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PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

(Montréal) « Choisir avec soin » est un mouvement qui se déploie au sein de la communauté médicale pour s’attaquer à la surmédication et à la prescription d’examens médicaux inutiles ou à faible valeur ajoutée pour les patients. S’il vise d’abord leur bien-être, il a été plus récemment mis de l’avant aussi en tant que « geste pour l’environnement ».

Publié le 10 juillet 2021

PAR STÉPHANIE MARIN ‒ LA PRESSE CANADIENNE

Des professionnels de la santé se questionnent de plus en plus sur l’impact de leur travail sur l’environnement.

C’est notamment le cas des membres de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) qui a récemment tenu pendant cinq jours le Colloque international francophone Climat et Santé, organisé avec l’organisme Médecins francophones du Canada, l’Université de Montréal (département de médecine familiale) et Synergie Santé Environnement.

Le sujet de la « décroissance » y a fait l’objet de plusieurs conférences, notamment en ce qui concerne ses applications concrètes dans le réseau de la santé.

La Dre Caroline Laberge a discuté à cette occasion du concept de « choisir avec soin » : elle s’y était déjà intéressée pour le bien-être de ses patients, mais dernièrement, sa réflexion a aussi pris une dimension environnementale.

La Dre Caroline Laberge

La médecin de famille au Gmf-U Laurier (groupe de médecine de famille) à Québec a expliqué en entrevue que de faire passer de nombreux examens aux patients, comme ceux d’imagerie médicale ou de tomodensitométrie, leur cause souvent beaucoup de stress et que certains tests présentent aussi parfois des risques, ainsi que des effets secondaires. Souvent, dit-elle, « on trouve de petites anomalies » lors de ces examens, tant l’équipement médical est devenu « puissant » et décèle des taches microscopiques, qui s’avèrent souvent bénignes. Il y a aussi tous ces cas de « fausses alertes » et de « faux positifs », souligne la docteure qui est aussi présidente du Collège [québécois] des médecins de famille.

« Tout cela nécessite des suivis, des biopsies, etc. » On voit souvent « une cascade d’examens thérapeutiques », le premier menant à un autre et ainsi de suite, qui peuvent être des tests « à faible valeur ajoutée pour le patient » — avec en prime des examens de contrôle périodiques, et donc de nouveaux tests.

Parmi d’autres, le Collège de médecins de famille du Canada a rédigé un document pour susciter la réflexion des omnipraticiens qui indique, entre autres exemples : « Ne prescrivez pas de radiographies pulmonaires et d’électrocardiogrammes de dépistage aux patients asymptomatiques ou à faible risque » et « Éviter de prescrire des tests de fonction thyroïdienne chez les patients asymptomatiques ».

« Les éventuels inconvénients d’un tel dépistage systématique dépassent les bénéfices potentiels », lit-on dans un des exemples.

Le stress des examens médicaux et les effets secondaires : « Tout cela a un impact sur le bien-être des gens, sur leur qualité de vie », selon la Dre Laberge.

On ne peut l’ignorer, juge-t-elle, et on doit y réfléchir au bénéfice des patients.

Toutefois, il est évident que des tests diagnostics et des traitements sont tout à fait nécessaires pour bien des maladies : la campagne « Choisir avec soin » ne prône évidemment pas de les éliminer.

Et la planète?

De façon parallèle à cette réflexion centrée sur le bien-être du patient, une autre s’est développée par rapport à l’environnement. « Choisir avec soin » devient en même temps un geste de développement durable.

À chaque examen, le patient et le personnel médical doivent se déplacer à l’hôpital, ce qui crée des émissions de gaz à effet de serre (GES). Idem pour l’envoi des tests au laboratoire, la fabrication des médicaments en usine qui utilise ressources et énergie, et évidemment, tout cela génère des déchets : on peut penser à ceux issus de la médecine nucléaire et aussi à toutes ces petites plaquettes de pilules qui se retrouvent à la décharge.

Dre Laberge donne aussi en exemple le cas d’un type spécifique d’inhalateur pour l’asthme : il pollue énormément, dit-elle, et détruit la couche d’ozone.

« Une pompe [qui peut durer un mois] est l’équivalent d’une voiture qui roule pendant près de 300 kilomètres », souligne-t-elle.

« Depuis que je l’ai appris, j’en prescris d’autres », sauf si elles sont contre-indiquées. Elle mentionne aussi le cas de ces anesthésistes qui ont découvert que parmi leurs gaz anesthésiants utilisés en salle d’opération, un était particulièrement nocif. Ils lui préfèrent désormais les autres.

Garder l’environnement en tête, c’est aussi ça, selon la docteure.

L’idée n’est pas d’offrir de moins bons soins de santé pour protéger la planète, insiste-t-elle, mais plutôt de se poser cette question : « à traitement équivalent, quel est celui qui a le moins d’impact environnemental? »

Il y a aussi l’initiative de la « prescription nature », qui a été discutée lors du colloque et qui gagne en popularité. Un patient qui a une maladie cardio-vasculaire en raison de mauvaises habitudes de vie peut se faire prescrire des médicaments, par exemple, pour diminuer sa pression artérielle. Ceux-ci peuvent avoir des effets secondaires et ne s’attaquent pas à la cause de la condition médicale qui peut être la sédentarité ou le tabagisme.

