre hospitalier de St. Mary, ont réuni en un seul guide électronique les documents sur la gestion des éclosions de COVID-19 en CHSLD qu’elles avaient conçus avec leur équipe respective. « Nous nous sommes dit qu’il fallait partager notre expérience avec nos collègues de partout au Québec », dit la Dre Zhang, qui a contribué à gérer plus de 1 200 cas de cette maladie.

La crise a aussi donné une voix aux médecins en CHSLD. « Le Dr Quoc Dinh Nguyen nous a consultés plusieurs fois pour avoir notre opinion terrain sur divers dossiers, comme le retour des proches aidants dans les établissements », indique l’omnipraticienne. Gériatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, le Dr Nguyen présidait un groupe d’experts qui conseillait le gouvernement sur les mesures pour les aînés pendant la première vague.

Tout cela devait continuer. « Les canaux de collaboration et de communication étaient ouverts. Il fallait qu’ils le restent, d’autant plus qu’il n’existait pas de regroupement de médecins en CHSLD », indique la Dre Zhang qui pratique aux CHSLD Jean-De La Lande et Paul-Bruchési, ainsi qu’au GMF-U des Faubourgs.

Mission élargie après la pandémie

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La communauté de pratique des médecins en CHSLD a été créée l’été dernier et, dès septembre, elle s’intégrait au Collège québécois des médecins de famille (CQMF). Ses fondateurs ont pris cette décision pour en assurer la pérennité et en accroître l’influence dans le réseau de la santé. « Avec le rayonnement, le financement et l’aide administrative que nous procure le CQMF, nous avons bon espoir que la communauté ne disparaîtra pas après la COVID », affirme la Dre Zhang, qui en est coprésidente avec la Dre Boulanger.

Pour le moment, la nouvelle communauté de pratique se concentre sur la COVID-19. Toutefois, d’autres mandats s’ajouteront lorsque la vie normale reprendra. Par exemple, on discutera d’enjeux cliniques, comme les trajectoires de soins, la déprescription, l’approche palliative, etc. Il sera aussi question de collaboration interdisciplinaire. Le comité directeur souhaite également mettre sur pied une infrastructure de recherche en CHSLD, participer à la réflexion sociale sur les milieux d’hébergement des aînés dans la province et même tisser des liens avec des résidences privées qui offrent des soins.

« Notre objectif principal, c’est d’améliorer les soins aux personnes âgées et la qualité de la pratique médicale en CHSLD, souligne la Dre Sophie Zhang. Notre communauté de pratique contribuera aussi à donner une voix plus forte aux patients, aux travailleurs et aux milieux d’hébergement, jusqu’à maintenant peu représentés dans les instances administratives, professionnelles et gouvernementales. » 

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

Mot de notre présidente, la Dre Caroline Laberge, publié le 29 octobre 2020, dans ProfessionSanté.

Le sujet est sur toutes les tribunes actuellement. Il y a quelques mois déjà, je souhaitais écrire sur le racisme dans la foulée des événements qui se déroulaient chez nos voisins du Sud, après la mort de Georges Floyd. Le CQMF et son groupe de travail sur les causes sociales et environnementales se préoccupent des iniquités qui touchent nos collectivités et des enjeux qui affectent la santé et le bien-être. Comme médecin et autres professionnels-elles de la santé, nous sommes souvent les premiers témoins de ces impacts sur les individus et avons la possibilité de parler et dénoncer ce que nous constatons. À l’égard du racisme systémique dont notre système de santé n’est malheureusement pas exempt, un changement s’impose et nous pouvons être toutes et tous des acteurs de changement.

En mai dernier et dans les semaines suivant la mort de George Floyd, nous étions témoins des émeutes meurtrières aux États-Unis. Les démonstrations de mépris de la vie humaine de couleur noire ont abondé dans les médias et ont fait ressortir de nombreuses histoires similaires de violence policière et de système judiciaire gangrené. La suite donne froid dans le dos : polarisation des militantes et militants, encouragements à la violence pour contenir les émeutes, montée des groupes d’extrême droite et néonazis. L’élection présidentielle du 3 novembre prochain laisse entrevoir des difficultés à réconcilier ces vives tensions.

Chez nous?

Chez nous, on se sent plus ou moins impliqués, ça n’arrive pas ici! Mais voilà. La tragique vidéo de Joyce Echaquan et sa mort dans des circonstances nébuleuses, dans les heures qui ont suivi cette brutalité dans les soins, nous donne un tout autre écho. C’est bien arrivé chez nous et ce n’est pas un événement isolé. La Commission Viens avait entendu, de 2017 à 2019, des centaines de témoignages d’Autochtones décriant les traitements reçus par les autorités policières, le système judiciaire, les services de santé, la protection de la jeunesse.

