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29 janvier 2021

NATHALIE VALLERAND – Le Médecin du Québec

Dre Repetto

Préoccupée par les iniquités en santé, la Dre Lucia Perez Repetto a collaboré à un projet de recherche pendant sa résidence pour améliorer les compétences sociales des médecins dans leurs interactions avec les clientèles défavorisées. « La distance sociale et la méconnaissance qu’ont les médecins de l’aide sociale constituent des obstacles à une bonne relation médecin-patient et à la qualité des soins », indique celle qui exerce depuis l’an dernier au GMF du Lac-Saint-Jean Est, en plus d’être profes­seure d’enseignement clinique au GMF-U d’Alma.

Pour réduire la distance sociale causée par les différences socio-économiques, tout est dans l’approche. « Les personnes à faible revenu qui ont participé à la recherche disent être intimidées quand elles vont chez le médecin, rapporte la Dre Marie-Suzanne Mathieu, du GMF-U d’Alma, qui a supervisé les travaux de la Dre Perez Repetto. Et c’est encore pire lorsque le médecin a une attitude paternaliste ou donne l’impression d’être pressé par le temps. »

Cela peut sembler évident, mais bien accueillir ces patients, leur sourire, avoir un contact visuel avec eux, adopter une attitude d’ouverture, être attentif à leurs émotions, utiliser un langage facile à comprendre et porter des vêtements neutres (décontractés, pas trop coûteux) sont autant de façons de les rendre plus à l’aise.

Et que doivent savoir les médecins à propos de l’aide sociale et de la réalité de ceux qui en reçoivent ? « Être bénéficiaire de l’aide sociale, c’est vivre sous le seuil de la pauvreté, même quand on touche un supplément en raison d’une contrainte importante à l’emploi, répond la Dre Perez Repetto. De plus, il faut briser la perception que la majorité des prestataires abusent du système. En fait, la plupart d’entre eux veulent sortir de l’aide sociale. »

L’omnipraticienne souligne par ailleurs l’importance de bien remplir le formulaire attestant qu’un patient a un important problème de santé l’empêchant de travailler. « Si la demande est refusée parce que le terme médical utilisé ne se trouve pas sur la liste du gouvernement, c’est le patient qui en subit les conséquences financières », déplore celle qui a reçu le prix Nadine St-Pierre 2020 du Collège des médecins de famille du Canada et de la Fondation pour l’avancement de la médecine familiale pour la qualité de son travail universitaire.

Adapter les soins

Pour établir leur plan de traitement, les médecins devraient tenir compte des limites financières des patients, affirme la Dre Mathieu. « Le revenu est un important déterminant de santé. Ça change tout. Par exemple, il peut être irréaliste pour une personne qui vit sous le seuil de la pauvreté de manger plus de fruits et de légumes ou de s’entraîner. Elle n’a pas d’argent pour s’acheter de bons aliments ni pour aller au gym ! »

Que faire alors ? D’abord, se demander si le patient a les moyens d’appliquer les recommandations. Dans le doute, ne pas hésiter à s’enquérir de sa situation financière. « Il y a des gens qui minimisent leurs symptômes parce qu’ils ne peuvent se permettre un arrêt de travail », dit la Dre Marie-Suzanne Mathieu. Ensuite, il faut cibler, choisir avec le patient des aspects sur lesquels agir en priorité, le diabète par exemple. Il faut aussi prescrire des médicaments moins chers, proposer la marche au lieu du centre de conditionnement physique, explorer avec la personne diverses solutions en fonction de sa réalité.

La Dre Lucia Perez Repetto veut d’ailleurs aider les résidents à acquérir ces réflexes en intégrant au cursus du GMF-U d’Alma deux demi-journées de formation et de sensibilisation. Au programme : jeu-questionnaire sur les préjugés, jeux de rôles inversés médecin-personne à faible revenu, témoignages, atelier sur les formulaires médicaux pour l’aide sociale, repas-partage, etc. Une initiative qui sera mise en place après la pandémie et qui pourrait éventuellement s’étendre à d’autres milieux. 

18 décembre 2020

par Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF  ProfessionSanté – L’actualité médicale

Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

En cette année 2020 qui s’achève, nous pouvons saluer tous les efforts déployés par la société depuis le début de cette pandémie. Nous sommes toutes et tous en constants réajustements, réorganisations de nos façons de faire, optimisation, tant dans nos vies personnelles que professionnelles.

Il n’y a rien de tel qu’un événement imprévu pour nous sortir de notre zone de confort et stimuler notre créativité. Lors de la première vague de la pandémie, c’est ce que toutes les équipes sur le terrain ont fait, rapidement, soit réorganiser les trajectoires de soins pour accueillir les premiers patients atteints de la COVID-19. La période de surprise et d’urgence passée, il y a toute une réflexion à faire sur comment saisir l’occasion qu’offre cette crise pour repenser nos façons de faire. À travers les initiatives de ses membres dynamiques et impliqués, le CQMF souhaite permettre le réseautage et le soutien entre pairs à l’aide de nouveaux moyens qui sauront vous aider au quotidien.

D’abord, les soins en CHSLD ont été sur toutes les tribunes dans les derniers mois en raison des lacunes que la pandémie a mises au jour. La communauté de pratique des médecins en CHSLD est un regroupement de médecins de famille et de gériatres qui sont au cœur de l’action et qui proposent de mettre en commun les leçons apprises et les meilleures pratiques tant au niveau clinique qu’organisationnel, logistique, prévention des infections, et j’en passe. Avec près de 400 médecins ayant adhéré à la communauté de pratique depuis septembre, on peut dire qu’elle répond à un grand besoin!

C’est aussi dans les prochaines semaines que le « conseil numérique », alias eConsult Québec, prendra enfin son envol dans toute la province. Plateforme sécurisée de consultation entre médecins de famille et spécialistes, cet outil permet de répondre à un grand nombre de questions que les médecins de famille se posent au quotidien avec leurs patients, sans devoir attendre les longs délais de consultation. Les soins aux patients en sont bonifiés, de même que l’expérience des médecins participants.

Le mentorat également est fort utile pour naviguer dans un système aussi complexe que le nôtre et l’introspection qu’une telle démarche amène est bénéfique, que l’on soit mentoré-e ou mentor-e, tant au niveau personnel que professionnel. Différentes formules s’offrent à nous, saisissons celle qui répond le mieux à nos impératifs!

