Error: Anonymous form submissions are not enabled for this site, try logging in first contacting your site administrator.

Missing content: 'undefined' particle cannot be found.

4 février 2022

PAR CHRISTIAN LEDUC ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Bien que Christian Dubé se soit voulu rassurant en commission parlementaire sur ses intentions, la présidente du CQMF estime que le libellé actuel du projet de loi 11 est réducteur de la réalité vécue par les médecins en première ligne.

En se concentrant trop sur l’accès aux médecins de famille et la collecte de données entourant leur pratique sans tenir compte de l’organisation des service de première ligne de manière plus générale, le gouvernement fait fausse route, estime le Collège québécois des médecins de famille (CQMF).

La Dre Caroline Laberge, la présidente du CQMF

En commission parlementaire le 3 février, la présidente du CQMF, la Dre Caroline Laberge, a notamment fait valoir au ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, que le portrait plus complet qu’il veut obtenir sur le nombre de consultations effectuées par les médecins de famille ne serait qu’un reflet très partiel de leur travail quotidien.

À titre d’exemple, a-t-elle évoqué dans une entrevue à ProfessionSanté.ca le lendemain, le ministre lui a demandé combien de temps était consacré à des tâches administratives et s’est montré surpris lorsqu’elle a évoqué que les médecins de familles passent de deux à trois demi-journées de temps chacun à effectuer ces tâches.

«Au Ministère, on ne connaît pas la réalité vécue sur le terrain, la paperasse que l’on a à remplir et les autres tâches que l’on fait dans une semaine», illustre-t-elle.

Or, le libellé actuel du projet de loi 11 fait en sorte à son avis que la nouvelle loi ne permettrait pas d’obtenir un portrait juste de la situation et ainsi d’agir plus efficacement sur l’accès aux soins, mais aussi la prise en charge et le suivi des patients.

Au contraire, le projet de loi 11 met trop l’accent sur la nécessité pour les médecins de famille à donner des rendez-vous rapidement et en grand nombre aux patients, ce qui pourrait avoir l’effet contraire de ce qui est recherché.

Le ministre lui a répondu qu’il ne cherchait pas à «presser le citron» des médecins de famille. Il a ajouté que les documents législatifs sont conçus par des avocats et que les libellés ne sont pas nécessairement indicatifs de ses intentions.

«L’objectif [de ces données de gestion], c’est de comprendre ce que font les médecins, mais pas de les contrôler», a-t-il expliqué. Le ministre a ajouté qu’il fallait faire la distinction entre la collecte de ses données et la mise en place d’un système différent de gestion des prises de rendez-vous, qui sont à son avis «deux choses complètement différentes».PUBLICITÉ

D’autres solutions

Comme d’autres associations et organisations l’ont également mentionné, la Dre Laberge souligne que le gouvernement devrait surtout travailler à faire des groupes de médecine familiale (GMF) de vrais milieux interdisciplinaires et avec des effectifs suffisants. Cela permettrait d’éviter que les médecins de famille soient perçus comme l’unique porte d’entrée pour obtenir des soins.

Parmi ses autres recommandations, le CQMF estime que le gouvernement doit mettre en place une stratégie de valorisation de la médecine de famille, en partenariat avec les facultés de médecine et les autres organismes impliqués en médecine de famille.

La Dre Laberge ajoute qu’il serait aussi important de promouvoir le concept de pertinence des soins et des services. Cela aurait notamment comme avantage pour les médecins de famille de réduire les examens, traitements et formulaires inutiles ou redondants.

Pour consulter le mémoire du CQMF.

Pour des soins de santé accessibles et de qualité

Laval, 3 février 2022 – La Dre Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille (CQMF), s’adresse aujourd’hui à la Commission de la santé et des services sociaux dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi no 11. « Pour assurer un meilleur accès aux soins et services de première ligne, il faut accroître le travail de collaboration interprofessionnelle en augmentant le nombre de ressources au sein des équipes de soins », déclare la Dre Laberge. Le projet de loi no 11, dans sa visée, se concentre sur l’accès / « l’offre » des médecins de famille par le biais d’une plateforme de rendez-vous, alors que tout se joue au niveau de l’organisation des soins et des services de la première ligne.

« Nous demandons aux décideurs de mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration du plan de redressement annoncé de notre système de santé québécois. Nous voulons être partie prenante à la discussion », souligne la Dre Laberge. Le CQMF rend public son mémoire qu’il a déposé à la Commission.

L’accès, la collaboration interprofessionnelle et la qualité des soins

Au cours des dernières années, le travail de collaboration interprofessionnelle s’est développé au Québec. C’est pourquoi l’accès aux soins ne devrait pas reposer sur la seule disponibilité des médecins de famille dont l’offre s’étend également aux services de 2e et de 3e lignes.

Avec la longévité accrue et le nombre grandissant de personnes aux prises avec des maladies chroniques multiples ou encore des enjeux de santé mentale, nous constatons un changement dans les besoins de la population. Une organisation des soins et des services orientée vers une prise en charge globale et à long terme est la voie de solution démontrée. Elle passe par des équipes interprofessionnelles de première ligne, accessibles et adéquatement outillées. Les plages de rendez-vous disponibles ainsi multipliées permettraient d’assurer une réponse aux besoins ponctuels tout en offrant des soins complets et globaux de qualité. Nous prônons l’accès aux bons soins, auprès des bons professionnels-les, au bon moment.

