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4 février 2022

PAR CHRISTIAN LEDUC ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Bien que Christian Dubé se soit voulu rassurant en commission parlementaire sur ses intentions, la présidente du CQMF estime que le libellé actuel du projet de loi 11 est réducteur de la réalité vécue par les médecins en première ligne.

En se concentrant trop sur l’accès aux médecins de famille et la collecte de données entourant leur pratique sans tenir compte de l’organisation des service de première ligne de manière plus générale, le gouvernement fait fausse route, estime le Collège québécois des médecins de famille (CQMF).

La Dre Caroline Laberge, la présidente du CQMF

En commission parlementaire le 3 février, la présidente du CQMF, la Dre Caroline Laberge, a notamment fait valoir au ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, que le portrait plus complet qu’il veut obtenir sur le nombre de consultations effectuées par les médecins de famille ne serait qu’un reflet très partiel de leur travail quotidien.

À titre d’exemple, a-t-elle évoqué dans une entrevue à ProfessionSanté.ca le lendemain, le ministre lui a demandé combien de temps était consacré à des tâches administratives et s’est montré surpris lorsqu’elle a évoqué que les médecins de familles passent de deux à trois demi-journées de temps chacun à effectuer ces tâches.

«Au Ministère, on ne connaît pas la réalité vécue sur le terrain, la paperasse que l’on a à remplir et les autres tâches que l’on fait dans une semaine», illustre-t-elle.

Or, le libellé actuel du projet de loi 11 fait en sorte à son avis que la nouvelle loi ne permettrait pas d’obtenir un portrait juste de la situation et ainsi d’agir plus efficacement sur l’accès aux soins, mais aussi la prise en charge et le suivi des patients.

Au contraire, le projet de loi 11 met trop l’accent sur la nécessité pour les médecins de famille à donner des rendez-vous rapidement et en grand nombre aux patients, ce qui pourrait avoir l’effet contraire de ce qui est recherché.

Le ministre lui a répondu qu’il ne cherchait pas à «presser le citron» des médecins de famille. Il a ajouté que les documents législatifs sont conçus par des avocats et que les libellés ne sont pas nécessairement indicatifs de ses intentions.

«L’objectif [de ces données de gestion], c’est de comprendre ce que font les médecins, mais pas de les contrôler», a-t-il expliqué. Le ministre a ajouté qu’il fallait faire la distinction entre la collecte de ses données et la mise en place d’un système différent de gestion des prises de rendez-vous, qui sont à son avis «deux choses complètement différentes».PUBLICITÉ

D’autres solutions

Comme d’autres associations et organisations l’ont également mentionné, la Dre Laberge souligne que le gouvernement devrait surtout travailler à faire des groupes de médecine familiale (GMF) de vrais milieux interdisciplinaires et avec des effectifs suffisants. Cela permettrait d’éviter que les médecins de famille soient perçus comme l’unique porte d’entrée pour obtenir des soins.

Parmi ses autres recommandations, le CQMF estime que le gouvernement doit mettre en place une stratégie de valorisation de la médecine de famille, en partenariat avec les facultés de médecine et les autres organismes impliqués en médecine de famille.

La Dre Laberge ajoute qu’il serait aussi important de promouvoir le concept de pertinence des soins et des services. Cela aurait notamment comme avantage pour les médecins de famille de réduire les examens, traitements et formulaires inutiles ou redondants.

Pour consulter le mémoire du CQMF.

Pour des soins de santé accessibles et de qualité

Laval, 3 février 2022 – La Dre Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille (CQMF), s’adresse aujourd’hui à la Commission de la santé et des services sociaux dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi no 11. « Pour assurer un meilleur accès aux soins et services de première ligne, il faut accroître le travail de collaboration interprofessionnelle en augmentant le nombre de ressources au sein des équipes de soins », déclare la Dre Laberge. Le projet de loi no 11, dans sa visée, se concentre sur l’accès / « l’offre » des médecins de famille par le biais d’une plateforme de rendez-vous, alors que tout se joue au niveau de l’organisation des soins et des services de la première ligne.

« Nous demandons aux décideurs de mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration du plan de redressement annoncé de notre système de santé québécois. Nous voulons être partie prenante à la discussion », souligne la Dre Laberge. Le CQMF rend public son mémoire qu’il a déposé à la Commission.

L’accès, la collaboration interprofessionnelle et la qualité des soins

Au cours des dernières années, le travail de collaboration interprofessionnelle s’est développé au Québec. C’est pourquoi l’accès aux soins ne devrait pas reposer sur la seule disponibilité des médecins de famille dont l’offre s’étend également aux services de 2e et de 3e lignes.

Avec la longévité accrue et le nombre grandissant de personnes aux prises avec des maladies chroniques multiples ou encore des enjeux de santé mentale, nous constatons un changement dans les besoins de la population. Une organisation des soins et des services orientée vers une prise en charge globale et à long terme est la voie de solution démontrée. Elle passe par des équipes interprofessionnelles de première ligne, accessibles et adéquatement outillées. Les plages de rendez-vous disponibles ainsi multipliées permettraient d’assurer une réponse aux besoins ponctuels tout en offrant des soins complets et globaux de qualité. Nous prônons l’accès aux bons soins, auprès des bons professionnels-les, au bon moment.

La pertinence des rendez-vous

La performance ne se mesure pas au nombre de rendez-vous offerts. Des soins de qualité exigent du temps et une compréhension globale du patient. Un service axé sur des consultations rapides n’abordant que des problèmes ponctuels peut sembler performant à court terme, mais n’améliore pas l’état de santé à long terme des personnes qui consultent.

La tâche administrative des médecins s’est alourdie au fil des années, réduisant par le fait même leur disponibilité pour voir des patients. Il est démontré que des rendez-vous de courte durée sans suivi longitudinal génèrent plus de tests qu’une rencontre entre un patient et son équipe de soins. On estime jusqu’à 30 % les examens et les traitements non nécessaires, d’où l’importance d’une sensibilisation au concept de pertinence des soins et d’utilisation judicieuse des ressources.

Nos recommandations

Le CQMF formule quatre (4) recommandations visant à accroître l’accès à la première ligne de soins et la valorisation de la profession dont l’attractivité est fondamentale dans la poursuite de cet objectif.