Enfin, je nous souhaite à toutes et à tous un temps des fêtes reposant, à l’abri malgré nous des gros partys de Noël et des rassemblements! Que ce soit au travail ou avec nos proches, j’espère que cette période de festivités se déroulera paisiblement. Prenons le temps de décanter l’année, de nous reposer, de jouer dehors et de retrouver les plaisirs simples comme un bon chocolat chaud après quelques heures dans la neige! Découvrons le hygge, cet art de vivre danois, qui nous encourage à la gratitude, au cocooning et à la création d’un environnement de bien-être pour soi et ses proches!

30 novembre 2020

NATHALIE VALLERAND – Le Médecin du Québec

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L’automne dernier, la Dre Thérèse Nguyen a adhéré à la nouvelle communauté de pratique des médecins en CHSLD (www.cpmchsld.ca). « Les cliniciens en CHSLD travaillent souvent seuls, constate l’omnipraticienne qui est chef de service des CHSLD du CISSS de Laval. Je suis devenue membre pour prendre contact avec d’autres chefs. Je veux ouvrir la discussion sur des enjeux comme les plans d’intervention médicale d’urgence ou la communication avec les gestionnaires. Je pense qu’on peut apprendre les uns des autres pour améliorer notre pratique et les soins aux patients. »

Tout médecin de famille ou médecin spécialiste qui œuvre en CHSLD ou éprouve un intérêt pour ce type d’établissement peut faire partie de cette communauté. Au début de novembre, elle comptait 345 membres.

Les échanges se font dans des forums en ligne sur la plateforme virtuelle Teams. Une douzaine de canaux de conversation proposent autant de sujets : prévention et contrôle des infections, éclosion de COVID, cogestion, tests et dépistage, deuil, réadaptation, etc. Des webinaires sont aussi présentés sur Teams, comme celui d’octobre dernier sur la thromboprophylaxie et les corticostéroïdes dans la prise en charge de la COVID-19 en CHSLD.

La Dre Nguyen a utilisé la plateforme pour lancer une suggestion qui a suscité un vif intérêt chez ses pairs : effectuer le dépistage hebdomadaire de la COVID-19 auprès du personnel des CHSLD à l’aide d’un test salivaire. « Comme c’est moins effractif qu’un prélèvement nasal avec écouvillon, le taux de participation est plus élevé, explique la clinicienne qui exerce au CHSLD Sainte-Dorothée et au GMF-R de la Polyclinique médicale Fabreville. De plus, cette méthode permet de détecter plus rapidement les personnes infectées, ce qui diminue les risques d’éclosion. » Le CISSS de Laval a été le premier au Québec à utiliser cette technique après la mise au point d’un test par son laboratoire de microbiologie.

« La communauté de pratique est une formule idéale pour partager de bonnes pratiques, trouver des réponses à des problèmes et réseauter », affirme pour sa part la Dre Sophie Zhang, médecin de famille et cochef adjointe de l’hébergement du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle fait partie des instigateurs de l’initiative, avec les médecins de famille Élise BoulangerCatherine RicherAndrée Robillard et Neb Kovacina, ainsi que les gériatres Julia Chabot et Quoc Dinh Nguyen. Les sept praticiens, qui se sont connus lors de la première vague de COVID-19, composent maintenant le comité directeur de la communauté de pratique des médecins en CHSLD.

Une station pour évaluer le patient à distance

Médecin de famille au GMF-U de Lévis et au CHSLD Paul-Gilbert, le Dr Julien Quinty a une passion pour la télésanté. Il a récemment lancé dans la communauté de pratique un canal de conversation sur ce sujet. Et il y a présenté sa nouvelle création : une station mobile de télésanté (photo).

Le Dr Quinty a fabriqué l’appareil à partir de l’équipement de prise des signes vitaux qu’on roule d’une chambre à l’autre. Il y a ajouté un bras articulé acheté sur Internet, une tablette électronique et le filage pour la charger.

La nouvelle station devient les yeux du médecin. « Une image vaut mille mots, explique son concepteur. Il est préférable de voir une plaie que de se la faire décrire. Un autre avantage de la station mobile : l’infirmière a les mains libres. Elle n’a plus à tenir la tablette tout en défaisant le pansement du patient, par exemple. »

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Pour la Dre Thérèse Nguyen, la station mobile présentée par le Dr Quinty tombait pile. Elle cherchait justement un moyen de faire de la téléconsultation avec les résidents des CHSLD. « Quand je suis en zone rouge et qu’un patient en zone verte a besoin d’une évaluation médicale, c’est compliqué, car je dois passer par une « décontamination ». À l’aide d’une station comme celle du Dr Quinty, je pourrais faire ma tournée médicale dans la zone verte, sans sortir de la zone rouge. C’est une façon de se dédoubler ! De plus, cela permettrait d’utiliser moins d’équipement de protection. »

Pour l’omnipraticienne, les bonnes idées en santé sont faites pour être copiées ou adaptées à la réalité régionale de chacun. Elle fait d’ailleurs des démarches pour doter les CHSLD de son CISSS de stations mobiles.

Une communauté est née

C’est la COVID-19 — encore elle — qui est à l’origine de la communauté de pratique des médecins en CHSLD. Si la pandémie a frappé fort dans les CHSLD au printemps dernier, elle a aussi entraîné une vague d’entraide et de collaboration sans précédent. Les barrières tombaient. Des médecins venaient donner un coup de main dans les CHSLD. L’information circulait.

Par exemple, la Dre Sophie Zhang et la Dre Julia Chabot, gériatre au Centre hospitalier de St. Mary, ont réuni en un seul guide électronique les documents sur la gestion des éclosions de COVID-19 en CHSLD qu’elles avaient conçus avec leur équipe respective. « Nous nous sommes dit qu’il fallait partager notre expérience avec nos collègues de partout au Québec », dit la Dre Zhang, qui a contribué à gérer plus de 1 200 cas de cette maladie.

La crise a aussi donné une voix aux médecins en CHSLD. « Le Dr Quoc Dinh Nguyen nous a consultés plusieurs fois pour avoir notre opinion terrain sur divers dossiers, comme le retour des proches aidants dans les établissements », indique l’omnipraticienne. Gériatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, le Dr Nguyen présidait un groupe d’experts qui conseillait le gouvernement sur les mesures pour les aînés pendant la première vague.

Tout cela devait continuer. « Les canaux de collaboration et de communication étaient ouverts. Il fallait qu’ils le restent, d’autant plus qu’il n’existait pas de regroupement de médecins en CHSLD », indique la Dre Zhang qui pratique aux CHSLD Jean-De La Lande et Paul-Bruchési, ainsi qu’au GMF-U des Faubourgs.