La pertinence des rendez-vous

La performance ne se mesure pas au nombre de rendez-vous offerts. Des soins de qualité exigent du temps et une compréhension globale du patient. Un service axé sur des consultations rapides n’abordant que des problèmes ponctuels peut sembler performant à court terme, mais n’améliore pas l’état de santé à long terme des personnes qui consultent.

La tâche administrative des médecins s’est alourdie au fil des années, réduisant par le fait même leur disponibilité pour voir des patients. Il est démontré que des rendez-vous de courte durée sans suivi longitudinal génèrent plus de tests qu’une rencontre entre un patient et son équipe de soins. On estime jusqu’à 30 % les examens et les traitements non nécessaires, d’où l’importance d’une sensibilisation au concept de pertinence des soins et d’utilisation judicieuse des ressources.

Nos recommandations

Le CQMF formule quatre (4) recommandations visant à accroître l’accès à la première ligne de soins et la valorisation de la profession dont l’attractivité est fondamentale dans la poursuite de cet objectif.

  1. Accroître le travail interprofessionnel pour assurer un meilleur accès aux soins et services, afin que les médecins de famille ne soient pas la seule et unique porte d’entrée du système de santé
    • Augmenter le nombre d’infirmières et d’infirmiers dans les GMF et favoriser un service d’orientation préalable pour diriger la patiente ou le patient à la bonne ressource professionnelle, au bon moment.
    • Donner la possibilité à chaque médecin de suivre de plus grandes cohortes de patients, dans une médecine de qualité, grâce à l’apport des autres professionnels-les.
    • Respecter le jugement du médecin dans ses décisions en matière de suivis médicaux ‒ durée du rendez-vous selon la complexité, consultations virtuelles, délégation de suivis, capacité ou non d’élargir sa patientèle.
  2. Valoriser la médecine de famille
    • En faire une spécialité attrayante pour la relève
      • Établir rapidement un plan d’action pour la valorisation de la profession, de concert avec les facultés de médecine et les organismes impliqués en médecine de famille.
    • Reconnaître l’engagement des médecins en pratique
      • Offrir aux médecins de famille la flexibilité d’ajuster leur offre de services en première ligne au cours de leur carrière – en tenant compte de leurs engagements en 2e ligne, de leur situation familiale et de leur état de santé – dans le but d’éviter l’épuisement, l’exode ou une fin de carrière précipitée.
      • Mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration d’un « plan de redressement » du système de santé québécois.
  3. Promouvoir le concept de pertinence des soins et des services
    • Former nos médecins et professionnels-les de la santé sur le surdiagnostic et le surtraitement – réduction des examens et des traitements inutiles – pour utiliser temps et ressources à bon escient.
    • Guider et outiller les citoyennes et citoyens pour favoriser l’autogestion des problèmes de santé mineurs et courants, afin d’assurer la pertinence des rendez-vous médicaux.
  4. Tenir compte des éléments suivants dans l’implantation d’une technologie de prise de rendez-vous en ligne :
    • Doter cette plateforme d’algorithmes d’intelligence artificielle de façon à diriger la personne en démarche de rendez-vous au bon professionnel, au bon moment, et l’outiller avec des guides d’autosoins.
    • Moduler l’offre pour éviter de transformer en « sans rendez-vous » toutes les plages disponibles du médecin; réserver des plages horaires en nombre suffisant et de durée adéquate pour permettre au médecin de famille d’offrir des soins complets et globaux à sa patientèle.
    • Enfin, il serait inacceptable d’utiliser cette plateforme pour juger de la « productivité » des médecins de famille selon le nombre de rendez-vous offerts ou pour s’ingérer dans la gestion de leurs horaires individuels.  

Mission du CQMF

Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) a pour mission d’inspirer et soutenir les médecins de famille et leurs partenaires dans l’adoption de meilleures pratiques au bénéfice de la santé de la population. Il regroupe quelque 4 500 membres. Ses activités sont assurées par des médecins de famille bénévoles et engagés envers la profession et la collectivité. Le CQMF est l’aile québécoise du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), l’organisme professionnel responsable d’établir les normes et de procéder à l’agrément des programmes de formation postdoctorale en médecine de famille dans les 17 facultés de médecine du pays.

Source : Collège québécois des médecins de famille (CQMF)

Pour information : Linda Lévesque, responsable des communications, 450 973-2228; cellulaire : 514 242-8909; llevesque@cqmf.qc.ca

Pour des soins de santé accessibles et de qualité

COMMUNIQUÉ

La Dre Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille (CQMF), s’adresse aujourd’hui à la Commission de la santé et des services sociaux dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi no 11. « Pour assurer un meilleur accès aux soins et services de première ligne, il faut accroître le travail de collaboration interprofessionnelle en augmentant le nombre de ressources au sein des équipes de soins », déclare la Dre Laberge. Le projet de loi no 11, dans sa visée, se concentre sur l’accès / « l’offre » des médecins de famille par le biais d’une plateforme de rendez-vous, alors que tout se joue au niveau de l’organisation des soins et des services de la première ligne.