  1. Accroître le travail interprofessionnel pour assurer un meilleur accès aux soins et services, afin que les médecins de famille ne soient pas la seule et unique porte d’entrée du système de santé
    • Augmenter le nombre d’infirmières et d’infirmiers dans les GMF et favoriser un service d’orientation préalable pour diriger la patiente ou le patient à la bonne ressource professionnelle, au bon moment.
    • Donner la possibilité à chaque médecin de suivre de plus grandes cohortes de patients, dans une médecine de qualité, grâce à l’apport des autres professionnels-les.
    • Respecter le jugement du médecin dans ses décisions en matière de suivis médicaux ‒ durée du rendez-vous selon la complexité, consultations virtuelles, délégation de suivis, capacité ou non d’élargir sa patientèle.
  2. Valoriser la médecine de famille
    • En faire une spécialité attrayante pour la relève
      • Établir rapidement un plan d’action pour la valorisation de la profession, de concert avec les facultés de médecine et les organismes impliqués en médecine de famille.
    • Reconnaître l’engagement des médecins en pratique
      • Offrir aux médecins de famille la flexibilité d’ajuster leur offre de services en première ligne au cours de leur carrière – en tenant compte de leurs engagements en 2e ligne, de leur situation familiale et de leur état de santé – dans le but d’éviter l’épuisement, l’exode ou une fin de carrière précipitée.
      • Mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration d’un « plan de redressement » du système de santé québécois.
  3. Promouvoir le concept de pertinence des soins et des services
    • Former nos médecins et professionnels-les de la santé sur le surdiagnostic et le surtraitement – réduction des examens et des traitements inutiles – pour utiliser temps et ressources à bon escient.
    • Guider et outiller les citoyennes et citoyens pour favoriser l’autogestion des problèmes de santé mineurs et courants, afin d’assurer la pertinence des rendez-vous médicaux.
  4. Tenir compte des éléments suivants dans l’implantation d’une technologie de prise de rendez-vous en ligne :
    • Doter cette plateforme d’algorithmes d’intelligence artificielle de façon à diriger la personne en démarche de rendez-vous au bon professionnel, au bon moment, et l’outiller avec des guides d’autosoins.
    • Moduler l’offre pour éviter de transformer en « sans rendez-vous » toutes les plages disponibles du médecin; réserver des plages horaires en nombre suffisant et de durée adéquate pour permettre au médecin de famille d’offrir des soins complets et globaux à sa patientèle.
    • Enfin, il serait inacceptable d’utiliser cette plateforme pour juger de la « productivité » des médecins de famille selon le nombre de rendez-vous offerts ou pour s’ingérer dans la gestion de leurs horaires individuels.  

Mission du CQMF

Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) a pour mission d’inspirer et soutenir les médecins de famille et leurs partenaires dans l’adoption de meilleures pratiques au bénéfice de la santé de la population. Il regroupe quelque 4 500 membres. Ses activités sont assurées par des médecins de famille bénévoles et engagés envers la profession et la collectivité. Le CQMF est l’aile québécoise du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), l’organisme professionnel responsable d’établir les normes et de procéder à l’agrément des programmes de formation postdoctorale en médecine de famille dans les 17 facultés de médecine du pays.

Source : Collège québécois des médecins de famille (CQMF)

Pour information : Linda Lévesque, responsable des communications, 450 973-2228; cellulaire : 514 242-8909; llevesque@cqmf.qc.ca

Pour des soins de santé accessibles et de qualité

COMMUNIQUÉ

La Dre Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille (CQMF), s’adresse aujourd’hui à la Commission de la santé et des services sociaux dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi no 11. « Pour assurer un meilleur accès aux soins et services de première ligne, il faut accroître le travail de collaboration interprofessionnelle en augmentant le nombre de ressources au sein des équipes de soins », déclare la Dre Laberge. Le projet de loi no 11, dans sa visée, se concentre sur l’accès / « l’offre » des médecins de famille par le biais d’une plateforme de rendez-vous, alors que tout se joue au niveau de l’organisation des soins et des services de la première ligne.

« Nous demandons aux décideurs de mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration du plan de redressement annoncé de notre système de santé québécois. Nous voulons être partie prenante à la discussion », souligne la Dre Laberge. Le CQMF rend public son mémoire qu’il a déposé à la Commission.

L’accès, la collaboration interprofessionnelle et la qualité des soins

Au cours des dernières années, le travail de collaboration interprofessionnelle s’est développé au Québec. C’est pourquoi l’accès aux soins ne devrait pas reposer sur la seule disponibilité des médecins de famille dont l’offre s’étend également aux services de 2e et de 3e lignes.

Avec la longévité accrue et le nombre grandissant de personnes aux prises avec des maladies chroniques multiples ou encore des enjeux de santé mentale, nous constatons un changement dans les besoins de la population. Une organisation des soins et des services orientée vers une prise en charge globale et à long terme est la voie de solution démontrée. Elle passe par des équipes interprofessionnelles de première ligne, accessibles et adéquatement outillées. Les plages de rendez-vous disponibles ainsi multipliées permettraient d’assurer une réponse aux besoins ponctuels tout en offrant des soins complets et globaux de qualité. Nous prônons l’accès aux bons soins, auprès des bons professionnels-les, au bon moment.

La pertinence des rendez-vous

La performance ne se mesure pas au nombre de rendez-vous offerts. Des soins de qualité exigent du temps et une compréhension globale du patient. Un service axé sur des consultations rapides n’abordant que des problèmes ponctuels peut sembler performant à court terme, mais n’améliore pas l’état de santé à long terme des personnes qui consultent.

La tâche administrative des médecins s’est alourdie au fil des années, réduisant par le fait même leur disponibilité pour voir des patients. Il est démontré que des rendez-vous de courte durée sans suivi longitudinal génèrent plus de tests qu’une rencontre entre un patient et son équipe de soins. On estime jusqu’à 30% les examens et les traitements non nécessaires, d’où l’importance d’une sensibilisation au concept de pertinence des soins et d’utilisation judicieuse des ressources.

Nos recommandations

Le CQMF formule quatre (4) recommandations visant à accroître l’accès à la première ligne de soins et la valorisation de la profession dont l’attractivité est fondamentale dans la poursuite de cet objectif.

