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4 février 2022

PAR CHRISTIAN LEDUC ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Bien que Christian Dubé se soit voulu rassurant en commission parlementaire sur ses intentions, la présidente du CQMF estime que le libellé actuel du projet de loi 11 est réducteur de la réalité vécue par les médecins en première ligne.

En se concentrant trop sur l’accès aux médecins de famille et la collecte de données entourant leur pratique sans tenir compte de l’organisation des service de première ligne de manière plus générale, le gouvernement fait fausse route, estime le Collège québécois des médecins de famille (CQMF).

La Dre Caroline Laberge, la présidente du CQMF

En commission parlementaire le 3 février, la présidente du CQMF, la Dre Caroline Laberge, a notamment fait valoir au ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, que le portrait plus complet qu’il veut obtenir sur le nombre de consultations effectuées par les médecins de famille ne serait qu’un reflet très partiel de leur travail quotidien.

À titre d’exemple, a-t-elle évoqué dans une entrevue à ProfessionSanté.ca le lendemain, le ministre lui a demandé combien de temps était consacré à des tâches administratives et s’est montré surpris lorsqu’elle a évoqué que les médecins de familles passent de deux à trois demi-journées de temps chacun à effectuer ces tâches.

«Au Ministère, on ne connaît pas la réalité vécue sur le terrain, la paperasse que l’on a à remplir et les autres tâches que l’on fait dans une semaine», illustre-t-elle.

Or, le libellé actuel du projet de loi 11 fait en sorte à son avis que la nouvelle loi ne permettrait pas d’obtenir un portrait juste de la situation et ainsi d’agir plus efficacement sur l’accès aux soins, mais aussi la prise en charge et le suivi des patients.

Au contraire, le projet de loi 11 met trop l’accent sur la nécessité pour les médecins de famille à donner des rendez-vous rapidement et en grand nombre aux patients, ce qui pourrait avoir l’effet contraire de ce qui est recherché.

Le ministre lui a répondu qu’il ne cherchait pas à «presser le citron» des médecins de famille. Il a ajouté que les documents législatifs sont conçus par des avocats et que les libellés ne sont pas nécessairement indicatifs de ses intentions.

«L’objectif [de ces données de gestion], c’est de comprendre ce que font les médecins, mais pas de les contrôler», a-t-il expliqué. Le ministre a ajouté qu’il fallait faire la distinction entre la collecte de ses données et la mise en place d’un système différent de gestion des prises de rendez-vous, qui sont à son avis «deux choses complètement différentes».PUBLICITÉ

D’autres solutions

Comme d’autres associations et organisations l’ont également mentionné, la Dre Laberge souligne que le gouvernement devrait surtout travailler à faire des groupes de médecine familiale (GMF) de vrais milieux interdisciplinaires et avec des effectifs suffisants. Cela permettrait d’éviter que les médecins de famille soient perçus comme l’unique porte d’entrée pour obtenir des soins.

Parmi ses autres recommandations, le CQMF estime que le gouvernement doit mettre en place une stratégie de valorisation de la médecine de famille, en partenariat avec les facultés de médecine et les autres organismes impliqués en médecine de famille.

La Dre Laberge ajoute qu’il serait aussi important de promouvoir le concept de pertinence des soins et des services. Cela aurait notamment comme avantage pour les médecins de famille de réduire les examens, traitements et formulaires inutiles ou redondants.

Pour consulter le mémoire du CQMF.

9 décembre 2021

PAR MATHIEU STE-MARIE ‒ Profession Santé ‒ L’actualité médicale

Dr Claude Rivard
Dr Claude Rivard

Le temps est souvent une denrée rare pour les médecins de famille qui, en plus de voir plusieurs patients, doivent effectuer maintes tâches administratives au quotidien. Voici quelques conseils pour mieux organiser votre travail et, au final, avoir plus de temps.   

Aménager son horaire

S’il avait un seul conseil à donner, le Dr Claude Rivard, médecin responsable de la clinique familiale des Haut-Bois à Sainte-Julie dirait aux jeunes médecins de toujours aménager leur horaire de travail de façon à le rendre flexible. 