Mission élargie après la pandémie

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La communauté de pratique des médecins en CHSLD a été créée l’été dernier et, dès septembre, elle s’intégrait au Collège québécois des médecins de famille (CQMF). Ses fondateurs ont pris cette décision pour en assurer la pérennité et en accroître l’influence dans le réseau de la santé. « Avec le rayonnement, le financement et l’aide administrative que nous procure le CQMF, nous avons bon espoir que la communauté ne disparaîtra pas après la COVID », affirme la Dre Zhang, qui en est coprésidente avec la Dre Boulanger.

Pour le moment, la nouvelle communauté de pratique se concentre sur la COVID-19. Toutefois, d’autres mandats s’ajouteront lorsque la vie normale reprendra. Par exemple, on discutera d’enjeux cliniques, comme les trajectoires de soins, la déprescription, l’approche palliative, etc. Il sera aussi question de collaboration interdisciplinaire. Le comité directeur souhaite également mettre sur pied une infrastructure de recherche en CHSLD, participer à la réflexion sociale sur les milieux d’hébergement des aînés dans la province et même tisser des liens avec des résidences privées qui offrent des soins.

« Notre objectif principal, c’est d’améliorer les soins aux personnes âgées et la qualité de la pratique médicale en CHSLD, souligne la Dre Sophie Zhang. Notre communauté de pratique contribuera aussi à donner une voix plus forte aux patients, aux travailleurs et aux milieux d’hébergement, jusqu’à maintenant peu représentés dans les instances administratives, professionnelles et gouvernementales. » 

23 novembre 2020

DENIS MÉTHOT – ProfessionSanté – L’actualité médicale

Photo : ProfessionSanté

Après la télémédecine, dont l’usage a explosé cette année au Québec en raison de la pandémie, un autre pas s’apprête à être franchi avec le déploiement à l’échelle provinciale du «conseil numérique». Ce mécanisme permet à un médecin de famille de demander un conseil ou un avis à un spécialiste via une plateforme numérique et d’obtenir une réponse en sept jours ou moins. Étant donné l’attente parfois très longue pour obtenir une consultation dans certaines spécialités, cet outil constituera un raccourci qui devrait bénéficier à des dizaines de milliers de patients.

L’avantage principal du conseil numérique sera d’éviter le transfert inutile de cas simples en spécialité alors qu’ils peuvent être résolus en 10 ou 15 minutes d’échanges entre deux médecins. Lors des trois projets-pilotes menés au Québec, le conseil numérique a permis d’éviter une consultation en spécialité pour 40% des demandes soumises. Grâce aux recommandations obtenues auprès du médecin spécialiste, le médecin de famille a revu son patient et conclu le dossier en quelques jours.

La référence en spécialité a été maintenue dans 28% des cas. Toutefois, grâce au conseil numérique, le rendez-vous avec le médecin spécialiste aura été plus efficace, car après avoir pris connaissance de la demande, ce dernier avait pu demander à l’omnipraticien des examens préalables ou supplémentaires avant de recevoir le patient. Il était donc mieux préparé à faire le suivi.

Des réponses extrêmement rapides

Là où le conseil numérique trouve toute son utilité, c’est pour avoir des réponses extrêmement rapides à des problèmes cliniques qui sont nouveaux pour l’omnipraticien ou pour lesquels il a besoin d’une confirmation de diagnostic, de traitement ou de médication de la part d’un médecin spécialiste. Exemple, un résultat d’examen signale une anomalie que le médecin de famille n’a jamais vue. Plutôt que de référer tout de suite le patient, l’omnipraticien écrit à un collègue participant en spécialité et lui demande conseil.  Il reçoit la réponse en une semaine ou moins.  Avec les précisions qu’il aura reçues, il pourra appeler ou revoir le patient pour compléter lui-même la démarche thérapeutique ou encore engager le processus de transfert.

Déploiement prochain

Ce mécanisme de consultation qui vise à éliminer les très longs et parfois inutiles délais pour être vus en médecine spécialisée a été mis au point il y a 10 ans en Ontario par deux femmes médecins, l’omnipraticienne Clare Liddy et l’endocrinologue Erin Keely qui étaient révoltées par les incroyables échéances pour être vu en spécialité. La formule a été reprise au Québec à l’initiative du Collège québécois des médecins de famille (CQMF) en 2014, à l’époque où la Dre Maxine Dumas-Pilon en était la présidente. Elle a fait l’objet de projets-pilotes dans l’Outaouais à compter de 2017, puis en Abitibi-Témiscamingue et en Mauricie-Centre-du-Québec à partir de 2018.  Lors de cette période d’essai et de rodage, 263 médecins de famille et 62 médecins spécialistes de 28 disciplines différentes se sont inscrits à «eConsult», et 4 771 consultations ont été réalisées.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux s’était vite impliqué dans l’initiative du CQMF. C’est lui aujourd’hui qui en est le maître-d’œuvre et s’apprête à lancer ce service à travers la province sous le nom français de «conseil numérique». Presque tous les éléments sont déjà en place. La plateforme web est prête et opérationnelle. Un accord sur la rémunération rattachée à cet acte pour les médecins de famille a été conclu le 16 novembre.  En date du 19 novembre, il restait à finaliser une pareille entente avec la FMSQ et à compléter le recrutement de médecins spécialistes motivés à offrir ce nouveau service.

On avance que Québec pourrait lancer le conseil numérique au mois de janvier 2021. Le plan de match du Ministère n’est pas connu. La Dre Dumas-Pilon s’attend à un déploiement progressif, d’abord avec un certain nombre de spécialités et de médecins, et à ce que l’adhésion croisse avec la demande.

Pour toutes les spécialités

Dans les régions du Québec où se sont déroulés les projets pilotes de «eConsult», les spécialités qui étaient les plus sollicitées par les médecins de famille étaient la dermatologie, la médecine interne, l’endocrinologie, la neurologie, la gynécologie et la psychiatrie. Selon la Dre Dumas-Pilon, qui agit aujourd’hui comme consultante pour le Ministère dans ce dossier, l’ensemble des spécialités se prêtent au conseil numérique. Après la télémédecine, elle y voit une nouvelle façon innovante d’offrir des soins à la population.

Aucun médecin ne sera toutefois obligé d’y adhérer et nul besoin non plus que tous les médecins spécialistes embarquent. Quelques individus motivés peuvent faire le travail dans une région. En Outaouais, deux dermatologues avaient été participantes et une endocrinologue a couvert trois régions.