« Nous demandons aux décideurs de mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration du plan de redressement annoncé de notre système de santé québécois. Nous voulons être partie prenante à la discussion », souligne la Dre Laberge. Le CQMF rend public son mémoire qu’il a déposé à la Commission.

L’accès, la collaboration interprofessionnelle et la qualité des soins

Au cours des dernières années, le travail de collaboration interprofessionnelle s’est développé au Québec. C’est pourquoi l’accès aux soins ne devrait pas reposer sur la seule disponibilité des médecins de famille dont l’offre s’étend également aux services de 2e et de 3e lignes.

Avec la longévité accrue et le nombre grandissant de personnes aux prises avec des maladies chroniques multiples ou encore des enjeux de santé mentale, nous constatons un changement dans les besoins de la population. Une organisation des soins et des services orientée vers une prise en charge globale et à long terme est la voie de solution démontrée. Elle passe par des équipes interprofessionnelles de première ligne, accessibles et adéquatement outillées. Les plages de rendez-vous disponibles ainsi multipliées permettraient d’assurer une réponse aux besoins ponctuels tout en offrant des soins complets et globaux de qualité. Nous prônons l’accès aux bons soins, auprès des bons professionnels-les, au bon moment.

La pertinence des rendez-vous

La performance ne se mesure pas au nombre de rendez-vous offerts. Des soins de qualité exigent du temps et une compréhension globale du patient. Un service axé sur des consultations rapides n’abordant que des problèmes ponctuels peut sembler performant à court terme, mais n’améliore pas l’état de santé à long terme des personnes qui consultent.

La tâche administrative des médecins s’est alourdie au fil des années, réduisant par le fait même leur disponibilité pour voir des patients. Il est démontré que des rendez-vous de courte durée sans suivi longitudinal génèrent plus de tests qu’une rencontre entre un patient et son équipe de soins. On estime jusqu’à 30% les examens et les traitements non nécessaires, d’où l’importance d’une sensibilisation au concept de pertinence des soins et d’utilisation judicieuse des ressources.

Nos recommandations

Le CQMF formule quatre (4) recommandations visant à accroître l’accès à la première ligne de soins et la valorisation de la profession dont l’attractivité est fondamentale dans la poursuite de cet objectif.

  1. Accroître le travail interprofessionnel pour assurer un meilleur accès aux soins et services, afin que les médecins de famille ne soient pas la seule et unique porte d’entrée du système de santé
    • Augmenter le nombre d’infirmières et d’infirmiers dans les GMF et favoriser un service d’orientation préalable pour diriger la patiente ou le patient à la bonne ressource professionnelle, au bon moment.
    • Donner la possibilité à chaque médecin de suivre de plus grandes cohortes de patients, dans une médecine de qualité, grâce à l’apport des autres professionnels-les.
    • Respecter le jugement du médecin dans ses décisions en matière de suivis médicaux ‒ durée du rendez-vous selon la complexité, consultations virtuelles, délégation de suivis, capacité ou non d’élargir sa patientèle.
  2. Valoriser la médecine de famille
    • En faire une spécialité attrayante pour la relève
      • Établir rapidement un plan d’action pour la valorisation de la profession, de concert avec les facultés de médecine et les organismes impliqués en médecine de famille.
    • Reconnaître l’engagement des médecins en pratique
      • Offrir aux médecins de famille la flexibilité d’ajuster leur offre de services en première ligne au cours de leur carrière – en tenant compte de leurs engagements en 2e ligne, de leur situation familiale et de leur état de santé – dans le but d’éviter l’épuisement, l’exode ou une fin de carrière précipitée.
      • Mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration d’un « plan de redressement » du système de santé québécois.
  3. Promouvoir le concept de pertinence des soins et des services
    • Former nos médecins et professionnels-les de la santé sur le surdiagnostic et le surtraitement – réduction des examens et des traitements inutiles – pour utiliser temps et ressources à bon escient.
    • Guider et outiller les citoyennes et citoyens pour favoriser l’autogestion des problèmes de santé mineurs et courants, afin d’assurer la pertinence des rendez-vous médicaux.
  4. Tenir compte des éléments suivants dans l’implantation d’une technologie de prise de rendez-vous en ligne :
    • Doter cette plateforme d’algorithmes d’intelligence artificielle de façon à diriger la personne en démarche de rendez-vous au bon professionnel, au bon moment, et l’outiller avec des guides d’autosoins.
    • Moduler l’offre pour éviter de transformer en « sans rendez-vous » toutes les plages disponibles du médecin; réserver des plages horaires en nombre suffisant et de durée adéquate pour permettre au médecin de famille d’offrir des soins complets et globaux à sa patientèle.
    • Enfin, il serait inacceptable d’utiliser cette plateforme pour juger de la « productivité » des médecins de famille selon le nombre de rendez-vous offerts ou pour s’ingérer dans la gestion de leurs horaires individuels.  