  1. Accroître le travail interprofessionnel pour assurer un meilleur accès aux soins et services, afin que les médecins de famille ne soient pas la seule et unique porte d’entrée du système de santé
    • Augmenter le nombre d’infirmières et d’infirmiers dans les GMF et favoriser un service d’orientation préalable pour diriger la patiente ou le patient à la bonne ressource professionnelle, au bon moment.
    • Donner la possibilité à chaque médecin de suivre de plus grandes cohortes de patients, dans une médecine de qualité, grâce à l’apport des autres professionnels-les.
    • Respecter le jugement du médecin dans ses décisions en matière de suivis médicaux ‒ durée du rendez-vous selon la complexité, consultations virtuelles, délégation de suivis, capacité ou non d’élargir sa patientèle.
  2. Valoriser la médecine de famille
    • En faire une spécialité attrayante pour la relève
      • Établir rapidement un plan d’action pour la valorisation de la profession, de concert avec les facultés de médecine et les organismes impliqués en médecine de famille.
    • Reconnaître l’engagement des médecins en pratique
      • Offrir aux médecins de famille la flexibilité d’ajuster leur offre de services en première ligne au cours de leur carrière – en tenant compte de leurs engagements en 2e ligne, de leur situation familiale et de leur état de santé – dans le but d’éviter l’épuisement, l’exode ou une fin de carrière précipitée.
      • Mettre à profit l’expertise des médecins de famille dans l’élaboration d’un « plan de redressement » du système de santé québécois.
  3. Promouvoir le concept de pertinence des soins et des services
    • Former nos médecins et professionnels-les de la santé sur le surdiagnostic et le surtraitement – réduction des examens et des traitements inutiles – pour utiliser temps et ressources à bon escient.
    • Guider et outiller les citoyennes et citoyens pour favoriser l’autogestion des problèmes de santé mineurs et courants, afin d’assurer la pertinence des rendez-vous médicaux.
  4. Tenir compte des éléments suivants dans l’implantation d’une technologie de prise de rendez-vous en ligne :
    • Doter cette plateforme d’algorithmes d’intelligence artificielle de façon à diriger la personne en démarche de rendez-vous au bon professionnel, au bon moment, et l’outiller avec des guides d’autosoins.
    • Moduler l’offre pour éviter de transformer en « sans rendez-vous » toutes les plages disponibles du médecin; réserver des plages horaires en nombre suffisant et de durée adéquate pour permettre au médecin de famille d’offrir des soins complets et globaux à sa patientèle.
    • Enfin, il serait inacceptable d’utiliser cette plateforme pour juger de la « productivité » des médecins de famille selon le nombre de rendez-vous offerts ou pour s’ingérer dans la gestion de leurs horaires individuels.  

Mission du CQMF

Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) a pour mission d’inspirer et soutenir les médecins de famille et leurs partenaires dans l’adoption de meilleures pratiques au bénéfice de la santé de la population. Il regroupe quelque 4 500 membres. Ses activités sont assurées par des médecins de famille bénévoles et engagés envers la profession et la collectivité. Le CQMF est l’aile québécoise du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), l’organisme professionnel responsable d’établir les normes et de procéder à l’agrément des programmes de formation postdoctorale en médecine de famille dans les 17 facultés de médecine du pays.

Source : Collège québécois des médecins de famille (CQMF); publié le 3 février 2022

Pour information : Linda Lévesque, responsable des communications, 450 973-2228; cellulaire : 514 242-8909; llevesque@cqmf.qc.ca

Communiqué de presse diffusé à la suite du dépôt du projet de loi 11

Entrevue avec la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

Votre CQMF fait entendre sa voix au chapitre

Gratte-ciel et pollution

Les changements climatiques ont des effets négatifs sur la santé. Mais préserver la santé de la population engendre aussi des retombées négatives en raison des émissions de gaz à effet de serre associées entre autres aux systèmes de chauffage et d’électricité des hôpitaux.  Ce constat amène de plus en plus de professionnels de la santé à reconsidérer leur pratique afin de réduire leur empreinte carbone.

14 novembre 2021, Profession Santé

Par Geoffrey Dirat

«Le changement climatique constitue une nouvelle menace importante pour la santé publique et modifie la façon dont nous devons envisager la protection des populations vulnérables.» Cette déclaration de principe de l’Organisation mondiale de la santé, qui associe urgence climatique et risque sanitaire, fait aujourd’hui consensus au sein du milieu médical québécois. L’idée que les professionnels de la santé peuvent, dans leur pratique, contribuer à la lutte contre les changements climatiques est en revanche moins répandue.

«Cette prise de conscience est assez récente et elle est encore timide», confirme la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), qui regroupe environ 300 praticiens. «On commence à peine à explorer les possibilités d’actions à mettre en place», ajoute la jeune médecin de famille. L’enjeu étant que ces actions impliquent différents protagonistes, à différents niveaux.

Dre Claudel Pétrin-Desrosiers
Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement – Photo Courtoisie

Le dernier rapport «The Lancet countdown» de la revue médicale The Lancet estime que le système de santé est responsable de 4 à 10% du total des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada. La majorité de cette empreinte carbone est générée par les établissements de santé, notamment par leur consommation d’énergie pour chauffer et éclairer les bâtiments ainsi que pour faire fonctionner les équipements médicaux. Une part conséquente est également attribuable aux transports du personnel et des patients.

«Cette réalité ne doit pas devenir un argument pour nous déresponsabiliser», prévient cependant le Dr Simon Berthelot. «Ce n’est pas parce que la majorité des GES viennent du fonctionnement des centres hospitaliers qu’on ne doit pas agir à notre échelle. Car ces hôpitaux ne tournent pas à vide, leurs activités sont directement liées à la consommation d’examens, de soins et de médicaments qui résulte de nos prescriptions médicales», souligne le spécialiste en médecine d’urgence au Centre hospitalier universitaire de Québec — Université Laval dont les travaux de recherche portent sur l’efficience clinique, économique et environnementale des services de santé.

Dr Simon Berthelot
Dr Simon Berthelot, spécialiste en médecine d’urgence au Centre hospitalier universitaire de Québec – Université Laval – Photo Courtoisie

«Mon patient en a-t-il vraiment besoin?»
Dans l’optique de réduire l’empreinte environnementale de sa pratique, la première chose à faire, selon le Dr Berthelot, consiste à se poser une seule question : en ai-je vraiment besoin pour soigner mon patient? Le postulat de base étant que tout acte superflu cause des dommages indus à l’environnement, que ce soit en termes d’épuisement des ressources, de réchauffement climatique ou de pollution des milieux naturels. «Moins, c’est toujours mieux», résume-t-il.