Fonctionnement du conseil numérique

De préciser la Dre Dumas-Pilon, le conseil numérique ne deviendra pas un outil de triage du CRDS, mais dans la démarche, il précède le CRDS.  La procédure est simple. Le médecin de famille entre en contact avec le spécialiste via une plateforme web sécurisée qui permet des communications asynchrones. Il choisit la spécialité, entre le nom et l’âge du patient et pose sa question clinique. Il peut ajouter des documents, comme des photos. Le spécialiste aura sept jours pour répondre à sa demande initiale, mais lors des projets pilotes, le délai moyen de retour était de quatre jours. Le médecin de famille peut demander des précisions additionnelles. L’échange se poursuit tant que l’omnipraticien n’aura pas eu les réponses qu’il voulait. Lors des projets pilotes au Québec, le conseil numérique était accessible via un ordinateur, une tablette ou un téléphone intelligent.

Remplir une demande peut prendre à un médecin de famille de 5 à 15 minutes selon les cas, voire jusqu’à 30 minutes et plus en psychiatrie. «Il y a une charge de travail, mais il y a des économies de temps pour le médecin, et le patient ne vient pas te revoir plusieurs fois dans la même année avec le même problème parce que tu es toujours en attente de la réponse du spécialiste», souligne la Dre Dumas-Pilon.

Le volume de demandes qu’expédient les médecins de famille n’est pas affolant.  La Dre Annabelle Lévesque-Chouinard, qui a été la première médecin de famille à y recourir au Québec, l’utilise en moyenne une fois par semaine. Le Dr Éric Himaya, un gynécologue de l’Outaouais qui participe au conseil numérique depuis 2017, dit recevoir une à deux demandes hebdomadaires.  Il répond souvent au moyen de son téléphone cellulaire entre deux occupations et estime que chaque réponse lui prend environ 10 minutes car il donne beaucoup d’informations. Sinon, elle pourrait être plus rapide.

Les avantages du conseil numérique

En bout de ligne, le grand gagnant du conseil numérique sera le patient, car grâce à son médecin de famille, il aura obtenu l’avis d’un médecin spécialiste en sept jours ou moins plutôt qu’en quelques mois et son problème sera peut-être réglé rapidement par son omnipraticien, ce qui va réduire son taux d’anxiété et éviter une détérioration possible de son état.

Le médecin de famille y trouve aussi son compte, car en plus d’offrir un meilleur service à son patient, il en tire un enseignement professionnel important. De son côté, le médecin spécialiste participant aura la satisfaction de penser qu’il fait de la bonne médecine et qu’un patient n’aura pas eu à attendre des mois, voire des années, pour obtenir ses conseils. Finalement, tout le système de santé et la société y gagnent, croit la Dre Dumas-Pilon.

L’avènement du conseil numérique va-t-il affecter le recours au CRDS? «Il faudra que les médecins recourent au conseil numérique pour qu’il ait un impact, estime l’ancienne présidente du CQMF. Le défi à relever, c’est de le faire connaître auprès des omnipraticiens qui l’utilisent, de bien attacher l’offre de médecins spécialistes de l’autre côté et qu’ils veuillent bien répondre aux demandes qui leur seront adressées.»

4 novembre 2020

CHRISTIAN LEDUC – ProfessionSanté – L’actualité médicale

Photo : ProfessionSanté

Une nouvelle communauté de pratique pour les médecins exerçant en centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) vient officiellement d’être lancée.

«Nous avons pensé mettre sur pied cette communauté de pratique, car il n’y a aucune association pour les médecins qui exercent en CHSLD», explique la Dre Sophie Zhang, l’une des coprésidentes de son comité directeur.

La Communauté de pratique de médecins en CHSLD (CPMC), dont le site web www.cpmchsld.ca est accessible depuis l’été dernier, compte déjà plus de 300 membres. Pour le moment, seuls les médecins peuvent être admis.

La Dre Sophie Zhang précise que tous les médecins qui s’intéressent à la pratique dans ce type de milieu sont les bienvenus à s’y inscrire et pas seulement ceux qui y travaillent.

Selon elle, le projet s’est davantage concrétisé au printemps durant la première vague de la COVID-19, alors que les CHSLD ont été particulièrement touchés.

D’ailleurs, les échanges au sein de la communauté portent présentement sur les meilleures pratiques à adopter contre la COVID-19 en CHSLD. Des outils afin de lutter plus efficacement contre une éclosion peuvent notamment être téléchargés sur le site.

Un premier webinaire intitulé « Leçons de la pandémie, pour naviguer vers l’avenir des services et des soins aux personnes âgées » s’est déroulé le 16 octobre dernier sur le site web. Cet atelier a été présenté par le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre-interniste, auparavant à la tête du groupe d’experts des milieux de vie pour aînés et membre fondateur de la CPMC.

Une fois que la pandémie entrera dans une phase moins critique, d’autres sujets pourront être abordés, tels que l’informatisation des CHSLD ou l’interdisciplinarité au sein de ce milieu de pratique, illustre la Dre Zhang.

En septembre 2020, la communauté de pratique a intégré les rangs du Collège québécois des médecins de famille (CQMF).

29 octobre 2020

par Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF  ProfessionSanté – L’actualité médicale

Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

Le sujet est sur toutes les tribunes actuellement. Il y a quelques mois déjà, je souhaitais écrire sur le racisme dans la foulée des événements qui se déroulaient chez nos voisins du Sud, après la mort de Georges Floyd. Le CQMF et son groupe de travail sur les causes sociales et environnementales se préoccupent des iniquités qui touchent nos collectivités et des enjeux qui affectent la santé et le bien-être. Comme médecin et autres professionnels-elles de la santé, nous sommes souvent les premiers témoins de ces impacts sur les individus et avons la possibilité de parler et dénoncer ce que nous constatons. À l’égard du racisme systémique dont notre système de santé n’est malheureusement pas exempt, un changement s’impose et nous pouvons être toutes et tous des acteurs de changement.

En mai dernier et dans les semaines suivant la mort de George Floyd, nous étions témoins des émeutes meurtrières aux États-Unis. Les démonstrations de mépris de la vie humaine de couleur noire ont abondé dans les médias et ont fait ressortir de nombreuses histoires similaires de violence policière et de système judiciaire gangrené. La suite donne froid dans le dos : polarisation des militantes et militants, encouragements à la violence pour contenir les émeutes, montée des groupes d’extrême droite et néonazis. L’élection présidentielle du 3 novembre prochain laisse entrevoir des difficultés à réconcilier ces vives tensions.