Mission du CQMF

Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) a pour mission d’inspirer et soutenir les médecins de famille et leurs partenaires dans l’adoption de meilleures pratiques au bénéfice de la santé de la population. Il regroupe quelque 4 500 membres. Ses activités sont assurées par des médecins de famille bénévoles et engagés envers la profession et la collectivité. Le CQMF est l’aile québécoise du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), l’organisme professionnel responsable d’établir les normes et de procéder à l’agrément des programmes de formation postdoctorale en médecine de famille dans les 17 facultés de médecine du pays.

Source : Collège québécois des médecins de famille (CQMF); publié le 3 février 2022

Pour information : Linda Lévesque, responsable des communications, 450 973-2228; cellulaire : 514 242-8909; llevesque@cqmf.qc.ca

Communiqué de presse diffusé à la suite du dépôt du projet de loi 11

Entrevue avec la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

Votre CQMF fait entendre sa voix au chapitre

La Cité-de-la-Santé à Laval est le premier hôpital francophone au Canada à recevoir la certification «Hôpital Choisir avec soin» octroyée aux établissements qui réduisent la surutilisation des examens et des traitements chez les patients.

Publié le 26 octobre 2021

Par Mathieu Ste-Marie ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Une trentaine d’hôpitaux anglophones, dont trois au Québec, ont déjà reçu la désignation «Hôpital Choisir avec soin» au pays, mais c’est une première pour un hôpital francophone. C’est la Dre Stéphanie Castonguay, microbiologiste-infectiologue et présidente du comité d’optimisation et de pertinence du CISSS de Laval, qui a présenté le dossier à Choisir avec soin Canada.

Il existe trois niveaux de certification (voir encadré plus bas); l’hôpital de la Cité-de-la-Santé a obtenu celle de niveau 1. Pour pouvoir y prétendre, les professionnels de la santé de l’établissement ont dû adopter cinq mesures:

– séparer les analyses pour PT/INR et aPTT à l’urgence et aux unités d’hospitalisation;

– Retirer le dosage de l’acide folique des ordonnances hospitalières systématiques et autres ordonnances collectives;

– Cesser de prescrire des radiographies pulmonaires quotidiennes à l’unité de soins intensifs sauf pour répondre à des questions cliniques spécifiques;

– Éviter le dépistage de masse du déficit de la 25-hydroxyvitamine D;

– Ne pas demander de sédimentation pour dépister l’inflammation chez les patients qui n’ont pas de diagnostic;

«Nous sommes très fiers d’être les premiers francophones à recevoir cette désignation, d’autant plus que Choisir avec soins est moins connu au Québec», a réagi la Dre Castonguay.

Caroline Laberge

Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille

En effet, très connue en Ontario et dans d’autres provinces canadiennes, cette campagne qui s’attaque aux examens et aux traitements inutiles est loin d’avoir la même visibilité au Québec. D’abord soutenu par l’Association médicale du Québec (AMQ), Choisir avec soin aurait bien pu disparaître avec la dissolution de l’AMQ, en 2019. Heureusement, au printemps 2020, le Collège québécois des médecins de famille a récupéré cette campagne, version francophone de Choosing Wisely Canada

La présidente du CQMF, la Dre Caroline Laberge, se réjouit de voir que la certification de l’hôpital donnera une nouvelle visibilité à cette initiative. «Je suis très heureuse que l’on commence à parler de pertinence des soins. On estime qu’il y a de 30 à 40 % des actes médicaux effectués qui sont non pertinents et potentiellement nuisibles», souligne la médecin de famille.

La Dre Laberge donne l’exemple de la prescription d’antibiotiques pour une infection virale qui, en plus de coûter de l’argent, est nuisible puisqu’elle occasionne une résistance aux antibiotiques et élimine les bonnes bactéries du corps humain.

Un engouement pour la pertinence des soins

Selon la Dre Stéphanie Castonguay, cette certification viendra plus particulièrement sensibiliser les médecins de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé à la surprescription et au surdiagnostic.

«Nous voulons que notre hôpital ait une culture de la pertinence des soins et que celle-ci fasse partie du quotidien des prescripteurs. Plus on va en parler, plus les médecins vont être sensibilisés à la pertinence. Chaque prescripteur peut faire la différence en se demandant toujours s’il prescrit le bon examen, pour le bon patient au bon moment.»

Le Dr René Wittmer, président du comité directeur de Choisir avec soin Québec, abonde dans le même sens.

«Cette certification peut créer un engouement pour que les gens puissent se rassembler et collaborer à l’amélioration de la qualité des soins. Les gens qui s’intéressent à la pertinence voient comment cela peut jouer un rôle dans la qualité des soins», souligne-t-il.

Selon lui, des hôpitaux francophones, dont l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, sont en processus pour obtenir une désignation de Choisir avec soin.

Au Québec, le Centre universitaire de santé McGill, l’Hôpital général juif de Montréal et le Centre hospitalier de St.Mary ont la certification niveau 1. 

Comment remplir les critères de certification d’Hôpital Choisir avec soin?