Comme le décrit le commissaire Jacques Viens dans son rapport : « La discrimination systémique a pour caractéristique d’être largement répandue, voire institutionnalisée dans les pratiques, les politiques et les cultures ayant cours dans une société. La discrimination systémique peut entraver le parcours d’un individu tout au long de sa vie et même avoir des effets négatifs sur plusieurs générations. »

Ce même constat s’est dégagé de la consultation citoyenne tenue à Montréal, de 2018 à 2020, dont le rapport Racisme et discrimination systémiques dans les compétences de la Ville de Montréal a été déposé en juin dernier. Le profilage racial existe bel et bien et les citoyens issus des minorités visibles sont plus à risque d’avoir des démêlés avec la justice. Sans prétendre avoir lu le rapport au complet, j’aime bien la piste de solution proposée : « Finalement, (la Ville) doit s’attaquer aux inégalités sociales afin de réduire les écarts, car le racisme et la discrimination systémiques s’entrecroisent souvent avec d’autres facteurs comme la pauvreté, le manque de services municipaux ou la précarité de statut, des situations qui fragilisent encore plus le tissu social. »

Mais par où commencer pour remédier à la situation? L’exemple de l’Université Laval est intéressant. Créé en 2015, le Vice-décanat à la responsabilité sociale a, entre autres, pour mission de soutenir l’inclusion et la diversité au sein de l’ensemble de notre communauté. La Faculté de médecine soutient que « en raison de notre engagement envers la responsabilité sociale, il est important que tous les membres de notre communauté soient conscients des conséquences négatives du racisme systémique, tant sur la formation des futurs professionnels et futures professionnelles de la santé que sur la qualité des soins et services rendus à la population. »

Pourtant, même en étant conscients, il y a certains biais qui font malgré tout partie de notre schème de pensée, comme en témoigne ma collègue, la Dre Pascale Breault, médecin de famille au GMF-U de Saint-Charles-Borromée, à Joliette, et médecin dans la communauté atikamekw de Manawan. Le Dr Mathieu Pelletier souligne, pour sa part, que les soins autochtones doivent être avant tout une attention portée à la sécurité culturelle. On parle ici davantage d’une acquisition de compétence que de connaissances.

Pour le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), c’est également une préoccupation, depuis plusieurs années, d’offrir des soins de qualité et « culturellement sécuritaires » aux peuples autochtones. Le Groupe de travail sur la santé autochtone (GTSA), mis sur pied en 2011, a pour mandat d’aider le CMFC à aborder la question du racisme systémique et du colonialisme dans nos normes de formation et nos pratiques. Il a aussi le mandat de travailler à nouer des liens de confiance entre les médecins de famille autochtones, leurs communautés et le Collège.

Urgence d’agir

Aujourd’hui, il y a urgence d’agir. Des mesures concrètes et à court terme doivent être prises pour rendre les soins et services de santé plus respectueux des personnes, quelle que soit leur origine. Le 16 octobre dernier, en mode virtuel, le gouvernement fédéral réunissait d’urgence plus de 350 personnes en vue de proposer, d’ici janvier 2021, un plan d’action visant à enrayer le racisme systémique dans le système de santé. Il importera de travailler avec les Premières Nations pour s’assurer que les Autochtones se sentent en sécurité dans les milieux de soins. Et, pour mettre pleinement en œuvre les recommandations du rapport de la Commission Viens, Québec devra aussi travailler avec les Premières Nations.

Je pense que globalement, comme professionnels-elles de la santé, nous devons toujours garder une grande humanité, de l’humilité et une ouverture à l’autre pour bien comprendre l’histoire de chacune et chacun de nos patients et les aider réellement; ceci s’applique autant aux Autochtones qu’à toutes les clientèles marginalisées. J’ai l’impression que parfois notre sentiment d’impuissance peut nous amener à juger et à nous détacher émotionnellement pour ne pas porter seul-e cette charge trop lourde. Diverses pistes de solutions sont à méditer : comprendre le portrait global et historique; travailler en équipe pour offrir les meilleurs soins; et accepter que cela prendra du temps!

J’aimerais entendre vos histoires, témoignages et idées pour rendre nos soins justes et sécuritaires pour toutes et tous. Je vous invite aussi à visiter notre site Web! Nous diffuserons sous peu des suggestions de lectures, de films et autres ressources pour réfléchir à ces enjeux.