«L’horaire doit être malléable et flexible pour pouvoir répondre à la demande. Les jeunes médecins ne doivent pas être dans un carcan, sans quoi ils risquent de se brûler ou trouver ça plate», explique le médecin de famille d’expérience.

Par exemple, un médecin pourrait décider d’effectuer les consultations en personne le matin, et de faire des consultations en virtuel et des tâches administratives l’après-midi. Une journée par semaine, il pourrait effectuer les consultations avec une infirmière.

Il y a mille façons d’aménager son horaire. Chacun doit trouver une façon de faire qui lui permettra de mieux gérer son temps.

Même si c’est un élément important du travail, l’organisation du temps est peu enseignée dans les facultés de médecine.  «Souvent, les jeunes médecins vont copier ce que font d’autres médecins plus expérimentés. Cela les empêche de penser en dehors de la boîte. Un jeune peut donc commencer à travailler et ne pas penser à aménager son horaire pour rendre sa tâche plus facile», souligne le Dr Rivard.

Travailler en équipe

Si le médecin veut se libérer du temps, le travail d’équipe est primordial. «On ne peut pas tout faire seul, il faut apprendre à travailler en équipe. Il ne faut jamais sous-estimer la force du groupe, autant les autres médecins, le personnel clérical que les infirmières», souligne le médecin de famille en GMF.

Par exemple, l’infirmière peut voir le patient avant le médecin afin de faire un prétriage ou de prendre des informations sur la personne. De cette façon, le médecin peut se concentrer sur les tâches qui sont uniquement médicales.

Les infirmières peuvent également prendre connaissance des tests de laboratoire et envoyer seulement celles positives aux médecins. Cela fait économiser un temps précieux aux médecins.

Plusieurs d’entre eux déplorent la lourdeur des tâches administratives. Le Dr Rivard estime que les infirmières peuvent aider les médecins à ce chapitre. «Les formulaires d’assurance sont remplis en partie par mon infirmière», dit-il. 

Bien choisir son milieu

Certains milieux permettent difficilement de bien organiser son temps et son travail. C’est pourquoi il faut bien choisir son milieu avant de l’intégrer. L’équipe cléricale est-elle stable? La clinique a-t-elle un site web et les patients peuvent-ils envoyer un courriel à la secrétaire? Les autres médecins peuvent-ils prendre en charge nos patients lorsqu’on est en congé de paternité ou en vacances?

Les jeunes médecins doivent se poser ces questions avant de pratiquer dans une clinique, soutient le Dr Claude Rivard.  L’information de la clinique doit aussi peser dans la balance. «J’ai souvent conseillé aux jeunes médecins lorsqu’ils visitaient une clinique médicale de quitter immédiatement l’endroit s’ils voyaient une grosse pile de dossiers papier à côté d’une secrétaire. Même chose, s’ils voyaient une dactylo.»PUBLICITÉ

La télémédecine à la rescousse

Si la télémédecine permet aux patients de ne pas se déplacer, elle fait aussi économiser du temps aux médecins, souligne le Dr Rivard. «Je suis capable de régler les problèmes au téléphone. La technologie permet de repenser notre organisation du travail, notre horaire et notre manière de travailler.»

Pour les visites à domicile, le médecin de famille peut demander à une infirmière d’aller voir ses patients. Celle-ci peut, par exemple, prendre une photo de la plaie du patient et lui envoyer pour qu’il l’examine.

En plus de lui faire gagner du temps, cette façon de faire pourrait un jour être payante. «Pour l’instant, ça me coûte de l’argent d’envoyer l’infirmière voir mes patients. Par contre, lorsque l’on va être à la capitation, je vais être rémunéré par rapport au nombre de patients et non à l’acte. Tant que je suis capable de donner un service, peu importe qui le donne, je vais être rémunéré.»


Le Dr Claude Rivard donnera un webinaire sur la gestion de l’horaire au bureau le 13 décembre prochain dans le cadre d’un événement organisé par le Collège québécois des médecins de famille. Il sera accompagné de l’agente d’amélioration continue de la qualité, Mireille Plouffe-Malette.