NIVEAU 1

Appliquer cinq gains rapides:

  • Séparer les analyses pour PT/RIN et pour aPTT et revoir les batteries de tests demandées d’emblée aux urgences
  • Éliminer l’option «tous les jours» des ordonnances standardisées
  • Retirer le dosage du folate des ordonnances hospitalières systématiques
  • Cesser de prescrire des radiographies pulmonaires quotidiennes à l’USI, sauf pour répondre à des questions cliniques spécifiques
  • *Note : Si ces mesures ne concernent pas un hôpital, il doit les remplacer par d’autres.

NIVEAU 2

Appliquer trois autres recommandations de Choisir avec soin par le biais des méthodes d’amélioration de la qualité:

  • Les méthodes d’amélioration de la qualité doivent inclure une collecte de données de référence, les interventions en tant que telles et une collecte des résultats
  • Les projets doivent prévoir l’utilisation des trousses à outils Choisir avec soin

NIVEAU 3

L’établissement doit promouvoir la question de la surutilisation à l’échelle de l’organisation ainsi qu’un changement de culture:

  • Choisir avec soin fait partie du plan d’exploitation et du plan stratégique de l’hôpital
  • Appliquer au moins 10 recommandations Choisir avec soin distinctes dans différents services hospitaliers
  • Les recommandations des niveaux 1 et 2 peuvent être comptabilisées dans ces 10 recommandations
  • Jouer le rôle de mentor ou de collaborateur pour au moins un autre hôpital qui souhaite appliquer les mesures de Choisir avec soin

12 octobre 2021  Profession Santé ‒ L’actualité médicale

Par la présidente du CQMF, Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

Caroline Laberge, présidente du CQMF

Les manchettes des dernières semaines sont alimentées par la grave pénurie de main-d’œuvre infirmière dans le réseau de la santé. Cela illustre à quel point le travail interprofessionnel est un incontournable tant à l’hôpital qu’en GMF-U. Nos collègues infirmières et infirmiers ont une expertise irremplaçable dans des domaines de pointe comme les soins intensifs, l’unité néonatale, l’obstétrique, la cancérologie, la gériatrie, la pédiatrie, et j’en passe.

Comment expliquer ce manque de personnel infirmier dans le réseau, ou son exode vers les agences privées? D’abord, le concept du temps supplémentaire et surtout du fameux TSO ‒ le temps supplémentaire obligatoire ‒ est décrié depuis des années. Comment concilier travail-famille et vie personnelle, quand on peut à tout moment être «pris en otage» par son employeur? La seule façon trouvée par plusieurs infirmières pour contrôler un peu leur horaire est de travailler à temps partiel et de le combler, lorsqu’elles sont disponibles, avec des heures supplémentaires, plutôt que d’avoir un horaire complet auquel s’ajoutent les heures supplémentaires.

Des conditions de travail difficiles

Pour les infirmières avec qui j’ai parlé, ce n’est pas une prime pour revenir à temps plein qui va changer leur manière de faire, si rien n’est modifié dans les conditions de travail. Le manque de reconnaissance témoigné par le salaire global et les conditions de travail est décrié depuis des années, mais ça semble surtout se jouer dans un combat musclé entre les syndicats et le gouvernement. On assiste depuis un moment déjà à une «optimisation» ‒ ajout du nombre de patients par infirmière/infirmier (le fameux «quota») ‒, une explosion de la paperasse, un nombre croissant d’éléments à monitorer, valider, inscrire au dossier, et le tout, sans retirer aucune tâche! On assiste aussi à l’ajout de personnel dédié à des projets spéciaux sans pour autant fournir des bras supplémentaires sur le plancher pour effectuer le travail quotidien.

Des pistes de solution

La reconnaissance du rôle crucial des infirmières et infirmiers et la planification pérenne des effectifs sont du ressort des établissements et du ministère de la Santé et des Services sociaux. Nous ne sommes pas dans une crise ponctuelle, mais bien dans un problème de longue date et qui se trouve amplifié par la COVID-19. Il faudra donc plus qu’une mesure temporaire pour régler le problème. Les infirmières et infirmiers ne sont pas des pions ou des robots d’une chaîne de montage: il est primordial de favoriser une gestion décentralisée et humaine des effectifs. Récemment, l’implication des infirmières dans les discussions avec leurs gestionnaires au sein du CHU de Québec a donné lieu à plusieurs solutions originales porteuses d’espoir.

Enfin, l’apport de tous les professionnels impliqués dans les soins aux patients, c’est-à-dire les préposées aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires, les pharmaciens, les physiothérapeutes, et autres intervenants, et les médecins, doit être concerté pour que chacun exploite au maximum ses capacités et s’entraide. Je suis curieuse de voir l’apport des ambulanciers à l’urgence, mais il faut évidemment éviter de déshabiller Paul pour habiller Pierre!

Une autre piste de solution réside dans la perspective de Choisir avec soin, ou dans une utilisation judicieuse des ressources incluant les ressources humaines… Pouvons-nous repenser l’ensemble des services de notre système de santé? Rêver d’un monde où les citoyens jouent un rôle actif dans le maintien de leur santé et la prévention de la maladie? Où le système de santé évite de médicaliser les étapes de la vie comme l’accouchement normal ou le vieillissement?