15 juin 2020

TEXTE COLLECTIF – IDÉES – Le Devoir

Photo: Kimberly P. Mitchell Detroit Free Press via Associated Press

Parmi les mesures mises en place par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec pour faire face à la COVID-19, de nombreuses activités cliniques ont été délestées. Parmi elles, les mammographies prévues dans le cadre du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Dans une récente sortie à la une du Devoir ainsi qu’à la radio de Radio-Canada, le Dr Sarkis H. Meterissian, coprésident du comité consultatif de la Fondation du cancer du sein du Québec, s’inquiétait du fait que, depuis huit semaines, aucune mammographie de dépistage n’avait été réalisée, laissant présager un « tsunami » de patientes à traiter lorsque les activités reprendront. Or, cette crainte repose sur une surestimation des bénéfices associés au dépistage. La valeur qu’on lui attribue occulte ses effets délétères, qui sont pourtant bien réels.

Il faut distinguer les mammographies à visée diagnostique des mammographies dites de dépistage. Dans le premier cas, la patiente présente un symptôme laissant suspecter une pathologie sous-jacente : une masse, un écoulement ou tout autre changement à un sein. Dans ce cas, il faut établir la nature de l’anomalie de la patiente afin qu’elle puisse bénéficier des traitements appropriés dans les meilleurs délais. De même, les patientes qui ont déjà reçu un diagnostic et des traitements pour un cancer du sein doivent faire l’objet d’un suivi tel qu’il a été déterminé par leur médecin. Il n’est pas question de remettre en cause la pertinence ou la nécessité de la mammographie pour ces patientes, au contraire.

Lorsqu’on parle de dépistage, on a affaire à une clientèle qui ne présente aucun symptôme. La prémisse du dépistage du cancer en général, et du PQDCS en particulier, est que si on trouve le cancer plus tôt, avant qu’il soit perceptible ou cause des symptômes, on pourra ainsi mieux traiter et guérir plus de patientes. S’il est vrai que les mammographies réalisées dans le cadre du PQDCS permettent de trouver et traiter de nombreux cas de cancers du sein, l’effet sur la mortalité par cancer du sein n’est vraisemblablement pas aussi important qu’on pourrait penser. Selon les chiffres publiés par le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP), il faut dépister 1333 femmes âgées entre 50 et 59 ans (ou 1087 femmes âgées de 60 à 69 ans) par mammographie tous les deux ans pendant au moins 7 ans pour éviter un décès par rapport à des femmes qui n’auraient pas participé au dépistage. Or, pour chaque décès (par cancer du sein) évité grâce au dépistage, 3 à 4 femmes sont « surdiagnostiquées » avec ce cancer, c’est-à-dire qu’elles subiraient des traitements inutiles pour un cancer qui, en l’absence de sa découverte dans le cadre du dépistage, ne leur aurait jamais causé problème. C’est ce qu’on appelle le surdiagnostic. La difficulté est qu’une fois le diagnostic posé, il est impossible de dire à la patiente si elle a un cancer qui relève de la première ou de la seconde catégorie. Pour elle, par contre, le poids du diagnostic et ses implications sont tout aussi graves. Il faut aussi considérer que, durant la même période de dépistage, entre 250 à 300 femmes auront reçu un résultat faussement positif qui leur vaudra de subir l’anxiété d’investigations supplémentaires et potentiellement une cascade diagnostique qui les exposera à des biopsies voire à des chirurgies.

Premièrement, ne pas nuire

L’exemple du cancer du sein nous renvoie à la question, très concrète, du bénéfice et des risques d’exposer un patient ou une patiente à un test. Faire un ou des tests peut sembler une bonne idée, mais faut-il encore qu’ils apportent quelque chose de significatif. Dans les dernières décennies, le nombre de recommandations et de tests suggérés, notamment chez des patients par ailleurs bien portants et ne présentant pas de symptômes d’appel d’une pathologie particulière a explosé, exposant ces derniers aux risques de la surmédicalisation, de la surinvestigation et du surdiagnostic.

Il est encore trop tôt pour tracer un portrait de l’impact du délestage des activités cliniques. Il n’est cependant pas incongru de penser que certains patients pourraient, ultimement, avoir été « sauvés » par la COVID-19, une situation qui n’est pas sans rappeler une célèbre publication dans le JAMA Internal Medicine qui démontrait que les patients hospitalisés en cardiologie mouraient paradoxalement moins durant les grands congrès nationaux de la spécialité, alors que les hôpitaux étaient désertés par les spécialistes de la discipline. Est-ce à dire que les médecins nuisent à leurs patients ? Non. Mais nous avons le potentiel de le faire en les exposant à des interventions et à des investigations dont le risque n’est pas corrélé par les bénéfices qu’ils peuvent espérer ou sans leur expliquer l’équilibre entre les bénéfices et les risques, comme dans le cas du dépistage du cancer du sein.