Chez nous?

Chez nous, on se sent plus ou moins impliqués, ça n’arrive pas ici! Mais voilà. La tragique vidéo de Joyce Echaquan et sa mort dans des circonstances nébuleuses, dans les heures qui ont suivi cette brutalité dans les soins, nous donne un tout autre écho. C’est bien arrivé chez nous et ce n’est pas un événement isolé. La Commission Viens avait entendu, de 2017 à 2019, des centaines de témoignages d’Autochtones décriant les traitements reçus par les autorités policières, le système judiciaire, les services de santé, la protection de la jeunesse.

Comme le décrit le commissaire Jacques Viens dans son rapport : « La discrimination systémique a pour caractéristique d’être largement répandue, voire institutionnalisée dans les pratiques, les politiques et les cultures ayant cours dans une société. La discrimination systémique peut entraver le parcours d’un individu tout au long de sa vie et même avoir des effets négatifs sur plusieurs générations. »

Ce même constat s’est dégagé de la consultation citoyenne tenue à Montréal, de 2018 à 2020, dont le rapport Racisme et discrimination systémiques dans les compétences de la Ville de Montréal a été déposé en juin dernier. Le profilage racial existe bel et bien et les citoyens issus des minorités visibles sont plus à risque d’avoir des démêlés avec la justice. Sans prétendre avoir lu le rapport au complet, j’aime bien la piste de solution proposée : « Finalement, (la Ville) doit s’attaquer aux inégalités sociales afin de réduire les écarts, car le racisme et la discrimination systémiques s’entrecroisent souvent avec d’autres facteurs comme la pauvreté, le manque de services municipaux ou la précarité de statut, des situations qui fragilisent encore plus le tissu social. »

Mais par où commencer pour remédier à la situation? L’exemple de l’Université Laval est intéressant. Créé en 2015, le Vice-décanat à la responsabilité sociale a, entre autres, pour mission de soutenir l’inclusion et la diversité au sein de l’ensemble de notre communauté. La Faculté de médecine soutient que « en raison de notre engagement envers la responsabilité sociale, il est important que tous les membres de notre communauté soient conscients des conséquences négatives du racisme systémique, tant sur la formation des futurs professionnels et futures professionnelles de la santé que sur la qualité des soins et services rendus à la population. »

Pourtant, même en étant conscients, il y a certains biais qui font malgré tout partie de notre schème de pensée, comme en témoigne ma collègue, la Dre Pascale Breault, médecin de famille au GMF-U de Saint-Charles-Borromée, à Joliette, et médecin dans la communauté atikamekw de Manawan. Le Dr Mathieu Pelletier souligne, pour sa part, que les soins autochtones doivent être avant tout une attention portée à la sécurité culturelle. On parle ici davantage d’une acquisition de compétence que de connaissances.

Pour le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC), c’est également une préoccupation, depuis plusieurs années, d’offrir des soins de qualité et « culturellement sécuritaires » aux peuples autochtones. Le Groupe de travail sur la santé autochtone (GTSA), mis sur pied en 2011, a pour mandat d’aider le CMFC à aborder la question du racisme systémique et du colonialisme dans nos normes de formation et nos pratiques. Il a aussi le mandat de travailler à nouer des liens de confiance entre les médecins de famille autochtones, leurs communautés et le Collège.

Urgence d’agir

Aujourd’hui, il y a urgence d’agir. Des mesures concrètes et à court terme doivent être prises pour rendre les soins et services de santé plus respectueux des personnes, quelle que soit leur origine. Le 16 octobre dernier, en mode virtuel, le gouvernement fédéral réunissait d’urgence plus de 350 personnes en vue de proposer, d’ici janvier 2021, un plan d’action visant à enrayer le racisme systémique dans le système de santé. Il importera de travailler avec les Premières Nations pour s’assurer que les Autochtones se sentent en sécurité dans les milieux de soins. Et, pour mettre pleinement en œuvre les recommandations du rapport de la Commission Viens, Québec devra aussi travailler avec les Premières Nations.

Je pense que globalement, comme professionnels-elles de la santé, nous devons toujours garder une grande humanité, de l’humilité et une ouverture à l’autre pour bien comprendre l’histoire de chacune et chacun de nos patients et les aider réellement; ceci s’applique autant aux Autochtones qu’à toutes les clientèles marginalisées. J’ai l’impression que parfois notre sentiment d’impuissance peut nous amener à juger et à nous détacher émotionnellement pour ne pas porter seul-e cette charge trop lourde. Diverses pistes de solutions sont à méditer : comprendre le portrait global et historique; travailler en équipe pour offrir les meilleurs soins; et accepter que cela prendra du temps!

J’aimerais entendre vos histoires, témoignages et idées pour rendre nos soins justes et sécuritaires pour toutes et tous. Je vous invite aussi à visiter notre site Web! Nous diffuserons sous peu des suggestions de lectures, de films et autres ressources pour réfléchir à ces enjeux.

5 septembre 2020

ISABELLE LÉGARÉ – Le Nouvelliste

DR SAMUEL BLAIN
Photo : François Gervais

CHRONIQUE / Un jeune homme entre dans la petite pièce faisant office de cabinet de médecin. Une jambe dans le plâtre, il se déplace à l’aide de béquilles. Une fracture du talon en s’amusant à sauter dans des marches en béton…

«Le reste, la santé mentale, ça va? L’anxiété, pas si pire?»

Le gars se redresse sur sa chaise, à l’aise avec cette question du docteur Samuel Blain qui lui parle sur un ton amical, sincèrement intéressé par sa réponse.

Oui, il va «quand même» bien, mais ne se sent pas apte à travailler. Peut-être plus tard.

«Je n’ai pas la même énergie qu’une personne normale. Je suis comme plus gêné, on dirait…»

Il lui arrive encore d’entendre des voix, mais ne consomme plus ni drogue ni alcool. Des ajustements doivent être apportés à sa médication. Prochaine étape: se trouver un appartement. Ses parents devraient lui donner un coup de main.

«Wow! Tu es chanceux qu’ils soient proches de toi comme ça! C’est très aidant!», réagit avec enthousiasme le médecin qui venait de l’encourager à intégrer, une fois sur ses deux pieds, un plateau de travail. Cet endroit lui permettrait d’acquérir de nouvelles expériences en tenant compte de sa condition mentale.

Difficile de dire si le jeune homme entend suivre son conseil, mais le bon docteur a visiblement semé un début de réflexion en lui.