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Bloc medecin

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Agence QMI Publié le 11 novembre 2021 à 22:22

Le collège québécois des médecins de famille (CQMF) a demandé jeudi une réorganisation en profondeur des soins de première ligne afin de faciliter le travail d’équipe et de permettre aux patients de voir le bon professionnel rapidement.

Bien qu’il ait salué jeudi les efforts du gouvernement du Québec pour assurer un meilleur accès aux médecins de famille, le CQMF a rappelé que le manque d’accès ne découlait pas du fait que les médecins de famille ne travailleraient pas suffisamment, mais bien de l’organisation des soins en première ligne modulée par les différentes interventions gouvernementales de mandat en mandat.

Les besoins de la population ont crû au fil des ans notamment avec l’augmentation de la longévité et de la survie des patients aux prises avec des maladies chroniques, ou des enjeux de santé mentale.

Écoutez le résumé des actualités avec Alexandre Dubé sur QUB radio  

«Malheureusement, ces derniers ne sont pas pris en compte avec justesse dans la logique mathématique proposée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Dans les faits, les médecins de famille abordent souvent plusieurs problèmes à l’intérieur d’un même rendez-vous. C’est pourquoi le temps de consultation varie pour assurer une haute qualité de soins aux personnes que nous soignons», a indiqué le CQMF par voie de communiqué, jeudi.

Le faible taux de comblement des postes de résidence en médecine de famille et les nombreuses retraites à venir «ne sont pas sans nous préoccuper sérieusement», a ajouté le collège.

Plus que jamais, il faut agir de concert, privilégier un sain dialogue, et valoriser ce travail si important, a précisé le CQMF.

Communiqué de presse diffusé à la suite du dépôt du projet de loi 11

Entrevue avec la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

Votre CQMF fait entendre sa voix au chapitre

La Cité-de-la-Santé à Laval est le premier hôpital francophone au Canada à recevoir la certification «Hôpital Choisir avec soin» octroyée aux établissements qui réduisent la surutilisation des examens et des traitements chez les patients.

Publié le 26 octobre 2021

Par Mathieu Ste-Marie ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Une trentaine d’hôpitaux anglophones, dont trois au Québec, ont déjà reçu la désignation «Hôpital Choisir avec soin» au pays, mais c’est une première pour un hôpital francophone. C’est la Dre Stéphanie Castonguay, microbiologiste-infectiologue et présidente du comité d’optimisation et de pertinence du CISSS de Laval, qui a présenté le dossier à Choisir avec soin Canada.

Il existe trois niveaux de certification (voir encadré plus bas); l’hôpital de la Cité-de-la-Santé a obtenu celle de niveau 1. Pour pouvoir y prétendre, les professionnels de la santé de l’établissement ont dû adopter cinq mesures:

– séparer les analyses pour PT/INR et aPTT à l’urgence et aux unités d’hospitalisation;

– Retirer le dosage de l’acide folique des ordonnances hospitalières systématiques et autres ordonnances collectives;

– Cesser de prescrire des radiographies pulmonaires quotidiennes à l’unité de soins intensifs sauf pour répondre à des questions cliniques spécifiques;

– Éviter le dépistage de masse du déficit de la 25-hydroxyvitamine D;

– Ne pas demander de sédimentation pour dépister l’inflammation chez les patients qui n’ont pas de diagnostic;

«Nous sommes très fiers d’être les premiers francophones à recevoir cette désignation, d’autant plus que Choisir avec soins est moins connu au Québec», a réagi la Dre Castonguay.

Caroline Laberge

Caroline Laberge, présidente du Collège québécois des médecins de famille

En effet, très connue en Ontario et dans d’autres provinces canadiennes, cette campagne qui s’attaque aux examens et aux traitements inutiles est loin d’avoir la même visibilité au Québec. D’abord soutenu par l’Association médicale du Québec (AMQ), Choisir avec soin aurait bien pu disparaître avec la dissolution de l’AMQ, en 2019. Heureusement, au printemps 2020, le Collège québécois des médecins de famille a récupéré cette campagne, version francophone de Choosing Wisely Canada

La présidente du CQMF, la Dre Caroline Laberge, se réjouit de voir que la certification de l’hôpital donnera une nouvelle visibilité à cette initiative. «Je suis très heureuse que l’on commence à parler de pertinence des soins. On estime qu’il y a de 30 à 40 % des actes médicaux effectués qui sont non pertinents et potentiellement nuisibles», souligne la médecin de famille.

