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22 juin 2021  ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Comment pouvons-nous remédier aux enjeux systémiques auxquels l’humanité fait face et quel rôle pouvons-nous jouer comme professionnels-les de la santé?

Par la présidente du CQMF, Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

prendre une marche en nature

Alors que nous voulons toutes et tous le meilleur pour nos patients, nous tentons constamment d’améliorer leur santé à l’échelle individuelle. Cependant, plus les années passent, plus je prends conscience des enjeux systémiques qui influencent la santé des individus que je soigne. La pollution de l’air, de l’eau, les événements météo extrêmes sont autant de menaces à la santé et à la survie des humains, et il est impossible de «traiter» cela dans mon bureau… Comment pouvons-nous remédier aux enjeux systémiques auxquels l’humanité fait face et quel rôle pouvons-nous jouer comme professionnels-les de la santé? C’est difficile de le faire sur le plan individuel, c’est pourquoi le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) choisit d’unir sa voix à celle d’autres associations sur la place publique pour informer les médecins et la population de ces enjeux.

D’une part, il importe de reconnaître que les soignants sont aux premières loges pour constater les effets des changements climatiques et de la pollution dans nos communautés. D’autre part, le système de santé lui-même contribue à une proportion significative des émissions de gaz à effet de serre (GES). Enfin, les médecins et les professionnels-les de la santé jouissent d’une crédibilité et d’un respect dans la population et auprès de nos dirigeants, ce qui nous donne autant la possibilité que la responsabilité de prendre la parole pour défendre les plus vulnérables.

Ce que je retiens du colloque Climat et santé

Caroline Laberge, Présidente du CQMF
Caroline Laberge, présidente du CQMF

J’ai eu la chance de participer, du 17 au 21 mai dernier, au colloque international francophone Climat et santé, organisé conjointement par Médecins francophones du Canada, le Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) et Synergie Santé Environnement (SSE). Formation unique en son genre, elle a mis en commun le savoir et l’expérience de médecins, professionnels-les de la santé, biologistes, de spécialistes en environnement, en droit, en économie et de membres d’organismes à but non lucratif qui œuvrent dans le domaine de l’environnement. Toute une semaine à réfléchir ensemble sur comment les systèmes de santé peuvent améliorer leurs pratiques pour réduire l’impact environnemental des soins, à partager des constats et des pistes de solution et, surtout, à réseauter et à se laisser inspirer.

Plusieurs thèmes et présentations m’ont marquée au cours de cette semaine. Je vous partage mes coups de cœur et réflexions.

Premièrement, notre monde est un système complexe. Le concept de «Une santé» permet de comprendre que des événements ‒ comme la pandémie de COVID-19, la progression de la maladie de Lyme, la rage dans les communautés nordiques du Canada ‒ sont le résultat d’une interaction complexe entre les humains, les animaux et l’environnement. Les solutions doivent passer par une collaboration entre plusieurs professionnels-les, les communautés, les décideurs-ses, tout comme par les personnes au cœur de la situation qui participeront à l’implantation des stratégies choisies.

Ensuite, j’ai appris que des méthodes sont maintenant bien définies et implantées pour analyser le cycle de vie des processus, des médicaments, des fournitures médicales. Le National Health Service (NHS) du Royaume-Uni s’est doté d’un ambitieux plan «Net Zero» pour arriver à un système de santé à ZÉRO émission nette de GES d’ici 2050! La France pilote également un plan de décarbonation global, avec son «Shift Project», et le Plan de transformation de l’économie française (PTEF) incluant le secteur de la santé. Au Québec, des organismes comme Synergie Santé Environnement (SSE), le Maillon Vert et plusieurs autres sont partenaires des établissements pour implanter des changements concrets. Nous avons maintenant besoin d’un fort leadership politique pour planifier des changements majeurs à l’échelle nationale!

Par ailleurs, la santé des individus dépend de leur milieu de vie, mais également de leur interaction avec celui-ci. Au fil du siècle dernier, la technologie a pris une place croissante dans la vie des humains, par exemple, au niveau des moyens de transport, de la production alimentaire, du travail et, enfin, des interactions sociales. J’ai l’impression que nous sommes parvenus au point où certains désavantages commencent à surpasser les bienfaits.