Samuel Blain porte la barbe, une paire de jeans, des chaussures de randonnée et une chemise en lin de style indien. Oubliez le sarrau blanc.

Le stéthoscope n’est pas accroché à son cou. L’instrument est momentanément disparu sous un dossier qu’il a cessé de remplir le temps d’accorder toute son attention à l’éclopé somme toute de belle humeur.

Je suis assise discrètement dans le coin du bureau, à côté de l’infirmière qui établit le premier contact entre le médecin et les personnes venues le consulter. Le bras tatoué et les cheveux colorés, la sympathique Roxanne prend des notes, apporte une précision, partage son avis et n’hésite pas à faire preuve d’humour si besoin il y a, pour détendre l’atmosphère.

Elle connaît son monde. Le genre à offrir une poutine pour amadouer celui ou celle qui est en proie à des hallucinations provoquées par sa dépendance aux amphétamines.

Nous sommes au Centre Le Havre, à Trois-Rivières, qui accueille des hommes et des femmes en situation d’exclusion sociale et d’itinérance. Sauf exception, ces personnes marginalisées n’iront pas chercher les soins nécessaires dans un CLSC, au sein d’une clinique médicale ou à l’hôpital.

Le docteur Blain s’est donné pour mission d’aller vers eux.

Il veut contrer l’indifférence envers ces gens aux prises avec des problématiques multiples et complexes (problèmes de santé mentale, toxicomanie, troubles de la personnalité, etc.) Le médecin profite également de toutes les tribunes qui s’offrent à lui pour vanter les bienfaits des soins de proximité.

Il travaille étroitement avec la collaboration d’organismes qui œuvrent auprès de cette population difficile à rejoindre, mais dont la quête de l’équilibre entre la santé physique, psychologique et sociale est tout aussi essentielle.

L’homme de 41 ans prône la santé globale pour soi et pour les autres, en incluant les plus vulnérables d’entre nous. Il donne l’exemple en communiquant avec eux d’égal à égal. C’est une conversation sans jugement, qui va au-delà du talon fracturé.

Son approche fait école.

Le Collège québécois des médecins de famille lui a récemment décerné un prix d’excellence 2020 pour sa contribution à la vie communautaire.

Médecin de famille dans une clinique de Shawinigan où le tiers de ses quelque 1000 patients sont des enfants, Samuel Blain a un curriculum vitae bien garni. Il a une dizaine de titres dont celui de chef de service de médecine générale, volet dépendance et inclusion sociale, au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Il a été travailleur de rue avant de se tourner vers la médecine.

«J’ai un parcours assez atypique», souligne d’emblée celui qui, dans sa jeune vingtaine, a beaucoup voyagé. Seul, sur le pouce et avec son sac à dos, il s’est rendu jusque sur les chemins de Compostelle.

«J’ai adopté la vie», raconte Samuel Blain qui, au terme de 1500 kilomètres à pied, a su que la nature humaine allait être au cœur de ses actions.

«Je voulais faire de la médecine sociale, plus engagée. C’est d’ailleurs le titre d’un cours dont je suis responsable à l’Université de Montréal.

«Rien n’est possible sans le lien de confiance», soutient le docteur Blain en insistant sur la nécessité de faciliter l’accueil des exclus dans le réseau de la santé.

Ils n’iront pas consulter, sauf en situation de crise. Et encore… Ils se méfient souvent du système.

«Quand on voit quelqu’un dans la rue, c’est la pointe de l’iceberg.»

Samuel Blain donne l’exemple de celui qui risque de se voir refuser l’accès à un rendez-vous médical après 30 minutes de retard.

Le médecin ne cherche pas à l’excuser, mais il rappelle ceci: «Ce n’est pas toujours évident de trouver un local dans une tour de Babel quand tu ne sais pas lire ou que tu dois consommer aux deux heures. C’est sûr que tu ne t’y rends pas…»

Entouré d’une équipe d’intervenants, le docteur Blain offre des soins auprès d’une clientèle qui, peu à peu, accepte de raconter son histoire et d’être accompagnée vers les ressources pouvant l’aider.

«On discute ensemble pour faire une meilleure lecture de la situation.»

Avec ouverture d’esprit, en s’intéressant vraiment à lui ou à elle, en recréant des liens.

Au final, c’est le gars ou la fille en face du médecin qui se mobilise pour sa propre santé.

Comme ce jeune homme en béquilles qui est reparti en sachant qu’on a pris le temps de s’asseoir avec lui. Pour lui.

3 août 2020

CLAUDINE HÉBERT – Le Médecin du Québec

DR PIERRE-PAUL TELLIER
Photo : Heidi Hollinger

Depuis plus de quarante ans, le Dr Pierre-Paul Tellier consacre sa pratique médicale à la vie communautaire des arrondissements Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-Neiges, particulièrement pour aider les enfants et adolescents à risque. Un parcours qui lui a valu le prix du Médecin de famille de l’année 2020 décerné, en juin dernier, par le Collège québécois des médecins de famille.

« Et dire que je suis devenu omnipraticien parce que je souhaitais quitter le plus rapidement possible le milieu universitaire. Je détestais cet environnement de compétition et de performance à tout prix », avoue d’emblée ce diplômé de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Un choix de carrière, précise-t-il, qu’il n’a ensuite jamais regretté.

Dès ses premières heures en résidence de médecine familiale à l’Hôpital pour enfants de Montréal, le Dr Tellier a découvert qu’il était au bon endroit. « Je pouvais enfin prodiguer la même médecine que celle de mon idole de jeunesse, le Dr Marcus Welby. J’étais un grand admirateur de ce personnage de série télévisée américaine. C’était un homme aimable qui soignait les gens, peu importe leur âge et qui ils étaient. C’était le médecin que je voulais devenir… et que je suis devenu », raconte le clinicien qui a grandi dans la ville ontarienne de Pembroke, à 140 km à l’ouest d’Ottawa.

Une fois sa résidence terminée, le Dr Tellier est allé suivre une formation complémentaire (fellowship) en santé des adolescents au Bellevue Hospital, à New York. Pendant deux ans, il a perfectionné sa pratique en compagnie de la Dre Adèle Hoffman, l’une des fondatrices de la discipline aux États-Unis.

À son retour à Montréal, à la fin des années 1970, le Dr Tellier a décroché le poste de directeur du service de santé pour étudiants de l’Université McGill, poste qu’il a occupé pendant près de 35 ans, soit jusqu’en 2015. C’est d’ailleurs dans le cadre de cet emploi que le Dr Tellier a été surnommé « Dr T » par les étudiants.