La Dre Laberge donne l’exemple de la prescription d’antibiotiques pour une infection virale qui, en plus de coûter de l’argent, est nuisible puisqu’elle occasionne une résistance aux antibiotiques et élimine les bonnes bactéries du corps humain.

Un engouement pour la pertinence des soins

Selon la Dre Stéphanie Castonguay, cette certification viendra plus particulièrement sensibiliser les médecins de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé à la surprescription et au surdiagnostic.

«Nous voulons que notre hôpital ait une culture de la pertinence des soins et que celle-ci fasse partie du quotidien des prescripteurs. Plus on va en parler, plus les médecins vont être sensibilisés à la pertinence. Chaque prescripteur peut faire la différence en se demandant toujours s’il prescrit le bon examen, pour le bon patient au bon moment.»

Le Dr René Wittmer, président du comité directeur de Choisir avec soin Québec, abonde dans le même sens.

«Cette certification peut créer un engouement pour que les gens puissent se rassembler et collaborer à l’amélioration de la qualité des soins. Les gens qui s’intéressent à la pertinence voient comment cela peut jouer un rôle dans la qualité des soins», souligne-t-il.

Selon lui, des hôpitaux francophones, dont l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, sont en processus pour obtenir une désignation de Choisir avec soin.

Au Québec, le Centre universitaire de santé McGill, l’Hôpital général juif de Montréal et le Centre hospitalier de St.Mary ont la certification niveau 1. 

Comment remplir les critères de certification d’Hôpital Choisir avec soin?

NIVEAU 1

Appliquer cinq gains rapides:

  • Séparer les analyses pour PT/RIN et pour aPTT et revoir les batteries de tests demandées d’emblée aux urgences
  • Éliminer l’option «tous les jours» des ordonnances standardisées
  • Retirer le dosage du folate des ordonnances hospitalières systématiques
  • Cesser de prescrire des radiographies pulmonaires quotidiennes à l’USI, sauf pour répondre à des questions cliniques spécifiques
  • *Note : Si ces mesures ne concernent pas un hôpital, il doit les remplacer par d’autres.

NIVEAU 2

Appliquer trois autres recommandations de Choisir avec soin par le biais des méthodes d’amélioration de la qualité:

  • Les méthodes d’amélioration de la qualité doivent inclure une collecte de données de référence, les interventions en tant que telles et une collecte des résultats
  • Les projets doivent prévoir l’utilisation des trousses à outils Choisir avec soin

NIVEAU 3

L’établissement doit promouvoir la question de la surutilisation à l’échelle de l’organisation ainsi qu’un changement de culture:

  • Choisir avec soin fait partie du plan d’exploitation et du plan stratégique de l’hôpital
  • Appliquer au moins 10 recommandations Choisir avec soin distinctes dans différents services hospitaliers
  • Les recommandations des niveaux 1 et 2 peuvent être comptabilisées dans ces 10 recommandations
  • Jouer le rôle de mentor ou de collaborateur pour au moins un autre hôpital qui souhaite appliquer les mesures de Choisir avec soin

28 juillet 2021

PAR GEOFFREY DIRAT ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Premier Québécois à décrocher le titre de médecin de l’année décerné par le Collège des médecins de famille du Canada en 1995, le Dr Réjean Ménard s’apprête à prendre une retraite amplement méritée. Pour Profession Santé, il livre son regard sur l’évolution de la pratique ces cinquante dernières années.

Dr Réjean Ménard
Le Dr Ménard a été honoré par le Collège québécois
des médecins de famille en 2018 ©CQMF

Ce dimanche 1er août 2021 marque un tournant dans la vie du docteur Réjean Ménard. Le médecin de famille prend sa retraite après 50 ans de bons et loyaux services auprès de la population de Granby, où il a toujours pratiqué depuis le début de sa carrière.