Alors qu’on organise actuellement la reprise des activités cliniques, une tâche qui s’annonce colossale et qui en elle-même génère beaucoup d’inquiétudes, particulièrement chez les patients qui attendaient des investigations et des traitements avant la pause forcée des dernières semaines, nous sommes d’avis que la reprise des activités de dépistage dans la population générale, en cancer du sein notamment, ne doit pas être une priorité. Le contexte actuel doit servir à remettre en question plus largement nos choix dans l’offre de services cliniques de manière à prioriser les interventions qui ont démontré une efficacité et des bénéfices concrets pour les patients et patientes.

Signataires :

Membres du groupe de travail sur les meilleures pratiques et formateurs de la formation de développement professionnel continu « Pour une pratique éclairée, une utilisation judicieuse des examens et des traitements », Collège québécois des médecins de famille.

Pascale Breault, M.D., CCMF, GMF-U Nord de Lanaudière, chargée d’enseignement clinique, Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Guylène Thériault, M.D., CCMF, GMF d’Aylmer, membre du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs.

René Wittmer, M.D., CCMF, GMF-U des Faubourgs, professeur adjoint de clinique, Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal.

Samuel Boudreault, M.D., M.Sc., CCMF, GMF-U Nord de Lanaudière, professeur agrégé de clinique, Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF, présidente du Collège québécois des médecins de famille, professeure d’enseignement clinique au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Hélène Landry, M.D., CCMF (MU), directrice médicale GMF-U Laurier, professeure d’enseignement clinique au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Geneviève Bois, M.D., CCMF, médecin de famille CMC Whapmagoostui, chargée de clinique au Département de médecine familiale, Université McGill.

Voici les réponses à quelques questions que nous avons reçues concernant le nouveau Règlement sur la formation continue obligatoire des médecins du CMQ.

Procédures en raison de la crise covid-19

Pour plus d’informations et suivre l’actualité sur la crise sanitaire covid-19, visitez la page d’ACTUALITÉS DU CMQ.

Où devrais-je inscrire mes crédits de développement professionnel continu (DPC)?

Pour les membres du CMFC, veuillez continuer à inscrire vos crédits de DPC dans votre portfolio Mainpro+ MD.

Le transfert de données en temps réel entre la plateforme Mainpro+ et celle du CMQ est disponible.  La date butoir pour le transfert des activités suivies entre janvier et décembre est le 31 mars 2020. Lorsque vous ouvrez une session dans le portail du CMQ, on vous demandera de sélectionner un organisme externe à partir duquel les données liées au DPC seront transférées. Cliquez pour confirmer et continuer dans la case du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC) pour autoriser le CMFC à transférer vos données sur la formation continue telles qu’elles sont inscrites dans Mainpro+.

Par la suite à chaque fois que vous accèderez à la plateforme du CMQ, votre dossier sera mis à jour avec les activités inscrites depuis votre dernier accès.

Pourquoi me demande-t-on d’ajouter mon Numéro d’identification médicale du Canada (NIMC) dans mon profil de membre? 

Le NIMC sert d’identifiant unique permettant de vous identifier dans les deux plateformes, CMFC et CMQ, assurant un transfert de vos données d’une plateforme à l’autre. Assurez-vous que tous les renseignements dans votre profil de membre du CMFC sont inscrits et exacts. Vous pouvez ajouter votre NIMC à votre dossier du CMFC en écrivant au Centre de services aux membres (adhesion@cfpc.ca). Consultez le site Web du CMQ pour de plus amples renseignements sur le NIMC. 

Les activités inscrites dans Mainpro+ sont en crédits et le Règlement exige des heures, que dois-je faire?

Les « crédits » Mainpro+ seront convertis « en heures » lors du transfert selon les exigences du CMQ. Pour les programmes donnant droit à deux ou à trois crédits par heure, puisque le CMQ ne reconnait pas la plus value de ces activités, ces activités seront transférées en heures de formation (divisé par deux ou par trois).

Pourquoi le nombre transféré ne correspond pas au nombre de crédits inscrits dans Mainpro+?

Prenez note que le CMQ ne reconnait pas la plus value des activités certifiées Mainpro+ à 2 et 3 crédits par heure, ces activités seront donc transférées en heures de formation (divisées par deux ou par trois).

Puisque le Règlement est entré en vigueur le 1er janvier 2019, seules les activités inscrites à compter de cette date sont transférées.