Au plaisir de lire vos commentaires…

25 juin 2021

ÉLYANTHE NORD – Le Médecin du Québec

Le Dr Mario Dubuc, de Sherbrooke, a été nommé « Médecin de famille de l’année » par le Collège québé­cois des médecins de famille (CQMF). Ce prix est remis annuellement, comme dans chacune des pro­vinces, à un membre qui incarne brillamment l’essence du médecin de famille, notamment par ses soins exemplaires aux patients et son importante contribution à la santé de sa collectivité.

Dr Mario Dubuc

Le Dr Dubuc, qui exerce depuis plus de 40 ans, a eu une carrière impressionnante, affirme la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF. « Il a fondé, avec ses confrères, une clinique médicale qui est devenue par la suite un groupe de médecine de famille. Parallèlement au suivi de ses patients, il s’est beaucoup intéressé aux soins en fin de vie. Il a œuvré à mettre sur pied l’unité de soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) et la Maison Aube-Lumière, en Estrie. Il a ainsi donné accès aux soins palliatifs à toute une région et formé non seulement de futurs collègues, mais aussi des infirmiers et des pharmaciens pour avoir une approche multidisciplinaire vraiment axée sur le bien-être des patients. »

Le CQMF a également distribué plusieurs autres prix. « Les médecins de famille sont très humbles et habitués à travailler avec leurs patients dans leur cabinet. Ils font des choses extraordinaires qui ne sont souvent pas mises à l’avant-plan. Reconnaître leurs accomplissements est vraiment inspirant pour les autres médecins et est important pour rehausser la valeur de la médecine de famille », estime la Dre Laberge.

Dr Jean Ouellet
Mentor de l’année

Le Prix du mentor de l’année a été décerné au Dr Jean Ouellet. « Le Dr Ouellet est un médecin qui enseigne depuis plus d’une trentaine d’années à l’Université Laval. Il a agi comme mentor auprès des dizaines et des dizaines de jeunes médecins. Comme il travaille également dans une unité d’enseignement à Québec, il forme chaque année plusieurs cohortes de résidents. Il est vu comme une figure vers qui se tourner quand on a des questions. Il est toujours disponible », indique la Dre Laberge.

Dr François Venne
Prix de la relève en médecine familiale

Le CQMF a remis au Dr François Venne, de l’Abitibi, le Prix de la relève en médecine familiale qui souligne le leadership d’un médecin de famille au cours de ses premières années d’exercice. Pratiquant depuis seule­­ment trois ans, le Dr Venne a déjà créé, à Val-d’Or, une clinique réser­vée aux patients autochtones et une autre pour les troubles liés à l’usage d’opioïdes.

Prix d’excellence

Les prix d’excellence du CMFC sont remis à des médecins de famille qui ont récemment apporté une contribution remarquable dans un domaine particulier.

Dre Pascale Breault, Dre Guylène Thériault, Dr François Goulet et Dr Keith J. Todd

Les dernières années ont montré l’impact des changements climatiques au Québec. Ainsi, plusieurs bouleversements environnementaux ont des répercussions sur la santé de la population.

21 mai 2021 ‒ Lancé aujourd’hui, dans le cadre du Colloque international francophone Climat et santéLes changements climatiques : abrégé à l’intention des professionnels de la santé, vise précisément à outiller les médecins, les cliniciennes et les cliniciens dans leurs interventions auprès de leurs patients.

Les auteurs, le Dr Pierre Gosselin et M. Ray Bustinza, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), ainsi que Mme Diane Bélanger, ont collaboré avec l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) pour produire un outil destiné aux professionnels de la santé. Publié en 2020 en anglais et en espagnol par l’OPS, une version française de l’ouvrage est maintenant disponible, préfacée par la présidente du Collège québécois des médecins de famille (CQMF), la Dre Caroline Laberge.

Structuré autour des domaines cliniques, l’abrégé donne rapidement accès à des données claires, concises et récentes. La physiopathologie des maladies en lien avec les changements climatiques est résumée, les effets indésirables de certains médicaments sont retracés et l’ouvrage se termine par des conseils aux patients et à la communauté pour atténuer les changements climatiques ou en restreindre l’exposition.

« Les médecins et les cliniciens nous demandent de plus en plus quoi faire concrètement pour leurs patients et leurs cliniques. Cet abrégé vise à répondre à ces questions qui concernent directement leurs patients », mentionne le Dr Pierre Gosselin, médecin-conseil à l’INSPQ et coauteur.

L’INSPQ est heureux de reconnaître le travail des auteurs et des personnes ayant œuvré à cette publication, permettant de donner aux professionnels du Québec et de la francophonie un ouvrage pertinent et essentiel en langue française. « L’enjeu des changements climatiques ne peut être ignoré; nous devons poser des gestes concrets pour nous adapter face aux conséquences sanitaires importantes. Cet ouvrage constitue un pas de plus pour outiller et mobiliser les professionnels de la santé devant ce défi. Nous avons la chance de compter sur une équipe compétente et reconnue en changements climatiques à l’INSPQ », souligne le Dr François Desbiens, vice-président aux affaires scientifiques à l’INSPQ.