S’il a besoin de souffler un peu – «je n’ai pas pris de vacances depuis le début de la pandémie en mars 2020», signale-t-il –, le vaillant septuagénaire éprouve un sentiment mitigé à l’approche du jour J: «J’aime beaucoup, beaucoup cette profession de médecin de famille quand elle est exercée au sein d’une équipe, explique-t-il avec un trémolo dans la voix. La médecine, ça ne se fait pas tout seul dans son coin», martèle celui qui a fondé en 1971 le Centre de médecine familiale (CMF) de Granby avec trois autres confrères fraîchement inscrits au tableau de l’Ordre.

«À l’époque, la médecine de famille se pratiquait en solo. On a été parmi les pionniers à travailler en groupe», se souvient le Dr Ménard. Si cette organisation est aujourd’hui devenue la norme, il constate qu’il en résulte une plus grande interdisciplinarité en louant l’apport bénéfique des infirmières, pharmaciens et autres professionnels de la santé que l’on retrouve désormais au sein des cliniques de médecine familiale. «L’approche interdisciplinaire, c’est ça l’avenir. Les médecins sont très peu formés en santé mentale ou en santé environnementale, par exemple, mais ils ont les compétences pour gérer, en collaboration, la complexité de la prise en charge des patients en première ligne», souligne le praticien qui considère le médecin de famille comme un chef d’orchestre et non pas comme un multi-instrumentiste.

Quand il regarde dans le rétroviseur de son demi-siècle d’exercice, Réjean Ménard voit également d’un œil positif l’avènement de la télémédecine. «Avec mon équipe, on a toujours fait beaucoup d’appels de suivi. C’est dans ma philosophie et je faisais ça hors rémunération, car ça fait partie de la relation normale entre un médecin et son patient, estime-t-il. Aujourd’hui, grâce aux nouveaux outils, on va plus loin dans la relation à distance et on peut avoir une bonne idée de la situation du patient», explique-t-il en notant que la pandémie a levé les freins à la télémédecine, tant chez les soignants que chez les patients.

«On ne peut pas tout centraliser»

En revanche, s’il y a une évolution que le Dr Ménard juge négative ou contre-productive, c’est la centralisation intensive du réseau de la santé depuis une décennie. «On peut centraliser le matériel et les équipements pour réaliser des économies d’échelle, mais pas l’organisation du travail ou la gestion  du personnel», affirme-t-il en se remémorant l’esprit d’équipe qui régnait à l’Hôpital de Granby, où il a longtemps pratiqué. «On avait développé des particularités, des façons de faire qui nous étaient propres pour s’adapter aux réalités de notre communauté et ça, ça crée un sentiment d’appartenance qui n’existe plus dorénavant», regrette le médecin qui garde espoir: «On peut toujours revenir en arrière!»

Après le 1er août, Réjean Ménard va prendre un ou deux mois pour recharger ses batteries, mais il compte par la suite rester actif et s’impliquer auprès de la relève en continuant d’accompagner les résidents accueillis au CMF. Une relève qu’il juge bien mieux formée qu’en son temps. «À mon époque, on faisait quatre ans de cours, une année d’internat, et on était médecin de famille. Aujourd’hui, les jeunes omnipraticiens ont un bagage bien plus complet. Ils sont capables d’identifier une céphalée multi-factorielle ou une tumeur au cerveau. Donc ils sont plus à même d’orienter les patients.» Quant à ces derniers, le Dr Ménard les trouve aussi plus informés et plus critiques, «et c’est tant mieux. Quand le patient est éclairé, on peut discuter avec lui et prendre des décisions ensemble».

15 juillet 2021

PAR DENIS MÉTHOT ‒ ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Le conseil numérique, déjà implanté dans sept régions, poursuit son déploiement amorcé en mars dernier à travers la province, tout en remportant un franc succès auprès des intervenants de première ligne.

Un médecin consulte sa tablette

Ce service permet à un médecin de famille de demander un conseil ou un avis à un spécialiste à propos d’un diagnostic, d’une médication ou d’un traitement et d’obtenir une réponse en sept jours ou moins, via une plateforme numérique.