Est-ce que mes activités cumulées lors de ma résidence seront transférés?

Le CMQ ne reconnait pas les activités cumulées lors de la résidence, ce report inscrit à votre dossier Mainpro+ ne sera donc pas transféré.

Qu’est-ce qui arrive avec mes activités inscrites dans le PadPC de la FMOQ?

Vous devez enregistrer toutes vos activités de DPC au même endroit puisqu’un seul choix de transfert vous est offert.  Vous devez donc enregistrer les activités inscrites sur votre relevé PadPC dans la catégorie appropriée de votre portfolio Mainpro+ soit en tant « apprentissage en groupe », « autoapprentissage » ou « évaluation ».  Dans chacune de ces catégories, vous retrouverez dans le menu déroulant le choix « Crédits de Catégorie 1 du Québec » qui représente les activités certifiées par les autres organismes accréditeurs du Québec, dont la FMOQ.

Qu’est-ce que cette nouvelle exigence d’activités d’évaluation de l’exercice de la profession?

Le CMQ exige que vous complétiez dix heures d’évaluation de l’exercice de la profession par cycle de cinq ans. Il est important de noter que la période de référence (cycle) du CMQ s’étend de janvier 2019 à décembre 2023. Il n’y a pas d’exigence relative à l’évaluation de l’exercice pour 2019 — vous aurez jusqu’à décembre 2023 pour obtenir et inscrire ces heures.

Plusieurs activités d’évaluation de l’exercice s’offrent déjà à vous.  Chacune des organisations accréditeurs du Québec travaille à développer de plus amples opportunités vous permettant de rencontrer cette nouvelle exigence au cours des prochaines années, sans soucis.

Nous vous rappelons que l’exigence est de 10 heures sur 5 ans.

Quelles activités puis-je suivre pour accumuler les dix heures d’évaluation de l’exercice requises? 

Voici quelques options :

1.       À partir des Activités à venir du CMFC, faites une recherche pour Évaluation :  

a)       Sous Province, sélectionnez QC (veuillez noter que les activités d’évaluation sont offertes au niveau provincial et au niveau national).

b)      Sous Catégorie, sélectionnez Évaluation

2.       À partir de la plateforme Mainpro+, vous pouvez voir les différents types d’activités d’évaluation certifiées en suivant les étapes suivantes :

a)       Cliquez sur AJOUTER UNE ACTIVITÉ DE DPC

b)      Sous Catégorie, sélectionnez Évaluation

c)       Sous Type de certification, sélectionnez Certifiées

d)      Faites votre choix à partir du menu déroulant sous Type d’activité

Je veux commencer dès maintenant. Comment puis-je obtenir des heures d’évaluation de l’exercice maintenant?

Relier l’apprentissage à l’évaluation : Le formulaire Relier l’apprentissage à l’évaluation est un exercice de réflexion autogéré et semi-structuré permettant d’obtenir jusqu’à cinq crédits certifiés Mainpro+ d’évaluation de l’exercice (cinq heures reconnues). Remplissez le formulaire pour faire un retour sur une question survenue dans le courant de votre pratique. Sur le formulaire, indiquez le nombre d’heures que vous avez consacrées à cette activité. Vous pouvez compléter autant d’exercices Relier l’apprentissage que vous voulez pendant un cycle de cinq ans.

Vous retrouverez ce formulaire dans votre profil Mainpro+ en cliquant sur « Entrer une nouvelle activité de DPC ». Choisir la catégorie « Évaluation » / « Certifiée » / puis dans le menu déroulant « Relier l’apprentissage à l’évaluation ».

Les formulaires d’évaluation de l’exercice de la FMOQ : vous pouvez enregistrer les activités inscrites au PadPc sous la rubrique « évaluation de l’exercice » dans votre profil Mainpro+ en cliquant sur « Entrer une nouvelle activité de DPC » et choisissant la catégorie « Évaluation » / « Certifiée » puis « Crédit de Catégorie 1 du Québec » dans le menu déroulant.

À qui dois-je m’adresser si j’ai une question? 

Veuillez communiquer avec le personnel du DPC au bureau national du CMFC en écrivant à mainprocredits@cfpc.ca ou en composant le 1 800 387-6197, poste 560, ou avec le Collège québécois des médecins de famille au 1 800 481-5962 dpc@cqmf.qc.ca .

Je suis membre parce que ...

 Je reçois le soutien nécessaire pour devenir un meilleur médecin, jour après jour 

Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

 Les membres de cette grande famille me ressourcent et m’inspirent! 

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

 Le CQMF me permet de développer un soutien concret aux jeunes médecins du Québec 

Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

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