Le nom du Dr Pierre-Paul Tellier a aussi été étroitement associé pendant plus de 37 ans à l’organisme communautaire À deux mains/Head & Hands, dans l’arrondissement Notre-Dame-de-Grâce. Née en 1970, cette organisation vient en aide aux jeunes de 12 à 25 ans.

J’étais un grand admirateur du personnage du Dr Marcus Welby. C’était un homme aimable qui soignait les gens, peu importe leur âge et qui ils étaient. C’était le médecin que je voulais devenir… et que je suis devenu.

Enfin, même à l’aube de ses 70 ans, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour le Dr Tellier qui continue de pratiquer au CLSC Côte-des-Neiges et à la Clinique Medic Elle. « Depuis ma toute première journée de pratique, dit-il, j’ai toujours été fasciné par cette médecine de première ligne qui permet de suivre nos patients sur plusieurs années. Actuellement, j’ai le privilège de soigner les petits-enfants de mes premiers patients du temps de mes deux années de résidence. »

Le Dr Tellier demeure également actif sur le campus de McGill. À titre de professeur agrégé, il enseigne à des étudiants en médecine et en sciences infirmières. Ses champs d’expertise concernent notamment la santé sexuelle, la violence conjugale ainsi que la traite de personnes. Faisant de la recherche au sein du programme de résidence en médecine de famille, le Dr Tellier a d’ailleurs plusieurs projets en tête. Le dernier en lice : venir en aide aux jeunes transgenres issus de l’immigration.

15 juin 2020

TEXTE COLLECTIF – IDÉES – Le Devoir

Photo: Kimberly P. Mitchell Detroit Free Press via Associated Press

Parmi les mesures mises en place par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec pour faire face à la COVID-19, de nombreuses activités cliniques ont été délestées. Parmi elles, les mammographies prévues dans le cadre du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Dans une récente sortie à la une du Devoir ainsi qu’à la radio de Radio-Canada, le Dr Sarkis H. Meterissian, coprésident du comité consultatif de la Fondation du cancer du sein du Québec, s’inquiétait du fait que, depuis huit semaines, aucune mammographie de dépistage n’avait été réalisée, laissant présager un « tsunami » de patientes à traiter lorsque les activités reprendront. Or, cette crainte repose sur une surestimation des bénéfices associés au dépistage. La valeur qu’on lui attribue occulte ses effets délétères, qui sont pourtant bien réels.

Il faut distinguer les mammographies à visée diagnostique des mammographies dites de dépistage. Dans le premier cas, la patiente présente un symptôme laissant suspecter une pathologie sous-jacente : une masse, un écoulement ou tout autre changement à un sein. Dans ce cas, il faut établir la nature de l’anomalie de la patiente afin qu’elle puisse bénéficier des traitements appropriés dans les meilleurs délais. De même, les patientes qui ont déjà reçu un diagnostic et des traitements pour un cancer du sein doivent faire l’objet d’un suivi tel qu’il a été déterminé par leur médecin. Il n’est pas question de remettre en cause la pertinence ou la nécessité de la mammographie pour ces patientes, au contraire.

Lorsqu’on parle de dépistage, on a affaire à une clientèle qui ne présente aucun symptôme. La prémisse du dépistage du cancer en général, et du PQDCS en particulier, est que si on trouve le cancer plus tôt, avant qu’il soit perceptible ou cause des symptômes, on pourra ainsi mieux traiter et guérir plus de patientes. S’il est vrai que les mammographies réalisées dans le cadre du PQDCS permettent de trouver et traiter de nombreux cas de cancers du sein, l’effet sur la mortalité par cancer du sein n’est vraisemblablement pas aussi important qu’on pourrait penser. Selon les chiffres publiés par le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP), il faut dépister 1333 femmes âgées entre 50 et 59 ans (ou 1087 femmes âgées de 60 à 69 ans) par mammographie tous les deux ans pendant au moins 7 ans pour éviter un décès par rapport à des femmes qui n’auraient pas participé au dépistage. Or, pour chaque décès (par cancer du sein) évité grâce au dépistage, 3 à 4 femmes sont « surdiagnostiquées » avec ce cancer, c’est-à-dire qu’elles subiraient des traitements inutiles pour un cancer qui, en l’absence de sa découverte dans le cadre du dépistage, ne leur aurait jamais causé problème. C’est ce qu’on appelle le surdiagnostic. La difficulté est qu’une fois le diagnostic posé, il est impossible de dire à la patiente si elle a un cancer qui relève de la première ou de la seconde catégorie. Pour elle, par contre, le poids du diagnostic et ses implications sont tout aussi graves. Il faut aussi considérer que, durant la même période de dépistage, entre 250 à 300 femmes auront reçu un résultat faussement positif qui leur vaudra de subir l’anxiété d’investigations supplémentaires et potentiellement une cascade diagnostique qui les exposera à des biopsies voire à des chirurgies.

Premièrement, ne pas nuire

L’exemple du cancer du sein nous renvoie à la question, très concrète, du bénéfice et des risques d’exposer un patient ou une patiente à un test. Faire un ou des tests peut sembler une bonne idée, mais faut-il encore qu’ils apportent quelque chose de significatif. Dans les dernières décennies, le nombre de recommandations et de tests suggérés, notamment chez des patients par ailleurs bien portants et ne présentant pas de symptômes d’appel d’une pathologie particulière a explosé, exposant ces derniers aux risques de la surmédicalisation, de la surinvestigation et du surdiagnostic.

Il est encore trop tôt pour tracer un portrait de l’impact du délestage des activités cliniques. Il n’est cependant pas incongru de penser que certains patients pourraient, ultimement, avoir été « sauvés » par la COVID-19, une situation qui n’est pas sans rappeler une célèbre publication dans le JAMA Internal Medicine qui démontrait que les patients hospitalisés en cardiologie mouraient paradoxalement moins durant les grands congrès nationaux de la spécialité, alors que les hôpitaux étaient désertés par les spécialistes de la discipline. Est-ce à dire que les médecins nuisent à leurs patients ? Non. Mais nous avons le potentiel de le faire en les exposant à des interventions et à des investigations dont le risque n’est pas corrélé par les bénéfices qu’ils peuvent espérer ou sans leur expliquer l’équilibre entre les bénéfices et les risques, comme dans le cas du dépistage du cancer du sein.