Grâce aux précisions reçues, l’omnipraticien peut compléter la démarche thérapeutique avec son patient ou engager un processus de transfert si son collègue le recommande. Le conseil numérique semble connaître un franc succès auprès des intervenants de première ligne. Au début du mois de juillet, environ 900 médecins de famille et 150 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) s’y étaient inscrits. L’intérêt semble toutefois moindre du côté des répondants, le programme ne comptant que 91 médecins spécialistes participants.

Le plus grand bénéfice apporté par le conseil numérique est qu’il permet d’éviter d’avoir à référer inutilement un patient en spécialité pour des cas qui peuvent être résolus en 10 ou 15 minutes d’échanges entre deux médecins. Lors des trois projets pilotes, il a permis d’épargner une consultation en spécialité dans 40% des cas. 

Développée en Ontario, la formule du eConsult a été reprise en 2014 au Québec à l’initiative du Collège québécois des médecins de famille (CQMF). Devant les résultats très positifs obtenus par ce service, le MSSS a décidé de l’étendre à toute la province sous le nom de conseil numérique.

Calendrier de déploiement

L’opération s’est amorcée au printemps dans les trois régions qui avaient participé aux projets pilotes de eConsult Québec, soit l’Outaouais, l’Abitibi-Témiscamingue et la Mauricie-Centre-du-Québec. 

Le déploiement, qui s’est ensuite poursuivi dans la Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches et Montréal, est actuellement en cours ou planifié dans plusieurs autres régions du Québec.

Selon le calendrier obtenu par Professionsante.ca, les prochains territoires prévus sont les suivants:

  • Juillet: Laurentides, Montérégie et Laval
  • Août: Lanaudière 
  • Septembre: Estrie

Le Saguenay-Lac-St-Jean et la Gaspésie n’ont pas encore été placés dans le calendrier, tandis que le Bas-St-Laurent, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec ne figuraient pas dans le plan que nous a fourni le MSSS.

Offert dans 26 spécialités

Le conseil numérique est offert dans 26 disciplines à ce jour, dont la cardiologie, l’ORL, l’anesthésiologie (douleur) et la chirurgie générale, en passant par la dermatologie, la gynécologie et l’endocrinologie. Puisque certains médecins ont offert leurs services à plus d’une région, il est difficile de dresser un portrait en temps réel du nombre de spécialistes participants par territoires, a précisé le MSSS. 

Étant donné que la plateforme est en plein déploiement et que le conseil numérique n’est pas encore intégré aux DME des médecins, le ministère se dit satisfait de la réponse actuelle des médecins de famille et des médecins spécialistes. 

25 juin 2021

ÉLYANTHE NORD – Le Médecin du Québec

Le Dr Mario Dubuc, de Sherbrooke, a été nommé « Médecin de famille de l’année » par le Collège québé­cois des médecins de famille (CQMF). Ce prix est remis annuellement, comme dans chacune des pro­vinces, à un membre qui incarne brillamment l’essence du médecin de famille, notamment par ses soins exemplaires aux patients et son importante contribution à la santé de sa collectivité.

Dr Mario Dubuc

Le Dr Dubuc, qui exerce depuis plus de 40 ans, a eu une carrière impressionnante, affirme la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF. « Il a fondé, avec ses confrères, une clinique médicale qui est devenue par la suite un groupe de médecine de famille. Parallèlement au suivi de ses patients, il s’est beaucoup intéressé aux soins en fin de vie. Il a œuvré à mettre sur pied l’unité de soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) et la Maison Aube-Lumière, en Estrie. Il a ainsi donné accès aux soins palliatifs à toute une région et formé non seulement de futurs collègues, mais aussi des infirmiers et des pharmaciens pour avoir une approche multidisciplinaire vraiment axée sur le bien-être des patients. »

Le CQMF a également distribué plusieurs autres prix. « Les médecins de famille sont très humbles et habitués à travailler avec leurs patients dans leur cabinet. Ils font des choses extraordinaires qui ne sont souvent pas mises à l’avant-plan. Reconnaître leurs accomplissements est vraiment inspirant pour les autres médecins et est important pour rehausser la valeur de la médecine de famille », estime la Dre Laberge.