Sa maxime prend d’autant plus de sens lorsqu’on sait que 30% à 40% des traitements et examens médicaux prescrits au Canada sont inutiles, un gaspillage mis en lumière par l’initiative «Choisir avec soin» lancée il y a quelques années. Pour la présidente du Collège des médecins de famille du Québec, la Dre Caroline Laberge, le lien entre cette campagne qu’elle pilote dans la province et la lutte contre les changements climatiques est évident. «Ce sont deux combats à mener de front, pour la santé de nos patients comme pour celle de la planète», observe-t-elle en considérant que la bataille n’est pas gagnée d’avance.

De prime abord, l’omnipraticienne admet que la démarche peut paraître contre-intuitive pour ses pairs. «On est formés pour guérir, pour soigner. Mais notre rôle, c’est aussi de savoir quand ne pas soigner ou ne pas investiguer», indique-t-elle, soulignant que le lobby pharmaceutique pousse également à la consommation, tout comme les lignes directrices fédérales et provinciales. Elle cite par exemple l’ostéoporose «qui est devenue une maladie alors que c’est avant tout un facteur de risque de fracture de la hanche. On nous encourage à la dépister et à la traiter, sauf que le danger, ce sont les chutes et on ferait mieux de les prévenir à l’aide d’activités physiques qui améliorent l’équilibre des patients», estime la docteure, reconnaissant qu’il faut du recul et de l’expérience pour remettre en cause ces lignes directrices.

Dre Caroline Laberge
Dre Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille – Photo CQMF

Miser sur la prévention
Une manière efficace de décarboner les soins, c’est aussi de renouer avec le vieil adage : «Mieux vaut prévenir que guérir». «On doit démédicaliser nos pratiques en mettant l’accent sur la prévention et en prenant en compte le bien-être physique et mental du patient, qui est la base de toute la pyramide», considère la Dre Chloé Courteau-Vezina, qui préside l’Éco-comité des médecins, dentistes et pharmaciens (Éco-CMDP) du Centre intégré de santé et de services sociaux de Laval. «Prescrire de l’activité physique ou du temps en nature, c’est parfois plus bénéfique qu’une intervention pharmacologique», illustre la médecin de famille.

L’autre option consiste à réduire les consommables qui finissent à la poubelle après quelques minutes d’usage. On pense spontanément aux instruments médicaux, en plastique et en métal, aux sacs de soluté ou encore aux tubulures, mais il ne faut pas oublier le papier de table d’examen, dont l’efficacité est discutable, ou encore le coton dans les pansements et compresses. Le médecin suisse Nicolas Senn a ainsi calculé qu’un cabinet de famille moyen peut réduire son empreinte de plus d’une tonne de GES chaque année — sur un total d’environ 30 tonnes — en rationalisant l’utilisation du coton. Baisser le chauffage d’un degré, éteindre les lumières, mettre au recyclage ce qui peut l’être, «tous ces petits gestes mis bout à bout peuvent faire une grande différence au final», insiste l’omnipraticien.

Marc-André Mailhot
Marc-André Mailhot, président de Maillon Vert – Photo Maillon Vert

Après, la difficulté réside dans le fait que les études d’empreinte carbone sont assez rares en matière de santé. Il y a bien sûr le cas connu des inhalateurs contre l’asthme, dont les modèles à poudre sèche sont 10 à 37 fois moins nocifs pour l’atmosphère que ceux à dose mesurée. Mais quid des médicaments génériques comparés aux médicaments d’origine? Ou des pots de pilules version recyclage versus ceux à usage unique? «On manque de données probantes», convient le pharmacien Marc-André Mailhot, président fondateur de Maillon vert, une entreprise qui accompagne les pharmacies dans leurs démarches écoresponsables. «En matière de choix de consommation, quand on peut être en réduction, c’est toujours gagnant. Dans une logique d’alternative, c’est plus délicat, car les gains sont difficilement quantifiables aujourd’hui», explique-t-il.

Pour remédier à cette lacune et mieux définir les leviers d’action, l’Éco-CMDP de Laval a obtenu un financement pour calculer les GES du CISSS. «On sera les premiers à le faire au Québec. Ça va nous permettre de savoir à quoi nous attaquer en priorité», indique la Dre Courteau-Vezina qui encourage vivement ses homologues à s’impliquer dans les comités de développement durable des établissements de santé : «C’est l’occasion de faire bouger les choses de l’intérieur.»

La Cité-de-la-Santé à Laval est le premier hôpital francophone au Canada à recevoir la certification «Hôpital Choisir avec soin» octroyée aux établissements qui réduisent la surutilisation des examens et des traitements chez les patients.

Publié le 26 octobre 2021

Par Mathieu Ste-Marie ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Une trentaine d’hôpitaux anglophones, dont trois au Québec, ont déjà reçu la désignation «Hôpital Choisir avec soin» au pays, mais c’est une première pour un hôpital francophone. C’est la Dre Stéphanie Castonguay, microbiologiste-infectiologue et présidente du comité d’optimisation et de pertinence du CISSS de Laval, qui a présenté le dossier à Choisir avec soin Canada.

Il existe trois niveaux de certification (voir encadré plus bas); l’hôpital de la Cité-de-la-Santé a obtenu celle de niveau 1. Pour pouvoir y prétendre, les professionnels de la santé de l’établissement ont dû adopter cinq mesures:

– séparer les analyses pour PT/INR et aPTT à l’urgence et aux unités d’hospitalisation;

– Retirer le dosage de l’acide folique des ordonnances hospitalières systématiques et autres ordonnances collectives;

– Cesser de prescrire des radiographies pulmonaires quotidiennes à l’unité de soins intensifs sauf pour répondre à des questions cliniques spécifiques;

– Éviter le dépistage de masse du déficit de la 25-hydroxyvitamine D;

– Ne pas demander de sédimentation pour dépister l’inflammation chez les patients qui n’ont pas de diagnostic;

«Nous sommes très fiers d’être les premiers francophones à recevoir cette désignation, d’autant plus que Choisir avec soins est moins connu au Québec», a réagi la Dre Castonguay.