Au lieu de cela, pourquoi ne pas lui « prescrire » du temps en nature et de l’exercice physique? demande-t-elle. « Je ne le fais pas pour l’environnement, je le fais pour le patient », mais en même temps, « le coût environnemental n’existe pas si je prescris la nature ».

Toute cette réflexion pour limiter les dégâts environnementaux n’est pas un mouvement « de masse », dit la médecin de famille. Ce sont plutôt des individus qui réfléchissent à l’impact de leurs gestes dans le réseau de la santé.

Elle explique que les médecins sont formés pour soigner l’individu qui vient les consulter, pas la collectivité — sauf pour les médecins en santé publique, précise-t-elle.

Et bien que cela puisse parfois être en contradiction, santé et environnement peuvent aussi marcher main dans la main, souligne-t-elle.

22 juin 2021  ProfessionSanté ‒ L’actualité médicale

Comment pouvons-nous remédier aux enjeux systémiques auxquels l’humanité fait face et quel rôle pouvons-nous jouer comme professionnels-les de la santé?

Par la présidente du CQMF, Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

prendre une marche en nature

Alors que nous voulons toutes et tous le meilleur pour nos patients, nous tentons constamment d’améliorer leur santé à l’échelle individuelle. Cependant, plus les années passent, plus je prends conscience des enjeux systémiques qui influencent la santé des individus que je soigne. La pollution de l’air, de l’eau, les événements météo extrêmes sont autant de menaces à la santé et à la survie des humains, et il est impossible de «traiter» cela dans mon bureau… Comment pouvons-nous remédier aux enjeux systémiques auxquels l’humanité fait face et quel rôle pouvons-nous jouer comme professionnels-les de la santé? C’est difficile de le faire sur le plan individuel, c’est pourquoi le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) choisit d’unir sa voix à celle d’autres associations sur la place publique pour informer les médecins et la population de ces enjeux.

D’une part, il importe de reconnaître que les soignants sont aux premières loges pour constater les effets des changements climatiques et de la pollution dans nos communautés. D’autre part, le système de santé lui-même contribue à une proportion significative des émissions de gaz à effet de serre (GES). Enfin, les médecins et les professionnels-les de la santé jouissent d’une crédibilité et d’un respect dans la population et auprès de nos dirigeants, ce qui nous donne autant la possibilité que la responsabilité de prendre la parole pour défendre les plus vulnérables.

Ce que je retiens du colloque Climat et santé

Caroline Laberge, Présidente du CQMF
Caroline Laberge, présidente du CQMF

J’ai eu la chance de participer, du 17 au 21 mai dernier, au colloque international francophone Climat et santé, organisé conjointement par Médecins francophones du Canada, le Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) et Synergie Santé Environnement (SSE). Formation unique en son genre, elle a mis en commun le savoir et l’expérience de médecins, professionnels-les de la santé, biologistes, de spécialistes en environnement, en droit, en économie et de membres d’organismes à but non lucratif qui œuvrent dans le domaine de l’environnement. Toute une semaine à réfléchir ensemble sur comment les systèmes de santé peuvent améliorer leurs pratiques pour réduire l’impact environnemental des soins, à partager des constats et des pistes de solution et, surtout, à réseauter et à se laisser inspirer.

Plusieurs thèmes et présentations m’ont marquée au cours de cette semaine. Je vous partage mes coups de cœur et réflexions.

Premièrement, notre monde est un système complexe. Le concept de «Une santé» permet de comprendre que des événements ‒ comme la pandémie de COVID-19, la progression de la maladie de Lyme, la rage dans les communautés nordiques du Canada ‒ sont le résultat d’une interaction complexe entre les humains, les animaux et l’environnement. Les solutions doivent passer par une collaboration entre plusieurs professionnels-les, les communautés, les décideurs-ses, tout comme par les personnes au cœur de la situation qui participeront à l’implantation des stratégies choisies.

Ensuite, j’ai appris que des méthodes sont maintenant bien définies et implantées pour analyser le cycle de vie des processus, des médicaments, des fournitures médicales. Le National Health Service (NHS) du Royaume-Uni s’est doté d’un ambitieux plan «Net Zero» pour arriver à un système de santé à ZÉRO émission nette de GES d’ici 2050! La France pilote également un plan de décarbonation global, avec son «Shift Project», et le Plan de transformation de l’économie française (PTEF) incluant le secteur de la santé. Au Québec, des organismes comme Synergie Santé Environnement (SSE), le Maillon Vert et plusieurs autres sont partenaires des établissements pour implanter des changements concrets. Nous avons maintenant besoin d’un fort leadership politique pour planifier des changements majeurs à l’échelle nationale!