Dr Jean Ouellet
Mentor de l’année

Le Prix du mentor de l’année a été décerné au Dr Jean Ouellet. « Le Dr Ouellet est un médecin qui enseigne depuis plus d’une trentaine d’années à l’Université Laval. Il a agi comme mentor auprès des dizaines et des dizaines de jeunes médecins. Comme il travaille également dans une unité d’enseignement à Québec, il forme chaque année plusieurs cohortes de résidents. Il est vu comme une figure vers qui se tourner quand on a des questions. Il est toujours disponible », indique la Dre Laberge.

Dr François Venne
Prix de la relève en médecine familiale

Le CQMF a remis au Dr François Venne, de l’Abitibi, le Prix de la relève en médecine familiale qui souligne le leadership d’un médecin de famille au cours de ses premières années d’exercice. Pratiquant depuis seule­­ment trois ans, le Dr Venne a déjà créé, à Val-d’Or, une clinique réser­vée aux patients autochtones et une autre pour les troubles liés à l’usage d’opioïdes.

Prix d’excellence

Les prix d’excellence du CMFC sont remis à des médecins de famille qui ont récemment apporté une contribution remarquable dans un domaine particulier.

Dre Pascale Breault, Dre Guylène Thériault, Dr François Goulet et Dr Keith J. Todd

29 avril 2021

par les Dres Élise Boulanger et Sophie Zhang, médecins de famille, coprésidentes de la CPMC ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Il y a un peu plus d’un an, la pandémie de COVID-19 frappait de plein fouet les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) du Québec. Rien n’avait préparé ces milieux de vie à faire face à un virus ayant une prédilection particulière pour les patients vulnérables. Les travailleuses et travailleurs de la santé qui œuvrent auprès de cette population, incluant les médecins de famille et médecins spécialistes venus prêter main-forte, se sont trouvés isolés face à une nouvelle maladie. Ils et elles ont dû se retrousser les manches plus que jamais pour faire face aux drames qui ont suivi.

C’est dans la foulée de cette première vague de COVID-19, à l’été 2020, qu’est née la communauté de pratique des médecins en CHSLD du Québec (CPMC) au sein du Collège québécois des médecins de famille (CQMF). La crise sanitaire majeure causée par la pandémie avait mis à découvert les besoins criants d’échange, de partage et de renforcement des liens entre médecins œuvrant en CHSLD. Ces besoins n’étaient pas nouveaux, mais ils étaient devenus impossibles à ignorer. Ainsi, à la suite des événements du printemps 2020, des médecins de famille et des gériatres ayant été très impliqués dans la crise se sont retrouvés et ensemble ont cherché des solutions pour améliorer la qualité des soins offerts en CHSLD. Unis par leur engagement sur le terrain ainsi qu’à différents niveaux de gestion, ces médecins ont voulu donner une voix plus forte aux CHSLD, jusque-là peu représentés dans les instances administratives, professionnelles et gouvernementales au Québec. À ce jour, plus de 450 médecins ont joint les rangs de la CPMC.

Objectifs de la communauté de pratique

L’objectif premier de cette communauté est de renforcer les liens entre médecins, infirmiers et infirmières praticien(ne)s spécialisé(e)s de première ligne (IPS-PL) de toutes les régions du Québec afin d’améliorer l’offre de services médicaux en CHSLD – un forum Teams a été lancé pour leur permettre d’échanger virtuellement sur les enjeux cliniques et de coordination qu’ils vivent au quotidien en CHSLD et plusieurs webinaires ont été organisés.

La pandémie a mis en lumière plus que jamais le fait que les milieux de vie que sont les CHSLD sont également des milieux de soins. Ils hébergent une clientèle vulnérable avec des besoins de santé particuliers qui s’arriment généralement mal avec le système hospitalier. Il est primordial que les médecins de famille qui pratiquent en CHSLD poursuivent leur collaboration grandissante avec les équipes de soins et leurs structures de gestion afin d’en faire des milieux répondant aux vrais besoins des résidentes et résidents. À cet égard, la CPMC se veut d’ailleurs aussi un organe pour écouter, conseiller et soutenir la voix des résidentes et résidents, des personnes proches aidantes et du personnel interdisciplinaire en CHSLD.