Prenons l’exemple des déplacements en auto solo. Ceux-ci augmentent les bouchons de circulation; les automobilistes perdent beaucoup de temps dans le trafic, la pollution augmente autour des grands axes routiers et nuit à la santé des citoyens, sans parler de la pression financière qui s’accentue sur les ménages pour payer les véhicules et l’essence.

De plus, la sédentarité entraînée par ce type de déplacement mine la santé des adeptes de l’automobile, ce qui n’est pas le cas des déplacements dits actifs comme le vélo et la marche. Dans son ouvrage intitulé Énergie et équité, Ivan Illich analyse cette contre-productivité en comparant divers véhicules. Il en ressort que le véhicule le plus avantageux en matière de kilomètres parcourus par heure investie est le vélo! Comment inverser la tendance? L’urbanisme a un grand rôle à y jouer! Pensons notamment à l’aménagement d’axes favorables au transport actif et collectif et au verdissement des villes pour atténuer la pollution et rendre agréables les déplacements. La voix des citoyennes et citoyens et des professionnels-les de la santé est importante pour faire entendre ces considérations à nos élus-es.

Et si on prescrivait de la nature?

L’autre aspect qui influence la santé humaine est la connexion à la nature, ou comment le manque de nature peut amener une panoplie de symptômes que Richard Louv a décrits, dans Une enfance en liberté, comme le syndrome du déficit de nature. Les enfants y sont particulièrement vulnérables, mais les adultes en ressentent aussi les effets.

La prescription de nature devient ainsi un outil de choix dans notre arsenal thérapeutique. Il est reconnu que le fait de passer au moins deux heures dans la nature chaque semaine, idéalement par tranche d’au moins 20 minutes, procure des bienfaits majeurs à la santé physique (maladies cardiovasculaires, diabète, système immunitaire, etc.) et psychologique (anxiété, dépression, dépendances, etc.). À cet égard, l’initiative PaRx a été lancée en Colombie-Britannique l’automne dernier pour encourager les médecins à prescrire de la nature à leurs patients. Le CQMF collabore actuellement avec des partenaires pour faire une adaptation québécoise de cette initiative. Je vous invite à l’expérimenter vous-mêmes et à le prescrire à vos patients!

Il est temps de repenser notre système de soins afin de se réapproprier notre santé par nos propres actions, activités physiques, temps en nature et alimentation non transformée. Il est temps également de réduire notre dépendance aux tests diagnostiques, aux médicaments et aux traitements inutiles, comme l’exprime bien le slogan de la campagne Choisir avec soinLess is More. Moins de recours aux tests qui génèrent leur lot de surdiagnostics, d’anxiété, de tests supplémentaires…

Voici ma proposition pour la prévention des maladies cardiovasculaires: l’utilisation d’outils d’aide à la décision partagée et le dialogue avec nos patients permet d’offrir diverses options de traitement qui sauront répondre à leurs besoins et préférences. Il importe de réfléchir à ce qui va améliorer la santé globale de notre patient au-delà de ses taux de cholestérol LDL ou de la valeur de sa pression artérielle systolique. Il importe aussi d’intégrer le concept de protection de l’environnement dans nos soins. Comment pourrons-nous maintenir des humains «en santé» dans un environnement toxique?

Ensemble, mettons-nous à l’œuvre!

Dans chacun de nos secteurs d’activité, nous pouvons réfléchir à notre façon de contribuer à la santé globale, tant de nos patients que de nos milieux de vie. Nous sommes à un tournant de notre évolution et il est exaltant de voir toutes les occasions qui s’offrent à nous d’influencer le monde de demain. La solution sera la somme d’une multitude d’initiatives et d’un changement graduel de mentalité devant «l’infinité» des ressources planétaires. Des exemples fort inspirants, allant de gestes concrets dans les cliniques médicales, de l’approvisionnement à la gestion des matières résiduelles des établissements ‒ à la récupération des surplus alimentaires ‒, sont déjà en cours aux quatre coins du Québec et n’attendent que notre participation pour s’implanter dans l’ensemble de nos milieux!

Pour en apprendre davantage sur le sujet, je vous invite à consulter Clinique écoresponsable et soins de santé durables – Guide d’inspiration. Visitez aussi notre site web où diverses ressources pour la pratique sont mises à votre disposition.

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Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

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