Caroline Laberge

Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille

En effet, très connue en Ontario et dans d’autres provinces canadiennes, cette campagne qui s’attaque aux examens et aux traitements inutiles est loin d’avoir la même visibilité au Québec. D’abord soutenu par l’Association médicale du Québec (AMQ), Choisir avec soin aurait bien pu disparaître avec la dissolution de l’AMQ, en 2019. Heureusement, au printemps 2020, le Collège québécois des médecins de famille a récupéré cette campagne, version francophone de Choosing Wisely Canada

La présidente du CQMF, la Dre Caroline Laberge, se réjouit de voir que la certification de l’hôpital donnera une nouvelle visibilité à cette initiative. «Je suis très heureuse que l’on commence à parler de pertinence des soins. On estime qu’il y a de 30 à 40 % des actes médicaux effectués qui sont non pertinents et potentiellement nuisibles», souligne la médecin de famille.

La Dre Laberge donne l’exemple de la prescription d’antibiotiques pour une infection virale qui, en plus de coûter de l’argent, est nuisible puisqu’elle occasionne une résistance aux antibiotiques et élimine les bonnes bactéries du corps humain.

Un engouement pour la pertinence des soins

Selon la Dre Stéphanie Castonguay, cette certification viendra plus particulièrement sensibiliser les médecins de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé à la surprescription et au surdiagnostic.

«Nous voulons que notre hôpital ait une culture de la pertinence des soins et que celle-ci fasse partie du quotidien des prescripteurs. Plus on va en parler, plus les médecins vont être sensibilisés à la pertinence. Chaque prescripteur peut faire la différence en se demandant toujours s’il prescrit le bon examen, pour le bon patient au bon moment.»

Le Dr René Wittmer, président du comité directeur de Choisir avec soin Québec, abonde dans le même sens.

«Cette certification peut créer un engouement pour que les gens puissent se rassembler et collaborer à l’amélioration de la qualité des soins. Les gens qui s’intéressent à la pertinence voient comment cela peut jouer un rôle dans la qualité des soins», souligne-t-il.

Selon lui, des hôpitaux francophones, dont l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, sont en processus pour obtenir une désignation de Choisir avec soin.

Au Québec, le Centre universitaire de santé McGill, l’Hôpital général juif de Montréal et le Centre hospitalier de St.Mary ont la certification niveau 1. 

Comment remplir les critères de certification d’Hôpital Choisir avec soin?

NIVEAU 1

Appliquer cinq gains rapides:

  • Séparer les analyses pour PT/RIN et pour aPTT et revoir les batteries de tests demandées d’emblée aux urgences
  • Éliminer l’option «tous les jours» des ordonnances standardisées
  • Retirer le dosage du folate des ordonnances hospitalières systématiques
  • Cesser de prescrire des radiographies pulmonaires quotidiennes à l’USI, sauf pour répondre à des questions cliniques spécifiques
  • *Note : Si ces mesures ne concernent pas un hôpital, il doit les remplacer par d’autres.

NIVEAU 2

Appliquer trois autres recommandations de Choisir avec soin par le biais des méthodes d’amélioration de la qualité:

  • Les méthodes d’amélioration de la qualité doivent inclure une collecte de données de référence, les interventions en tant que telles et une collecte des résultats
  • Les projets doivent prévoir l’utilisation des trousses à outils Choisir avec soin

NIVEAU 3

L’établissement doit promouvoir la question de la surutilisation à l’échelle de l’organisation ainsi qu’un changement de culture:

  • Choisir avec soin fait partie du plan d’exploitation et du plan stratégique de l’hôpital
  • Appliquer au moins 10 recommandations Choisir avec soin distinctes dans différents services hospitaliers
  • Les recommandations des niveaux 1 et 2 peuvent être comptabilisées dans ces 10 recommandations
  • Jouer le rôle de mentor ou de collaborateur pour au moins un autre hôpital qui souhaite appliquer les mesures de Choisir avec soin

12 octobre 2021  Profession Santé ‒ L’actualité médicale

Par la présidente du CQMF, Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

Caroline Laberge, présidente du CQMF

Les manchettes des dernières semaines sont alimentées par la grave pénurie de main-d’œuvre infirmière dans le réseau de la santé. Cela illustre à quel point le travail interprofessionnel est un incontournable tant à l’hôpital qu’en GMF-U. Nos collègues infirmières et infirmiers ont une expertise irremplaçable dans des domaines de pointe comme les soins intensifs, l’unité néonatale, l’obstétrique, la cancérologie, la gériatrie, la pédiatrie, et j’en passe.

Comment expliquer ce manque de personnel infirmier dans le réseau, ou son exode vers les agences privées? D’abord, le concept du temps supplémentaire et surtout du fameux TSO ‒ le temps supplémentaire obligatoire ‒ est décrié depuis des années. Comment concilier travail-famille et vie personnelle, quand on peut à tout moment être «pris en otage» par son employeur? La seule façon trouvée par plusieurs infirmières pour contrôler un peu leur horaire est de travailler à temps partiel et de le combler, lorsqu’elles sont disponibles, avec des heures supplémentaires, plutôt que d’avoir un horaire complet auquel s’ajoutent les heures supplémentaires.

Des conditions de travail difficiles

Pour les infirmières avec qui j’ai parlé, ce n’est pas une prime pour revenir à temps plein qui va changer leur manière de faire, si rien n’est modifié dans les conditions de travail. Le manque de reconnaissance témoigné par le salaire global et les conditions de travail est décrié depuis des années, mais ça semble surtout se jouer dans un combat musclé entre les syndicats et le gouvernement. On assiste depuis un moment déjà à une «optimisation» ‒ ajout du nombre de patients par infirmière/infirmier (le fameux «quota») ‒, une explosion de la paperasse, un nombre croissant d’éléments à monitorer, valider, inscrire au dossier, et le tout, sans retirer aucune tâche! On assiste aussi à l’ajout de personnel dédié à des projets spéciaux sans pour autant fournir des bras supplémentaires sur le plancher pour effectuer le travail quotidien.