Par ailleurs, la santé des individus dépend de leur milieu de vie, mais également de leur interaction avec celui-ci. Au fil du siècle dernier, la technologie a pris une place croissante dans la vie des humains, par exemple, au niveau des moyens de transport, de la production alimentaire, du travail et, enfin, des interactions sociales. J’ai l’impression que nous sommes parvenus au point où certains désavantages commencent à surpasser les bienfaits.

Prenons l’exemple des déplacements en auto solo. Ceux-ci augmentent les bouchons de circulation; les automobilistes perdent beaucoup de temps dans le trafic, la pollution augmente autour des grands axes routiers et nuit à la santé des citoyens, sans parler de la pression financière qui s’accentue sur les ménages pour payer les véhicules et l’essence.

De plus, la sédentarité entraînée par ce type de déplacement mine la santé des adeptes de l’automobile, ce qui n’est pas le cas des déplacements dits actifs comme le vélo et la marche. Dans son ouvrage intitulé Énergie et équité, Ivan Illich analyse cette contre-productivité en comparant divers véhicules. Il en ressort que le véhicule le plus avantageux en matière de kilomètres parcourus par heure investie est le vélo! Comment inverser la tendance? L’urbanisme a un grand rôle à y jouer! Pensons notamment à l’aménagement d’axes favorables au transport actif et collectif et au verdissement des villes pour atténuer la pollution et rendre agréables les déplacements. La voix des citoyennes et citoyens et des professionnels-les de la santé est importante pour faire entendre ces considérations à nos élus-es.

Et si on prescrivait de la nature?

L’autre aspect qui influence la santé humaine est la connexion à la nature, ou comment le manque de nature peut amener une panoplie de symptômes que Richard Louv a décrits, dans Une enfance en liberté, comme le syndrome du déficit de nature. Les enfants y sont particulièrement vulnérables, mais les adultes en ressentent aussi les effets.

La prescription de nature devient ainsi un outil de choix dans notre arsenal thérapeutique. Il est reconnu que le fait de passer au moins deux heures dans la nature chaque semaine, idéalement par tranche d’au moins 20 minutes, procure des bienfaits majeurs à la santé physique (maladies cardiovasculaires, diabète, système immunitaire, etc.) et psychologique (anxiété, dépression, dépendances, etc.). À cet égard, l’initiative PaRx a été lancée en Colombie-Britannique l’automne dernier pour encourager les médecins à prescrire de la nature à leurs patients. Le CQMF collabore actuellement avec des partenaires pour faire une adaptation québécoise de cette initiative. Je vous invite à l’expérimenter vous-mêmes et à le prescrire à vos patients!

Il est temps de repenser notre système de soins afin de se réapproprier notre santé par nos propres actions, activités physiques, temps en nature et alimentation non transformée. Il est temps également de réduire notre dépendance aux tests diagnostiques, aux médicaments et aux traitements inutiles, comme l’exprime bien le slogan de la campagne Choisir avec soinLess is More. Moins de recours aux tests qui génèrent leur lot de surdiagnostics, d’anxiété, de tests supplémentaires…

Voici ma proposition pour la prévention des maladies cardiovasculaires: l’utilisation d’outils d’aide à la décision partagée et le dialogue avec nos patients permet d’offrir diverses options de traitement qui sauront répondre à leurs besoins et préférences. Il importe de réfléchir à ce qui va améliorer la santé globale de notre patient au-delà de ses taux de cholestérol LDL ou de la valeur de sa pression artérielle systolique. Il importe aussi d’intégrer le concept de protection de l’environnement dans nos soins. Comment pourrons-nous maintenir des humains «en santé» dans un environnement toxique?

Ensemble, mettons-nous à l’œuvre!

Dans chacun de nos secteurs d’activité, nous pouvons réfléchir à notre façon de contribuer à la santé globale, tant de nos patients que de nos milieux de vie. Nous sommes à un tournant de notre évolution et il est exaltant de voir toutes les occasions qui s’offrent à nous d’influencer le monde de demain. La solution sera la somme d’une multitude d’initiatives et d’un changement graduel de mentalité devant «l’infinité» des ressources planétaires. Des exemples fort inspirants, allant de gestes concrets dans les cliniques médicales, de l’approvisionnement à la gestion des matières résiduelles des établissements ‒ à la récupération des surplus alimentaires ‒, sont déjà en cours aux quatre coins du Québec et n’attendent que notre participation pour s’implanter dans l’ensemble de nos milieux!

Pour en apprendre davantage sur le sujet, je vous invite à consulter Clinique écoresponsable et soins de santé durables – Guide d’inspiration. Visitez aussi notre site web où diverses ressources pour la pratique sont mises à votre disposition.

Je suis membre parce que ...

 Je reçois le soutien nécessaire pour devenir un meilleur médecin, jour après jour 

Marie-Claude Moore, M.D., CCMF

 Les membres de cette grande famille me ressourcent et m’inspirent! 

Caroline Laberge, M.D., CCMF, FCMF

 Le CQMF me permet de développer un soutien concret aux jeunes médecins du Québec 

Dominique Deschênes, M.D., CCMF, FCMF

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