Le CQMF, pour sa part, prône l’excellence des soins en soutenant les médecins de famille. Il leur propose des outils cliniques pertinents et adaptés, et ce, en intégrant leurs initiatives et celles de ses partenaires dans l’adoption de meilleures pratiques au bénéfice de la santé de la population. « Nous devons dorénavant tenir compte des enjeux climatiques et de leurs impacts sur la santé dans nos interventions de première ligne. Cet abrégé nous fournit des outils concrets, appuyés sur des données solides, faciles à utiliser en contexte de soins. Il propose aussi des exemples de gestes simples à faire pour réduire notre empreinte sur l’environnement et diminuer les risques de souffrir des effets délétères des changements climatiques », se réjouit la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF.

Les changements climatiques : Abrégé à l’intention des professionnels de la santé

Site Mon climat, ma santé

22 avril 2021

ANOUK LEBEL ‒ ProfessionSantéL’actualité médicale

Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

La campagne Choisir avec soin a finalement survécu à la dissolution de l’Association médicale du Québec (AMQ). Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) a repris le flambeau du volet québécois de cette campagne pancanadienne de lutte au surtraitement et au surdiagnostic, toujours privée de financement de Québec.

Le CQMF participait déjà à la réflexion sur la pertinence des soins et le surdiagnostic depuis plusieurs années avant de devenir le partenaire officiel de Choosing Wisely Canada au Québec, à l’été 2020, explique en entrevue la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF.

Depuis, un comité directeur a été formé pour poursuivre les démarches visant à réduire les traitements et examens inutiles en santé au Québec.

Le comité présidé par le Dr René Wittmer est formé par des médecins de famille de plusieurs régions du Québec, mais aussi de médecins spécialistes, notamment en cardiologie et en médecine interne. La pharmacienne Camille Gagnon, directrice adjointe du Réseau canadien pour la déprescription, en fait également partie.

« Un de nos défis, c’est de s’assurer que ce ne soit pas uniquement une campagne de médecins de famille. Les médecins spécialistes doivent aussi participer », souligne la Dre Laberge.

Le CQMF dispose toujours du don de 1,2M$ de l’AMQ pour poursuivre les activités de Choisir avec soin au Québec. Or, le gouvernement provincial ne contribue toujours pas financièrement. Ailleurs au Canada, Choosing Wisely est soutenu à parts égales par le gouvernement fédéral et les provinces.

Au-delà de la rémunération

La campagne Choisir avec soin est complètement distincte de l’exercice mené par l’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM).

L’IPAM, créé dans la foulée de l’entente entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et du gouvernement du Québec en 2019, est engagé dans la pertinence dans le but d’économiser 240 millions de dollars en trois ans en actes médicaux superflus.

Choisir avec soin vise plutôt à mieux outiller les médecins, étudiants et résidents à lutter contre le surtraitement et le surdiagnostic dans leur pratique ou leur future pratique.

« Ce n’est pas une question de sauver des sous, c’est une question de prodiguer les bons soins à la bonne personne au bon moment et d’utiliser judicieusement les ressources de notre système de santé », insiste la Dre Laberge.

Différents milieux cliniques mènent déjà des initiatives terrain pour améliorer la façon de prodiguer les soins. Depuis le lancement la campagne pancanadienne en 2014, 400 recommandations concernant différentes spécialités ont été publiées. Il faut voir comment elles peuvent être mises en application au Québec.

Des traitements nocifs

Environ 30% des traitements et examens médicaux au Canada sont potentiellement inutiles. Des gestes qui occasionnent des pertes financières dans le réseau, mais surtout, qui peuvent s’avérer carrément nuisibles pour la santé des patients. « Les gens ne se rendent pas compte à quel point un examen inutile peut être nocif », tient à souligner la Dre Laberge.

Un examen inutile peut facilement donner lieu à toute une batterie de tests, qui font plus de mal que de bien à des patients en bonne santé et à leur famille.

« Ça peut mener à des trouvailles fortuites, comme des hernies discales chez de jeunes patients dans la trentaine. Ils peuvent s’inquiéter inutilement et se mettre à moins faire de sport. Finalement, ça les déconditionne. Ils deviennent en moins bonne santé », illustre-t-elle.

24 février 2021

par Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF  ProfessionSanté – L’actualité médicale

Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

2007 est l’année de naissance de ma fille aînée. C’est aussi l’année où a été commercialisé le tout premier iPhone d’Apple qui lançait la révolution numérique accélérée que nous vivons aujourd’hui. Jonction entre téléphone et ordinateur aux possibilités infinies, il a changé notre monde et la façon dont nous communiquons, dont nous accédons aux informations, et les interactions sociales de façon générale.

Alors que nous sommes certainement tous propriétaires d’un appareil semblable, nous serions bien incapables de revenir en arrière, de ne plus avoir toutes les réponses au bout des doigts et de ne pas être joignables en tout temps. Mais qu’en est-il des effets délétères de cette technologie?

Risques pour la santé et dépendance

J’étais un peu perplexe en apprenant, via la biographie de Steve Jobs, qu’il en interdisait strictement l’utilisation à ses propres enfants… Pourquoi? Il connaissait trop bien les risques inhérents à la santé physique et mentale, dont un grand risque de dépendance.