Des pistes de solution

La reconnaissance du rôle crucial des infirmières et infirmiers et la planification pérenne des effectifs sont du ressort des établissements et du ministère de la Santé et des Services sociaux. Nous ne sommes pas dans une crise ponctuelle, mais bien dans un problème de longue date et qui se trouve amplifié par la COVID-19. Il faudra donc plus qu’une mesure temporaire pour régler le problème. Les infirmières et infirmiers ne sont pas des pions ou des robots d’une chaîne de montage: il est primordial de favoriser une gestion décentralisée et humaine des effectifs. Récemment, l’implication des infirmières dans les discussions avec leurs gestionnaires au sein du CHU de Québec a donné lieu à plusieurs solutions originales porteuses d’espoir.

Enfin, l’apport de tous les professionnels impliqués dans les soins aux patients, c’est-à-dire les préposées aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires, les pharmaciens, les physiothérapeutes, et autres intervenants, et les médecins, doit être concerté pour que chacun exploite au maximum ses capacités et s’entraide. Je suis curieuse de voir l’apport des ambulanciers à l’urgence, mais il faut évidemment éviter de déshabiller Paul pour habiller Pierre!

Une autre piste de solution réside dans la perspective de Choisir avec soin, ou dans une utilisation judicieuse des ressources incluant les ressources humaines… Pouvons-nous repenser l’ensemble des services de notre système de santé? Rêver d’un monde où les citoyens jouent un rôle actif dans le maintien de leur santé et la prévention de la maladie? Où le système de santé évite de médicaliser les étapes de la vie comme l’accouchement normal ou le vieillissement?

Au plaisir de lire vos commentaires…

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

(Montréal) « Choisir avec soin » est un mouvement qui se déploie au sein de la communauté médicale pour s’attaquer à la surmédication et à la prescription d’examens médicaux inutiles ou à faible valeur ajoutée pour les patients. S’il vise d’abord leur bien-être, il a été plus récemment mis de l’avant aussi en tant que « geste pour l’environnement ».

Publié le 10 juillet 2021

PAR STÉPHANIE MARIN ‒ LA PRESSE CANADIENNE

Des professionnels de la santé se questionnent de plus en plus sur l’impact de leur travail sur l’environnement.

C’est notamment le cas des membres de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) qui a récemment tenu pendant cinq jours le Colloque international francophone Climat et Santé, organisé avec l’organisme Médecins francophones du Canada, l’Université de Montréal (département de médecine familiale) et Synergie Santé Environnement.

Le sujet de la « décroissance » y a fait l’objet de plusieurs conférences, notamment en ce qui concerne ses applications concrètes dans le réseau de la santé.

La Dre Caroline Laberge a discuté à cette occasion du concept de « choisir avec soin » : elle s’y était déjà intéressée pour le bien-être de ses patients, mais dernièrement, sa réflexion a aussi pris une dimension environnementale.

La Dre Caroline Laberge

La médecin de famille au Gmf-U Laurier (groupe de médecine de famille) à Québec a expliqué en entrevue que de faire passer de nombreux examens aux patients, comme ceux d’imagerie médicale ou de tomodensitométrie, leur cause souvent beaucoup de stress et que certains tests présentent aussi parfois des risques, ainsi que des effets secondaires. Souvent, dit-elle, « on trouve de petites anomalies » lors de ces examens, tant l’équipement médical est devenu « puissant » et décèle des taches microscopiques, qui s’avèrent souvent bénignes. Il y a aussi tous ces cas de « fausses alertes » et de « faux positifs », souligne la docteure qui est aussi présidente du Collège [québécois] des médecins de famille.

« Tout cela nécessite des suivis, des biopsies, etc. » On voit souvent « une cascade d’examens thérapeutiques », le premier menant à un autre et ainsi de suite, qui peuvent être des tests « à faible valeur ajoutée pour le patient » — avec en prime des examens de contrôle périodiques, et donc de nouveaux tests.

Parmi d’autres, le Collège de médecins de famille du Canada a rédigé un document pour susciter la réflexion des omnipraticiens qui indique, entre autres exemples : « Ne prescrivez pas de radiographies pulmonaires et d’électrocardiogrammes de dépistage aux patients asymptomatiques ou à faible risque » et « Éviter de prescrire des tests de fonction thyroïdienne chez les patients asymptomatiques ».

« Les éventuels inconvénients d’un tel dépistage systématique dépassent les bénéfices potentiels », lit-on dans un des exemples.

Le stress des examens médicaux et les effets secondaires : « Tout cela a un impact sur le bien-être des gens, sur leur qualité de vie », selon la Dre Laberge.

On ne peut l’ignorer, juge-t-elle, et on doit y réfléchir au bénéfice des patients.

Toutefois, il est évident que des tests diagnostics et des traitements sont tout à fait nécessaires pour bien des maladies : la campagne « Choisir avec soin » ne prône évidemment pas de les éliminer.

Et la planète?

De façon parallèle à cette réflexion centrée sur le bien-être du patient, une autre s’est développée par rapport à l’environnement. « Choisir avec soin » devient en même temps un geste de développement durable.

À chaque examen, le patient et le personnel médical doivent se déplacer à l’hôpital, ce qui crée des émissions de gaz à effet de serre (GES). Idem pour l’envoi des tests au laboratoire, la fabrication des médicaments en usine qui utilise ressources et énergie, et évidemment, tout cela génère des déchets : on peut penser à ceux issus de la médecine nucléaire et aussi à toutes ces petites plaquettes de pilules qui se retrouvent à la décharge.

Dre Laberge donne aussi en exemple le cas d’un type spécifique d’inhalateur pour l’asthme : il pollue énormément, dit-elle, et détruit la couche d’ozone.

« Une pompe [qui peut durer un mois] est l’équivalent d’une voiture qui roule pendant près de 300 kilomètres », souligne-t-elle.

« Depuis que je l’ai appris, j’en prescris d’autres », sauf si elles sont contre-indiquées. Elle mentionne aussi le cas de ces anesthésistes qui ont découvert que parmi leurs gaz anesthésiants utilisés en salle d’opération, un était particulièrement nocif. Ils lui préfèrent désormais les autres.

Garder l’environnement en tête, c’est aussi ça, selon la docteure.

L’idée n’est pas d’offrir de moins bons soins de santé pour protéger la planète, insiste-t-elle, mais plutôt de se poser cette question : « à traitement équivalent, quel est celui qui a le moins d’impact environnemental? »

Il y a aussi l’initiative de la « prescription nature », qui a été discutée lors du colloque et qui gagne en popularité. Un patient qui a une maladie cardio-vasculaire en raison de mauvaises habitudes de vie peut se faire prescrire des médicaments, par exemple, pour diminuer sa pression artérielle. Ceux-ci peuvent avoir des effets secondaires et ne s’attaquent pas à la cause de la condition médicale qui peut être la sédentarité ou le tabagisme.