Dessiner l’avenir

Après la pandémie, la CPMC veut continuer d’outiller ses membres dans leur pratique, au-delà des enjeux créés par la COVID-19. Elle travaille depuis peu avec le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec à l’élaboration d’un cadre de référence pour les soins médicaux en CHSLD. Elle souhaite également augmenter son offre de service aux membres médecins et IPS-PL en plus de susciter des initiatives pour valoriser la pratique en soins de longue durée auprès des médecins de famille.

Nous ne pouvons pas réécrire l’histoire des CHSLD au moment de la première vague de COVID-19 au Québec, mais nous pouvons contribuer à en écrire les prochains chapitres!

22 avril 2021

ANOUK LEBEL ‒ ProfessionSantéL’actualité médicale

Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

La campagne Choisir avec soin a finalement survécu à la dissolution de l’Association médicale du Québec (AMQ). Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) a repris le flambeau du volet québécois de cette campagne pancanadienne de lutte au surtraitement et au surdiagnostic, toujours privée de financement de Québec.

Le CQMF participait déjà à la réflexion sur la pertinence des soins et le surdiagnostic depuis plusieurs années avant de devenir le partenaire officiel de Choosing Wisely Canada au Québec, à l’été 2020, explique en entrevue la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF.

Depuis, un comité directeur a été formé pour poursuivre les démarches visant à réduire les traitements et examens inutiles en santé au Québec.

Le comité présidé par le Dr René Wittmer est formé par des médecins de famille de plusieurs régions du Québec, mais aussi de médecins spécialistes, notamment en cardiologie et en médecine interne. La pharmacienne Camille Gagnon, directrice adjointe du Réseau canadien pour la déprescription, en fait également partie.

« Un de nos défis, c’est de s’assurer que ce ne soit pas uniquement une campagne de médecins de famille. Les médecins spécialistes doivent aussi participer », souligne la Dre Laberge.

Le CQMF dispose toujours du don de 1,2M$ de l’AMQ pour poursuivre les activités de Choisir avec soin au Québec. Or, le gouvernement provincial ne contribue toujours pas financièrement. Ailleurs au Canada, Choosing Wisely est soutenu à parts égales par le gouvernement fédéral et les provinces.

Au-delà de la rémunération

La campagne Choisir avec soin est complètement distincte de l’exercice mené par l’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM).

L’IPAM, créé dans la foulée de l’entente entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et du gouvernement du Québec en 2019, est engagé dans la pertinence dans le but d’économiser 240 millions de dollars en trois ans en actes médicaux superflus.

Choisir avec soin vise plutôt à mieux outiller les médecins, étudiants et résidents à lutter contre le surtraitement et le surdiagnostic dans leur pratique ou leur future pratique.

« Ce n’est pas une question de sauver des sous, c’est une question de prodiguer les bons soins à la bonne personne au bon moment et d’utiliser judicieusement les ressources de notre système de santé », insiste la Dre Laberge.

Différents milieux cliniques mènent déjà des initiatives terrain pour améliorer la façon de prodiguer les soins. Depuis le lancement la campagne pancanadienne en 2014, 400 recommandations concernant différentes spécialités ont été publiées. Il faut voir comment elles peuvent être mises en application au Québec.

Des traitements nocifs

Environ 30% des traitements et examens médicaux au Canada sont potentiellement inutiles. Des gestes qui occasionnent des pertes financières dans le réseau, mais surtout, qui peuvent s’avérer carrément nuisibles pour la santé des patients. « Les gens ne se rendent pas compte à quel point un examen inutile peut être nocif », tient à souligner la Dre Laberge.

Un examen inutile peut facilement donner lieu à toute une batterie de tests, qui font plus de mal que de bien à des patients en bonne santé et à leur famille.

« Ça peut mener à des trouvailles fortuites, comme des hernies discales chez de jeunes patients dans la trentaine. Ils peuvent s’inquiéter inutilement et se mettre à moins faire de sport. Finalement, ça les déconditionne. Ils deviennent en moins bonne santé », illustre-t-elle.

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 Je reçois le soutien nécessaire pour devenir un meilleur médecin, jour après jour 

Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

 Les membres de cette grande famille me ressourcent et m’inspirent! 

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

 Le CQMF me permet de développer un soutien concret aux jeunes médecins du Québec 

Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

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