Saviez-vous que plusieurs jeux vidéo, des émissions pour enfants et les médias sociaux sont conçus spécifiquement pour créer une dépendance, via un système de récompenses? En effet, lorsque nous recevons une récompense, que ce soit par un «like», un cadeau dans les jeux pour enfants, ou un niveau réussi dans un jeu, notre cerveau sécrète de la dopamine, l’hormone du plaisir. Plus la recherche de plaisir augmente, plus elle perturbe le cerveau. Graduellement, les niveaux de sérotonine et de noradrénaline fluctuent, affectant notre humeur, notre empathie, et perturbant les relations humaines. De plus, le rythme immédiat et accéléré n’est pas celui de la vie normale, et certaines personnes finissent par « s’ennuyer » dans leur quotidien qui n’est pas assez rapide pour les stimuler. Le documentaire The Social Dilemma, disponible sur Netflix, lève un voile sur la face cachée des réseaux sociaux et devrait nous inciter à limiter, sinon éviter, le temps passé à naviguer sur ceux-ci.

Les écrans et particulièrement les téléphones intelligents entraînent aussi une croissance du multitâche; on pense que ça augmente notre productivité, mais en fait c’est le contraire! Même chez les jeunes de la génération Z dont on dit qu’ils sont meilleurs dans le multitâche, il est démontré qu’un fractionnement de l’attention diminue celle-ci et augmente le risque d’erreurs. Combien de fois j’ouvre mon téléphone pour vérifier la météo et je suis alors attirée par la pastille rouge sur mes courriels ou mes textos, je vois une photo de mes enfants qui me fait sourire, je note une pensée dans ma liste de choses à faire et je referme mon téléphone… sans avoir vérifié la météo!

Écrans piégés

En cette période de pandémie où la distanciation physique est de mise, nous pouvons nous réjouir d’avoir accès au télétravail, à l’école en ligne et à nos rencontres sociales virtuelles, mais il faut tout de même encadrer l’usage des écrans chez nos enfants ‒ et chez nous-mêmes! ‒ pour en limiter les effets nuisibles. L’INSPQ a produit en mai dernier un excellent document synthèse sur l’état des connaissances et des recommandations concrètes pour les familles. Les risques sur la santé physique, psychosociale et développementale y sont détaillés pour les jeunes de 0-5 ans, puis chez les jeunes d’âge scolaire et les adolescents. J’en ai fait un tableau synthèse que je remets régulièrement à mes patients lors des suivis, intégré aux recommandations sur une saine alimentation et la pratique d’activité physique.

Un autre aspect sombre du temps passé sur les écrans individuels par les adolescentes et adolescents est le risque d’être victime de cyberintimidation ou d’être pris dans un réseau d’exploitation sexuelle de mineurs. Les témoignages percutants sur le travail de la DPJ dans La Presse ces jours-ci donnent froid dans le dos sur les horreurs dans lesquelles peuvent être plongés des jeunes tout à fait sains à la base.

Jeûne électronique

Les connaissances médicales évoluent continuellement dans le domaine des effets nuisibles des écrans, et l’apparition du terme syndrome de l’écran électronique (SEE) décrit un ensemble de symptômes physiques et comportementaux, allant de l’insomnie à l’irritabilité, à la dépression et l’anxiété. J’ai lu récemment le livre Enfants difficiles, la faute aux écrans?, écrit par une pédopsychiatre américaine, Victoria Dunckley. Véritable remise en question devant notre utilisation personnelle et familiale des écrans, ces notions me seront très utiles en clinique pour plusieurs de mes patients. La dénomination commune est l’amélioration notable voire la disparition des symptômes en retirant de façon stricte les écrans (le jeûne électronique) pendant une période de trois semaines, au moins. Une panoplie de symptômes psychiatriques très intenses sont un effet direct du temps passé à utiliser les écrans électroniques, dans lesquels sont inclus téléphones, tablettes et jeux vidéo et, dans une moindre mesure, la télévision. Certains jeunes y semblent plus vulnérables que d’autres, et peuvent en subir les effets même à de « petites doses » d’écran. Si vous remarquez chez vos enfants ou vos petits patients des changements d’humeur, des crises au retrait de l’appareil, ou l’utilisation en cachette de celui-ci, il est temps d’avoir une réflexion à ce sujet.

Même chez les adultes, l’omniprésence des appareils peut nuire au temps de qualité passé ensemble, réduire les conversations et amener plus de frustrations dans les couples et les équipes de travail. Avez-vous déjà vécu une rencontre « déconnectée », dans laquelle on doit déposer son téléphone dans un panier à l’arrivée? Les interactions humaines sont si riches et les conversations plus profondes lorsque chacun n’est plus distrait par son appareil. Après une année de pandémie, offrons-nous plus souvent le luxe  de nous déconnecter pour profiter de ce qui nous entoure concrètement. Notre santé physique et mentale nous en remerciera!

Je suis membre parce que ...

 Je reçois le soutien nécessaire pour devenir un meilleur médecin, jour après jour 

Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

 Les membres de cette grande famille me ressourcent et m’inspirent! 

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

 Le CQMF me permet de développer un soutien concret aux jeunes médecins du Québec 

Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

J'adhère