22 avril 2021

ANOUK LEBEL ‒ ProfessionSantéL’actualité médicale

Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF

La campagne Choisir avec soin a finalement survécu à la dissolution de l’Association médicale du Québec (AMQ). Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) a repris le flambeau du volet québécois de cette campagne pancanadienne de lutte au surtraitement et au surdiagnostic, toujours privée de financement de Québec.

Le CQMF participait déjà à la réflexion sur la pertinence des soins et le surdiagnostic depuis plusieurs années avant de devenir le partenaire officiel de Choosing Wisely Canada au Québec, à l’été 2020, explique en entrevue la Dre Caroline Laberge, présidente du CQMF.

Depuis, un comité directeur a été formé pour poursuivre les démarches visant à réduire les traitements et examens inutiles en santé au Québec.

Le comité présidé par le Dr René Wittmer est formé par des médecins de famille de plusieurs régions du Québec, mais aussi de médecins spécialistes, notamment en cardiologie et en médecine interne. La pharmacienne Camille Gagnon, directrice adjointe du Réseau canadien pour la déprescription, en fait également partie.

« Un de nos défis, c’est de s’assurer que ce ne soit pas uniquement une campagne de médecins de famille. Les médecins spécialistes doivent aussi participer », souligne la Dre Laberge.

Le CQMF dispose toujours du don de 1,2M$ de l’AMQ pour poursuivre les activités de Choisir avec soin au Québec. Or, le gouvernement provincial ne contribue toujours pas financièrement. Ailleurs au Canada, Choosing Wisely est soutenu à parts égales par le gouvernement fédéral et les provinces.

Au-delà de la rémunération

La campagne Choisir avec soin est complètement distincte de l’exercice mené par l’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM).

L’IPAM, créé dans la foulée de l’entente entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et du gouvernement du Québec en 2019, est engagé dans la pertinence dans le but d’économiser 240 millions de dollars en trois ans en actes médicaux superflus.

Choisir avec soin vise plutôt à mieux outiller les médecins, étudiants et résidents à lutter contre le surtraitement et le surdiagnostic dans leur pratique ou leur future pratique.

« Ce n’est pas une question de sauver des sous, c’est une question de prodiguer les bons soins à la bonne personne au bon moment et d’utiliser judicieusement les ressources de notre système de santé », insiste la Dre Laberge.

Différents milieux cliniques mènent déjà des initiatives terrain pour améliorer la façon de prodiguer les soins. Depuis le lancement la campagne pancanadienne en 2014, 400 recommandations concernant différentes spécialités ont été publiées. Il faut voir comment elles peuvent être mises en application au Québec.

Des traitements nocifs

Environ 30% des traitements et examens médicaux au Canada sont potentiellement inutiles. Des gestes qui occasionnent des pertes financières dans le réseau, mais surtout, qui peuvent s’avérer carrément nuisibles pour la santé des patients. « Les gens ne se rendent pas compte à quel point un examen inutile peut être nocif », tient à souligner la Dre Laberge.

Un examen inutile peut facilement donner lieu à toute une batterie de tests, qui font plus de mal que de bien à des patients en bonne santé et à leur famille.

« Ça peut mener à des trouvailles fortuites, comme des hernies discales chez de jeunes patients dans la trentaine. Ils peuvent s’inquiéter inutilement et se mettre à moins faire de sport. Finalement, ça les déconditionne. Ils deviennent en moins bonne santé », illustre-t-elle.