Au lieu de cela, pourquoi ne pas lui « prescrire » du temps en nature et de l’exercice physique? demande-t-elle. « Je ne le fais pas pour l’environnement, je le fais pour le patient », mais en même temps, « le coût environnemental n’existe pas si je prescris la nature ».

Toute cette réflexion pour limiter les dégâts environnementaux n’est pas un mouvement « de masse », dit la médecin de famille. Ce sont plutôt des individus qui réfléchissent à l’impact de leurs gestes dans le réseau de la santé.

Elle explique que les médecins sont formés pour soigner l’individu qui vient les consulter, pas la collectivité — sauf pour les médecins en santé publique, précise-t-elle.

Et bien que cela puisse parfois être en contradiction, santé et environnement peuvent aussi marcher main dans la main, souligne-t-elle.

25 juin 2021

ÉLYANTHE NORD – Le Médecin du Québec

Le Dr Mario Dubuc, de Sherbrooke, a été nommé « Médecin de famille de l’année » par le Collège québé­cois des médecins de famille (CQMF). Ce prix est remis annuellement, comme dans chacune des pro­vinces, à un membre qui incarne brillamment l’essence du médecin de famille, notamment par ses soins exemplaires aux patients et son importante contribution à la santé de sa collectivité.

Dr Mario Dubuc

Le Dr Dubuc, qui exerce depuis plus de 40 ans, a eu une carrière impressionnante, affirme la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF. « Il a fondé, avec ses confrères, une clinique médicale qui est devenue par la suite un groupe de médecine de famille. Parallèlement au suivi de ses patients, il s’est beaucoup intéressé aux soins en fin de vie. Il a œuvré à mettre sur pied l’unité de soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) et la Maison Aube-Lumière, en Estrie. Il a ainsi donné accès aux soins palliatifs à toute une région et formé non seulement de futurs collègues, mais aussi des infirmiers et des pharmaciens pour avoir une approche multidisciplinaire vraiment axée sur le bien-être des patients. »

Le CQMF a également distribué plusieurs autres prix. « Les médecins de famille sont très humbles et habitués à travailler avec leurs patients dans leur cabinet. Ils font des choses extraordinaires qui ne sont souvent pas mises à l’avant-plan. Reconnaître leurs accomplissements est vraiment inspirant pour les autres médecins et est important pour rehausser la valeur de la médecine de famille », estime la Dre Laberge.

Dr Jean Ouellet
Mentor de l’année

Le Prix du mentor de l’année a été décerné au Dr Jean Ouellet. « Le Dr Ouellet est un médecin qui enseigne depuis plus d’une trentaine d’années à l’Université Laval. Il a agi comme mentor auprès des dizaines et des dizaines de jeunes médecins. Comme il travaille également dans une unité d’enseignement à Québec, il forme chaque année plusieurs cohortes de résidents. Il est vu comme une figure vers qui se tourner quand on a des questions. Il est toujours disponible », indique la Dre Laberge.

Dr François Venne
Prix de la relève en médecine familiale

Le CQMF a remis au Dr François Venne, de l’Abitibi, le Prix de la relève en médecine familiale qui souligne le leadership d’un médecin de famille au cours de ses premières années d’exercice. Pratiquant depuis seule­­ment trois ans, le Dr Venne a déjà créé, à Val-d’Or, une clinique réser­vée aux patients autochtones et une autre pour les troubles liés à l’usage d’opioïdes.

Prix d’excellence

Les prix d’excellence du CMFC sont remis à des médecins de famille qui ont récemment apporté une contribution remarquable dans un domaine particulier.

Dre Pascale Breault, Dre Guylène Thériault, Dr François Goulet et Dr Keith J. Todd

22 juin 2021  ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Comment pouvons-nous remédier aux enjeux systémiques auxquels l’humanité fait face et quel rôle pouvons-nous jouer comme professionnels-les de la santé?

Par la présidente du CQMF, Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

prendre une marche en nature

Alors que nous voulons toutes et tous le meilleur pour nos patients, nous tentons constamment d’améliorer leur santé à l’échelle individuelle. Cependant, plus les années passent, plus je prends conscience des enjeux systémiques qui influencent la santé des individus que je soigne. La pollution de l’air, de l’eau, les événements météo extrêmes sont autant de menaces à la santé et à la survie des humains, et il est impossible de «traiter» cela dans mon bureau… Comment pouvons-nous remédier aux enjeux systémiques auxquels l’humanité fait face et quel rôle pouvons-nous jouer comme professionnels-les de la santé? C’est difficile de le faire sur le plan individuel, c’est pourquoi le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) choisit d’unir sa voix à celle d’autres associations sur la place publique pour informer les médecins et la population de ces enjeux.

D’une part, il importe de reconnaître que les soignants sont aux premières loges pour constater les effets des changements climatiques et de la pollution dans nos communautés. D’autre part, le système de santé lui-même contribue à une proportion significative des émissions de gaz à effet de serre (GES). Enfin, les médecins et les professionnels-les de la santé jouissent d’une crédibilité et d’un respect dans la population et auprès de nos dirigeants, ce qui nous donne autant la possibilité que la responsabilité de prendre la parole pour défendre les plus vulnérables.

Ce que je retiens du colloque Climat et santé

Caroline Laberge, Présidente du CQMF
Caroline Laberge, présidente du CQMF

J’ai eu la chance de participer, du 17 au 21 mai dernier, au colloque international francophone Climat et santé, organisé conjointement par Médecins francophones du Canada, le Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) et Synergie Santé Environnement (SSE). Formation unique en son genre, elle a mis en commun le savoir et l’expérience de médecins, professionnels-les de la santé, biologistes, de spécialistes en environnement, en droit, en économie et de membres d’organismes à but non lucratif qui œuvrent dans le domaine de l’environnement. Toute une semaine à réfléchir ensemble sur comment les systèmes de santé peuvent améliorer leurs pratiques pour réduire l’impact environnemental des soins, à partager des constats et des pistes de solution et, surtout, à réseauter et à se laisser inspirer.