Alors qu’on organise actuellement la reprise des activités cliniques, une tâche qui s’annonce colossale et qui en elle-même génère beaucoup d’inquiétudes, particulièrement chez les patients qui attendaient des investigations et des traitements avant la pause forcée des dernières semaines, nous sommes d’avis que la reprise des activités de dépistage dans la population générale, en cancer du sein notamment, ne doit pas être une priorité. Le contexte actuel doit servir à remettre en question plus largement nos choix dans l’offre de services cliniques de manière à prioriser les interventions qui ont démontré une efficacité et des bénéfices concrets pour les patients et patientes.

Signataires :

Membres du groupe de travail sur les meilleures pratiques et formateurs de la formation de développement professionnel continu « Pour une pratique éclairée, une utilisation judicieuse des examens et des traitements », Collège québécois des médecins de famille.

Pascale Breault, M.D., CCMF, GMF-U Nord de Lanaudière, chargée d’enseignement clinique, Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Guylène Thériault, M.D., CCMF, GMF d’Aylmer, membre du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs.

René Wittmer, M.D., CCMF, GMF-U des Faubourgs, professeur adjoint de clinique, Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal.

Samuel Boudreault, M.D., M.Sc., CCMF, GMF-U Nord de Lanaudière, professeur agrégé de clinique, Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF, présidente du Collège québécois des médecins de famille, professeure d’enseignement clinique au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Hélène Landry, M.D., CCMF (MU), directrice médicale GMF-U Laurier, professeure d’enseignement clinique au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval.

Geneviève Bois, M.D., CCMF, médecin de famille CMC Whapmagoostui, chargée de clinique au Département de médecine familiale, Université McGill.

13 février 2020

par Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF ProfessionSanté – L’actualité médicale

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de participer aux entrevues de résidence en médecine de famille. J’y ai rencontré de jeunes médecins intéressés, équilibrés, qui ont déjà un bagage de vie et un aperçu de la pratique médicale à travers leurs yeux d’externes dans nos hôpitaux… J’ai senti chez eux un désir de s’investir dans la relation de continuité, qui unit le médecin de famille à ses patients, relation qui est au cœur de notre belle profession.

Qu’est-ce qui fait que cet enthousiasme se transforme parfois en détresse chez les résidents et les médecins en exercice? Qu’est-ce qui explique l’explosion des problèmes de santé mentale dans toute notre société? Dans ma patientèle, je vois tellement de parents épuisés, d’enfants avec un TDAH ou un trouble de comportement, avec bien souvent l’anxiété comme trame de fond… Et si tout venait de notre mode de vie effréné?

Prendre du temps

J’ai lu récemment le livre Éloge de la lenteur de Carl Honoré, qui m’a fait réaliser notre rapport au temps dans cette recherche toujours plus grande d’efficacité. Il y a un « tempo giusto », un temps juste pour chaque chose ‒ alors que certaines situations exigent évidemment de la rapidité (on se verrait mal prendre son temps en réanimation!) ‒, le débit accéléré ne peut être maintenu continuellement au risque de s’épuiser. On dit souvent en médecine de famille que le temps est notre meilleur allié pour comprendre une pathologie.

J’ai aussi entendu parler dernièrement du concept de « Nature deficit disorder », ou comment le fait d’être coupé de la nature engendre de multiples pathologies chez les humains, de l’anxiété à l’hypertension et aux maladies cardiovasculaires. Le concept de prescription de nature a été implanté chez nos voisins américains (Parc Rx America), imités par nos collègues de la Colombie-Britannique (Healthy By Nature). Mais le concept est largement répandu au Japon ‒ les médecins prescrivent depuis les années 1980 le Shinrin-yoku, bain de forêt thérapeutique aux multiples vertus pour le corps et l’esprit!

Le fait d’avoir plus d’arbres en milieu urbain contribue grandement à réduire la pollution et les maladies pulmonaires et cardiovasculaires. Le Dr Pierre Gosselin a récemment fait circuler une lettre pour demander au gouvernement un engagement en matière de verdissement urbain. Le Dr François Reeves, cardiologue au CHUM, milite également pour cette cause et a écrit plusieurs livres à ce sujet.

Ainsi, je pense que l’un des principaux remèdes à s’accorder et à recommander à nos patients est de prendre le temps de ralentir et d’être pleinement avec nos proches, de profiter de chaque moment avec eux; nos enfants, nos amis… et nos patients. Et de faire du sport, dans la nature si possible!

Réseauter, ça fait du bien

L’autre aspect qui fait du bien, cette fois au niveau professionnel, c’est de se concentrer sur les choses constructives; faire de petits changements localement qui peuvent amener beaucoup de positif. Et, réseauter avec des gens inspirants!

Le groupe de travail sur l’innovation en médecine de famille, découlant des Symposiums sur les innovations du CQMF, travaille de concert avec l’INESSS pour voir à soutenir les innovations les plus porteuses. Entre autres bijoux présentés lors de cette deuxième édition de mai 2019 : le site web Question pour un pharmacien. Il s’agit d’une plateforme en ligne lancée en 2016 par Alexandre Chagnon, pharmacien à Granby et au CIUSSS de l’Estrie. Belle ressource pour nos patients, elle permet de réduire les consultations à l’urgence pour des problèmes fréquents et offre des réponses beaucoup plus adéquates que « Dr Google »! La plateforme informatique PrescripTIon (PrescribeIT en anglais) est également l’une des innovations présentées en mai dernier. Cette dernière favorise des communications simplifiées bidirectionnelles entre médecins et pharmaciens, directement via le dossier électronique.

Le soutien entre collègues, que ce soit en début de pratique ou lors de transitions, est également un élément de notre bien-être comme soignant. L’accompagnement offert par le programme de mentorat du CQMF peut ainsi aider nos membres à s’épanouir personnellement et professionnellement. Aussi, bien s’organiser en début de pratique est le thème de l’événement CQMF du 12 juin 2020 : l’objectif de la journée est d’offrir un soutien pour naviguer avec assurance entre les aspects administratifs, interprofessionnels, éthiques, médicolégaux, de gestion du temps et du personnel, qui pimentent parfois un peu trop le quotidien! Les inscriptions sont maintenant ouvertes, ne tardez pas, les places sont limitées!

Et vous, qu’est-ce qui vous fait du bien? Qu’est-ce qui vous ressource, vous permet de garder l’équilibre et le sourire au fil de vos semaines chargées?

Je suis membre parce que ...

 Je reçois le soutien nécessaire pour devenir un meilleur médecin, jour après jour 

Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

 Les membres de cette grande famille me ressourcent et m’inspirent! 

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

 Le CQMF me permet de développer un soutien concret aux jeunes médecins du Québec 

Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

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