Plusieurs thèmes et présentations m’ont marquée au cours de cette semaine. Je vous partage mes coups de cœur et réflexions.

Premièrement, notre monde est un système complexe. Le concept de «Une santé» permet de comprendre que des événements ‒ comme la pandémie de COVID-19, la progression de la maladie de Lyme, la rage dans les communautés nordiques du Canada ‒ sont le résultat d’une interaction complexe entre les humains, les animaux et l’environnement. Les solutions doivent passer par une collaboration entre plusieurs professionnels-les, les communautés, les décideurs-ses, tout comme par les personnes au cœur de la situation qui participeront à l’implantation des stratégies choisies.

Ensuite, j’ai appris que des méthodes sont maintenant bien définies et implantées pour analyser le cycle de vie des processus, des médicaments, des fournitures médicales. Le National Health Service (NHS) du Royaume-Uni s’est doté d’un ambitieux plan «Net Zero» pour arriver à un système de santé à ZÉRO émission nette de GES d’ici 2050! La France pilote également un plan de décarbonation global, avec son «Shift Project», et le Plan de transformation de l’économie française (PTEF) incluant le secteur de la santé. Au Québec, des organismes comme Synergie Santé Environnement (SSE), le Maillon Vert et plusieurs autres sont partenaires des établissements pour implanter des changements concrets. Nous avons maintenant besoin d’un fort leadership politique pour planifier des changements majeurs à l’échelle nationale!

Par ailleurs, la santé des individus dépend de leur milieu de vie, mais également de leur interaction avec celui-ci. Au fil du siècle dernier, la technologie a pris une place croissante dans la vie des humains, par exemple, au niveau des moyens de transport, de la production alimentaire, du travail et, enfin, des interactions sociales. J’ai l’impression que nous sommes parvenus au point où certains désavantages commencent à surpasser les bienfaits.

Prenons l’exemple des déplacements en auto solo. Ceux-ci augmentent les bouchons de circulation; les automobilistes perdent beaucoup de temps dans le trafic, la pollution augmente autour des grands axes routiers et nuit à la santé des citoyens, sans parler de la pression financière qui s’accentue sur les ménages pour payer les véhicules et l’essence.

De plus, la sédentarité entraînée par ce type de déplacement mine la santé des adeptes de l’automobile, ce qui n’est pas le cas des déplacements dits actifs comme le vélo et la marche. Dans son ouvrage intitulé Énergie et équité, Ivan Illich analyse cette contre-productivité en comparant divers véhicules. Il en ressort que le véhicule le plus avantageux en matière de kilomètres parcourus par heure investie est le vélo! Comment inverser la tendance? L’urbanisme a un grand rôle à y jouer! Pensons notamment à l’aménagement d’axes favorables au transport actif et collectif et au verdissement des villes pour atténuer la pollution et rendre agréables les déplacements. La voix des citoyennes et citoyens et des professionnels-les de la santé est importante pour faire entendre ces considérations à nos élus-es.

Et si on prescrivait de la nature?

L’autre aspect qui influence la santé humaine est la connexion à la nature, ou comment le manque de nature peut amener une panoplie de symptômes que Richard Louv a décrits, dans Une enfance en liberté, comme le syndrome du déficit de nature. Les enfants y sont particulièrement vulnérables, mais les adultes en ressentent aussi les effets.

La prescription de nature devient ainsi un outil de choix dans notre arsenal thérapeutique. Il est reconnu que le fait de passer au moins deux heures dans la nature chaque semaine, idéalement par tranche d’au moins 20 minutes, procure des bienfaits majeurs à la santé physique (maladies cardiovasculaires, diabète, système immunitaire, etc.) et psychologique (anxiété, dépression, dépendances, etc.). À cet égard, l’initiative PaRx a été lancée en Colombie-Britannique l’automne dernier pour encourager les médecins à prescrire de la nature à leurs patients. Le CQMF collabore actuellement avec des partenaires pour faire une adaptation québécoise de cette initiative. Je vous invite à l’expérimenter vous-mêmes et à le prescrire à vos patients!

Il est temps de repenser notre système de soins afin de se réapproprier notre santé par nos propres actions, activités physiques, temps en nature et alimentation non transformée. Il est temps également de réduire notre dépendance aux tests diagnostiques, aux médicaments et aux traitements inutiles, comme l’exprime bien le slogan de la campagne Choisir avec soinLess is More. Moins de recours aux tests qui génèrent leur lot de surdiagnostics, d’anxiété, de tests supplémentaires…

Voici ma proposition pour la prévention des maladies cardiovasculaires: l’utilisation d’outils d’aide à la décision partagée et le dialogue avec nos patients permet d’offrir diverses options de traitement qui sauront répondre à leurs besoins et préférences. Il importe de réfléchir à ce qui va améliorer la santé globale de notre patient au-delà de ses taux de cholestérol LDL ou de la valeur de sa pression artérielle systolique. Il importe aussi d’intégrer le concept de protection de l’environnement dans nos soins. Comment pourrons-nous maintenir des humains «en santé» dans un environnement toxique?

Ensemble, mettons-nous à l’œuvre!

Dans chacun de nos secteurs d’activité, nous pouvons réfléchir à notre façon de contribuer à la santé globale, tant de nos patients que de nos milieux de vie. Nous sommes à un tournant de notre évolution et il est exaltant de voir toutes les occasions qui s’offrent à nous d’influencer le monde de demain. La solution sera la somme d’une multitude d’initiatives et d’un changement graduel de mentalité devant «l’infinité» des ressources planétaires. Des exemples fort inspirants, allant de gestes concrets dans les cliniques médicales, de l’approvisionnement à la gestion des matières résiduelles des établissements ‒ à la récupération des surplus alimentaires ‒, sont déjà en cours aux quatre coins du Québec et n’attendent que notre participation pour s’implanter dans l’ensemble de nos milieux!

Pour en apprendre davantage sur le sujet, je vous invite à consulter Clinique écoresponsable et soins de santé durables – Guide d’inspiration. Visitez aussi notre site web où diverses ressources pour la pratique sont mises à votre disposition.

Je suis membre parce que ...

 Je reçois le soutien nécessaire pour devenir un meilleur médecin, jour après jour 

Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

 Les membres de cette grande famille me ressourcent et m’inspirent! 

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

 Le CQMF me permet de développer un soutien concret aux jeunes médecins du Québec 

Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

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